Lassitude ambiante et générale

Publié le par Ny Marina

Le 19 janvier 2011

 

BRUISSEMENTS

 

 

Lassitude, lassitude, quand tu nous tiens… Comme Ndimby, je vous avoue ma lassitude. A quoi sert-il de passer une bonne partie de son temps à vouloir donner des nouvelles et parfois des analyses, alors que la vie continue son train-train Hâtif à Patagascar, tout comme en Madagonie ? Et que l’ala volon-jaza du nourrisson, s’il lui a coupé ses mauvais cheveux et les a jetés à la poubelle de Tsiafahy, ne lui a pas encore fait atteindre l’âge de raison ? Si c’était le cas et s’il avait été débarrassé de tous les lolo vivants qui ne veulent pas le quitter, il aurait déjà compris que, sans légitimité électorale, il serait retourné à son berceau originel.

Il y a pourtant eu les fêtes de Noël et du Nouvel An où l’on rencontre tous les parents et les amis. Où les langues ne sont pas avares de paroles. Où l’on peut emmagasiner les informations qui commencent à encourager et celles qui continuent à inquiéter. Les maisons familiales sont de vrais trottoirs, où l’on communiquent en toute confiance.

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Que pouvait-on dire début décembre ? La démocratie ? La Hat peut être tranquille. Elle n’a rien à craindre de la Communauté internationale. Avec leur Bible politique, les « médiateurs » auto-proclamés n’ont pas plus compris le malgacho-malgache que les missionnaires du 19e siècle qui nous ont fait tant de mal. Sur place, les universitaires parlent, parlent, parlent. C’est tout ce qu’ils savent faire. Et mon cul, c’est du poulet ?, se demandait Zazie. Le Colloque les a occupés et ça n’a dérangé personne, même pas l’enseignement, puisqu’ils sont en grève et parlent d’une année blanche. On se retrouve comme à l’époque de la IIIe République et de son Eminent Président, à ceci près qu’ils n’ont pas encore été envoyés goûter des plaisirs d’Antanimora.

Je vous avais déjà dit que Brigitte et Dolin avaient été invités par l’Union Européenne. On aurait pu s’étonner que le général Dolin ait reçu cette invitation, puisqu’il était inscrit sur la liste des 109 qui ne pouvaient voyager en Afrique et en Europe. Il faut toutefois se souvenir que s’il avait été écouté, il n’y aurait pas eu de tuerie à Antaninarenina. Il est évident que Bruxelles n’avait pas invité Jao Jean et l’on se doute bien pourquoi. Finalement, Brigitte et Dolin ne sont pas partis. La Commission a remis le voyage a plus tard. La raison ? Le nourrisson voulait absolument les accompagner, être reçu à Bruxelles et y parader. Le voyage a donc été reporté. On le voit, le nourrisson n’a pas encore – je me répète – n’a pas encore atteint l’âge de raison.

Dans les coulisses d’Antananarivo, on a fêté l’Empereur du Japon. Il a 77 ans. Puisse sa grande ancêtre Amaterasu, lui prêter longue vie. Aux travaux du port en eau profonde de Toamasina qui continuent, le Japon va ajouter l’allongement de la piste d’Ivato. Cela va demander du temps. Si le nourrisson est toujours là à la fin des travaux, il est prévisible qu’il n’y aura pas d’inauguration.

Dans les coulisses du secteur privé, on parle beaucoup des contrôles fiscaux à répétition. Il y a eu, c’est vrai, le fameux droit de communication. Une belle résurrection. Il y a mieux. Exemple : une société fritaxe qui fait deux milliards d’ariary de chiffres d’affaires annuels s’est vu imposer un redressement de dix milliards d’ariary pour une erreur qui était celle de la douane nationale. Sans doute nos contrôleurs attendaient-ils maffieusement une « négociation ». Ils ont été déçus. L’affaire ira au tribunal.

Autre petit fait divers. Un investisseur a acheté un djette tout neuf, répondant donc aux normes internationales les plus récentes. Il attend depuis un an l’autorisation de voler la nuit. Nouvelle rencontre avec le responsable qui lui annonce qu’à Madagascar, il n’a pas à suivre les normes internationales pour le matériel volant. Ce dernier attendait, lui aussi, une « négociation ». Lui aussi a été déçu. Décidément, il y a des gens qui sont incapables de comprendre les normes de l’illégalité hâtive.

Nos aéroports internationaux ne sont plus tout à fait aux normes techniques internationales. Il leur faut se mettre à jour. Un projet de contrat avec appel d’offres international est rédigé et passe en conseil de gouvernement. La notion d’appel d’offres est maintenue, mais seulement au niveau national. Comme à Antananarivo, il n’y a qu’une seule société qui puisse fournir le matériel, on comprend de suite qu’elle n’aura pas besoin de « négocier ». On dit que c’est elle qui prêtait un djette au nourrisson, quand il en avait besoin.

