LA DÉSINFORMATION CATHOLIQUE EN FRANCE

Publié le par Ny Marina

Le 11 octobre 2009

 

LA DÉSINFORMATION CATHOLIQUE EN FRANCE

 

 

Faire gober des mouches au Prince souverain – mamaha lalitra ny Andriana – était un des crimes à Madagascar du temps des rois et reines. Aujourd’hui que le peuple est souverain, ce crime n’en est plus un et l’on peut faire gober des mouches à tout le monde. Mais des citoyens de ce monde, s’il en est qui se laissent berner, d’autres n’ont besoin de personne ni d’insecticide pour détecter les mouches que l’on veut leur faire avaler et les mensonges que l’on veut leur faire avaliser. Leur réaction est immédiate. Hier matin samedi, l’un de nos amis vivant dans la Doulce France, qui n’avait pas encore lu notre précédente chronique, était manifestement choqué par une émission de RCF (radios chrétiennes francophones) diffusée le samedi 10 octobre 2009 à 8 h 50. Si violemment choqué qu’il lui fut nécessaire de faire immédiatement partager sa toute fraîche indignation.

J’aurais aimé vous transmettre aussitôt son message, mais des ennuis de connexion m’en ont empêché. Les serviteurs modernes de chacun d’entre nous ont sans doute pris connaissance des Conseils aux domestiques du bon Jonathan Swift (1667-1745), doyen de la cathédrale de Saint-Patrick de Dublin, toujours farouchement indigné et défenseur de la liberté envers et contre tout. Nos modernes domestiques les ont adaptés à leurs fonctions actuelles et il leur arrive souvent de nous faire sentir leur mauvaise volonté. J’ai enfin rétabli de l’ordre dans ma maison et donne la parole à notre ami.

« Il s’agit en réalité d’un très court billet sur “l’Aide à l’Eglise en détresse”. Le billet d’aujourd’hui portait sur Madagascar et était évidemment écrit (et pas seulement inspiré) par “Mgr Omar”, même si ce dernier n’est jamais cité. On y entend que Madagascar a subi de graves troubles “à la fin de 2008”, et que l’ancien président Ravalomanana a été remplacé par un nouveau président car il avait commis des fautes graves énumérées ainsi :

1) Il avait vendu plus d’un million d’hectares de terres arables à une société sud-coréenne ce qui avait provoqué le mécontentement des paysans,

2) Il avait acheté un avion personnel pour 48 millions de dollars, ce qui avait entraîné les remontrances du FMI,

3) Il avait mis en place une censure des médias et voulait commettre un attentat contre son principal opposant Andry Rajoelina.

« On y entend aussi que les évêques catholiques s’étaient opposés à ce président décidément néfaste et avaient obtenu en quelque sorte le soutien du Vatican dans leur action. C’est le pape lui-même qui aurait demandé aux évêques malgaches d’agir contre ce président malfaisant !

« Je résume ce billet et je ne garantis pas l’exactitude des termes employés (il faudrait réécouter l’émission qui est très brève, trois ou quatre minutes, me semble-t-il). Il me paraît évident que ce court billet radiophonique contribue, une fois de plus, à la pire désinformation sur Madagascar et qu’il est directement rédigé par “Mgr Omar”, le seul qui a véritablement intérêt à présenter les évènements de cette manière sur une telle radio. Sans être un thuriféraire (le mot est ici approprié) de Ravalomanana, il est clair pour n’importe quel observateur extérieur que les troubles graves (je ne garantis pas l’expression) n’ont pas eu lieu “à la fin de 2008” mais à partir de la fin janvier 2009 (à partir du 26 janvier très précisément) et jusqu’au mois d’avril au moins.

« En ce qui concerne les trois “chefs d’accusation” portés contre Ravalomanana: sur le point 1, il faut redire que “l’affaire Daewoo” était en cours de négociation et que ce ne sont pas “les paysans” qui ont protesté mais des milieux malgaches en France et à Tananarive mis au courant par la presse américaine et française (cf. la chronique du 7 juin dernier); sur le point 2, Ravalomanana avait acheté un nouvel avion “présidentiel” en cédant le précédent à Air Madagascar mais il avait imprudemment engagé un financement extérieur pour le faire en croyant sans doute pouvoir rembourser grâce aux revenus des nouveaux investissements miniers; sur ces deux points on peut critiquer l’action de Ravalomanana qui méritait d’être enfin soumis à un débat, voire à un vrai combat politique, mais rien dans ces deux points ne justifiait un coup d’état sanglant. Le point 3 est évidemment le plus farfelu. La censure des médias ne concerne que l’interdiction d’une émission de Télé Viva, la chaîne de Rajoelina. On peut considérer que cette interdiction était une erreur de Ravalomanana, erreur qui l’a d’ailleurs conduit à suspendre la chaîne elle-même. Il n’en reste pas moins que les médias, journaux, radios, télés ont peu souffert de la censure durant les “années Ravalomanana” et que ses adversaires politiques étaient (et restent) propriétaires de nombreux médias. Enfin, on n’épiloguera pas sur la soi-disant tentative d’attentat contre Rajoelina…

Que ce type de message soit diffusé au moment où on parle de “sortie de crise” à Madagascar compromet sérieusement la dite sortie de crise et laisse plutôt penser que les putschistes sont en train de crier victoire et cherchent à enfoncer le clou…

« Comme je découvre ta chronique sur "l'archevêque communique" juste après avoir rédigé ce petit mot sur l'émission RCF de ce matin, et que je n'avais pas vu l'article de La Croix du 3 octobre dernier, je constate que, en effet, l'archevêque veut à tout prix justifier sa participation au coup d'état et se sent peut-être des ailes en ce moment».

Commenter cet article