Le 29 mars des fils de putsch

Publié le par Ny Marina

On se demande si le nouveau texte de présentation de Madagascar sur le site officiel du Ministère français des affaires étrangères et européennes  a été rédigé par un fonctionnaire français, ou par le correspondant d’une agence de News pressée, sinon hâtive. Car si ce texte , qui montre clairement un point de vue partisan reflète l'opinion officielle de l’Hexagone, alors je serais en droit de reprendre l'expression favorite de mon ami Basile Ramahefarisoa : la France tombe le masque (1) ! On lit donc sur cette page diverses affirmations qui tiennent plus du blogging (coquilles y compris) que du site officiel du Ministère des Affaires étrangères de la France.

 

On lit entre autres que «  Les dérives autoritaires et autocratiques du Président le conduisent à sa chute », « Le camp de Ravalomanana s’est mobilisé pour renverser les nouvelles autorités. Depuis Tripoli, celui-ci avait désigné le 10 avril Manandafy Rakotonirina, nouveau Premier Ministre, à la réputation sulfureuse ». Et se faisant l’écho de l’argumentaire des blablateurs de la Place du 13 mai, on lit également sur ce site web dépendant de la République française : « Des scandales financiers ont également entaché la crédibilité du Président, en particulier l’achat d’un second avion présidentiel et le contrat passé avec Daewoo Logistics qui a cédé à la société sud-coréenne 1,3 M€ d’ha de terres ». Avec tout cela, il ne manque plus sur ce site que la photo d’un diplomate français portant une écharpe orange, et formant de ses deux doigts le signe V du mot Venin.

 

Sans aucune preuve, et même avec de solides suspicions, on ne va pas se hasarder à dire que la France est derrière le coup d’Etat. Mais il y a des questions qui deviennent légitimes, dans la mesure où la France cache donc de moins en moins son soutien à Andry Rajoelina et son aversion  pour Marc Ravalomanana, celui qui a osé anglo-saxonniser un pré-carré français. Une autre page (2) du même site de la diplomatie française a au moins le mérite d’indiquer avec franchise : « Les relations se sont de nouveau tendues avec le Président Ravalomanana du fait de la volonté de celui-ci de s’affranchir d’une relation jugée trop prégnante ». La reniko soa malala (l’appellation de reny malala - chère mère - était donnée par les collabos malgaches et les griots à la France au temps de la colonie) se serait-elle alors fâchée de ces velléités indépendantistes ? Marc Ravalomanana avait osé renvoyer dans ses pénates un ambassadeur de la République française, pour suspicion de mauvais œil : la présence de l’ambassadeur Le Lidec était jugée annonciatrice de troubles. Je ne sais ce qu’il en est de la véracité de cette rumeur, mais je constate juste que la crise a éclaté à Madagascar six mois après son départ. Tout comme je constate qu’il était effectivement en poste à Kinshasa lors de l'assassinat de Laurent-Désiré Kabila  (Octobre 2000) et à Abidjan durant la rébellion armée contre le président ivoirien Laurent Gbagbo.

 

29 mars 2010 amer

 

L’Histoire retiendra de cette crise de 2009 le rôle trouble de l’ancienne puissance coloniale. Selon les révélations du rapport de l'International crisis group (publié en Mars 2010), lors de son passage en France en Janvier 2009, Rajoelina avait demandé à la France d’assurer sa protection. Elle agit dans ce sens quelques mois plus tard, quand pour lui éviter une arrestation imminente, la France a pris la décision de cacher dans une résidence diplomatique celui qui était à l’époque le leader d’un mouvement insurrectionnel. Pourquoi ? Aux premiers jours après la réussite du coup d’Etat, l’Ambassadeur Châtaignier est le premier à se précipiter pour faire des courbettes au putschiste (Pour le remercier ? Le féliciter ? Le conseiller ? Nul ne le sait), avant d’être le premier et le seul à lui remettre des lettres de créances. Pourquoi ? A chaque problème majeur qu’il doit affronter, Paris est un passage obligé pour Andry Rajoelina, qui y fréquente les sherpas de la diplomatie africaine apparente ou souterraine. Pourquoi ? Seule l’Histoire apportera les éclairages nécessaires, car pour le moment on ne peut que se contenter d’explications oiseuses. Asile en Mars 2009 ? Droits de l’homme… Lettres de créances en Novembre ? Nécessité pour la France d’être présente afin d’accompagner Madagascar à trouver une solution. Présence de conseillers français dans l’entourage d’Ambohitsirohitra ? Illustration de ce souci de la France « d’accompagner les amis Malgaches ». Etc. Mais dans le même temps, Maputo échoue, torpillé par les faucons (et surtout les vrais) du clan Rajoelina, mais peut-être aussi par certains pays que la formule n’arrange pas : lire à ce sujet La françafrique dans l’ombre de Rajoelina, un intéressant article de l’Association Survie.