A propos de tribunal, la justice est lente, surtout quand il n’y a rien à reprocher aux inculpés. A Antanimora depuis quelque seize mois pour on ne sait plus quoi, treize personnes furent – c’était avant Noël – appelés devant le juge qui, constatant que le dossier était toujours vide, décida de les mettre en ellepé. Ellepé, c’est un nouveau mot du vocabulaire juridique, qui doit entrer bientôt dans le Larousse malgache. Il veut dire liberté provisoire et suscite beaucoup d’espoirs dans les lieux clos. Les treize repartent à Antanimora en fourgon cellulaire, mais sans menottes. Ils y sont en train de faire les papiers pour la levée d’écrou pour passer Noël en famille, quand un contrordre arrive. Le parquet les convoque à nouveau pour l’après-midi. Ils sont donc repartis à Anosy en fourgon cellulaire, mais avec des menottes. Un juge d’instruction, le doyen si j’ai bien compris, avait reçu un ordre. Après discussions, les deux dames du groupe ont obtenu la ellepé, mais leurs onze compagnons sont repartis avec des menottes rejoindre leur villégiature pénitentiaire. Madagascar, régime démocratique s’il en est, a républicainement condamné les lettres de cachet. Mais comme elle est continuellement innovatrice, elle a inventé pour le téléphone les paroles de cachet. De même, elle a aussi inventé qu’un juge d’instruction peut remettre en cause les décisions d’un juge du siège. On arrête le progrès ni à Patagascar ni en Madagonie.

Il y aurait aussi beaucoup à dire de ce que certains ont appelé le Carnaval qui est allé du Rova à l’Hôtel de Ville. Dont certains, s’estimant propriétaires d’une tradition qui appartient à tout le monde, se sont demandés de quel droit il le faisait. Ils n’avaient pas compris qu’il y a des symboles qui ont la vie dure et dont l’écho ne peut être nul dans l’esprit du grand nombre. A les utiliser, on peut gagner une forme de légitimité que les élections n’ont pas donnée et que nulle élection ne saurait donner.

*

Le théâtre d’Ambohitsorohitra et ses coulisses sont les endroits où se retrouvent les acteurs, les premiers rôles, les seconds rôles et les figurants. Vous vous souvenez : le garde romain dans Andromaque. Il n’a rien à dire, mais a des oreilles qui entendent et une langue pour témoigner ensuite des affaires internes. Or, que dit l’un de ces figurants ? Il a entendu de ses propres oreilles que les acteurs dans les coulisses constataient que le nourrisson s’est fait, en dix-huit mois, plus d’ennemis que Ravalomanana en sept ans. C’est beaucoup. Quand vont-ils se fédérer et se lever ?

Ce que l’on peut dire de sûr, c’est que maintenant l’opposition – la vraie opposition, pas les trois mouvances derrière d’anciens chefs d’Etat qui ont déjà été remerciés –, on peut dire que la vraie opposition est à l’intérieur même de la Transition ou, si l’on veut, à l’intérieur de la IVe République. Elle s’est manifestée tout de suite après le discours des vœux fait à Iavoloha. Commentant le nourrisson, Raharinaivo, président du Congrès, a constaté en substance qu’une augmentation des salaires, c’était bien, mais que si tout était fait pour relancer l’économie, ce serait infiniment mieux.

Du discours du nourrisson, on peut dire que son service de communication sait lire, suivre l’actualité et prendre les bonnes idées qui ne viennent pas de la Hat. Comme pour la construction des hôpitaux qui respecteront les normes internationales. Comme pour ce forum des investisseurs dans le tourisme. Comme de faire de Madagascar la vitrine du développement dans l’Océan Indien. Etc. Même sur les idées – ils doivent en manquer mais c’est un effet de la crise –, nos hâtifs font main basse. Dans le discours des vœux, il y a lancé un appel aux investisseurs internationaux. Son discours peut les convaincre. Mais, à mon sens, il a été trop laconique et ne leur a pas dit tout le plaisir qu’ils peuvent trouver avec son administration. Plaisir intellectuel du contrôle fiscal à répétition. Plaisir historique de découvrir des décrets ou règlements tombés en désuétude. Plaisir rhétorique de la « négociation » dont chacun sort gagnant : le visiteur inattendu parce qu’il a trouvé ce qu’il recherchait – et quand on fait de la recherche, mieux vaut trouver –, le visité impromptu parce qu’il retrouve ensuite une certaine tranquillité, même si elle n’est pas morale.

Ce n’est pas ce discours qui fera progresser la reconnaissance. La communauté nationale ? Beaucoup d’invités du secteur privé avaient sans doute des problèmes d’agenda : on ne les y a pas vus. De la Ffkm et des chefs d’Eglise, tous avaient aussi sans doute des problèmes d’agenda. Seul y était Omar, l’archevêque tgviste dans le complot depuis le départ, sans doute heureux de la mort de l’œcuménisme. La communauté internationale ? Un commentateur sur une télé a bien noté qu’il n’y avait aucun diplomate étranger. Mais noté aussi qu’en l’absence de Jean-Marc Châtaignier, il y avait la chargée d’affaires française. Il est vrai que les Français, même diplomates, ne sont pas des étrangers.

Tout cela me fatigue. Je suis épuisé. Lassitude, lassitude, quand tu me tiens…

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