 

L’ombre de la France n’est donc finalement jamais bien loin de la Grande Ile. Le 29 mars de l’année du Cinquantenaire sera sans aucun doute un 29 Mars au goût amer. A ceux qui veulent en savoir plus sur cette page tragique, mais surtout aux amnésiques volontaires ou involontaires qui ont la malheureuse tendance à dire qu'il ne faut plus se soucier des évènements de 1947 « parce que c'est du passé et que ce n'est pas constructif de ressasser tout ça », ou encore parce « qu'ils n'étaient pas nés à cette époque », je recommande la lecture de l’excellent papier de la LDH de Toulon.  

 

50 ans après  le retour à l’Indépendance en 1960, 63 ans après le 29 Mars 1947, qu’avons-nous fait qui ait été digne du sang de nos ainés versé pour leur patrie ? Qu’est-ce qui nous permettrait de dire, au vu de la situation actuelle, que les dizaines de milliers de morts assassinés par les Français ont servi à donner un avenir meilleur à Madagascar ? Quel sens ont, pour les générations actuelles, cette date et cet évènement ? Car quand on voit des politiciens malgaches s'accoquiner avec l'ancienne puissance coloniale pour arriver au pouvoir, on se dit que finalement, 1947 c'est bien trop loin pour des cervelles nourries de Michael Jackson et de la Star Academy. Que peut bien signifier le 29 Mars pour nous autres vivant sous un régime de putsch ?

 

A quand une relation d'adulte ?

 

Au début de l’année 2009, les dirigeants actuels ont tenté de légitimer leur coup d’Etat en promettant la démocratie, le renouveau économique profitable à tous, la solidarité nationale et la bonne gouvernance. Après un an, ce qui n’a pas encore été démontré comme fadaises est en train de l’être sous forme de foutaises. Cinquante ans après 1960, 63 ans après 1947, Madagascar reste un pays pauvre en revenus mais riches en ressources naturelles ; pauvre en dirigeants de qualités mais riches en belles promesses. Quand on pense au dicton qui affirme qu’un peuple n’a que les dirigeants qu’il mérite, on se demande bien ce que les Malgaches ont pu faire à Dieu (ou certainement au Diable) pour avoir mérité de subir ceux qui se sont succédés, avec plus de succès pour l’intérêt de leur ration que celui de la Nation.

 

Dans la bouche des hâtifs, comme dans celles d’autres personnes plus censées, on entend souvent ceci : si Madagascar est toujours aussi pauvre, c’est à cause de la communauté internationale. Mais au lieu de chercher toujours le bouc émissaire à tête de vazaha, il faudrait peut-être aussi se demander si notre manie de suivre de façon cyclique n’importe qui disant n’importe quoi sur la Place du 13 mai, n’a pas eu d’impacts sur notre développement. Car si les politiciens Gasy n’avaient pas montré en 50 ans autant de facilités à se déculotter et même offrir la vaseline aux Français, aux Coréens (du Nord ou du Sud) ou aux autres, on n’en serait peut-être pas là.

 

Mais au-delà des défaillances et des insuffisances de notre classe politique actuelle et passée, la commémoration du 29 mars appelle à se poser certaines questions au sujet de nos rapports avec la France, et in extenso, avec la communauté internationale. Sa juxtaposition avec une crise politique toujours pas irrésolue, notamment du fait d’un mouvement légaliste (au sens noble d’anti-coup d’Etat) au sein de la communauté internationale, invite également à se demander si de pays colonisé et sous la férule sanglante de la France en 1947, Madagascar a été capable de gagner une place dans le concert des Nations en 2010.

 

Mon ami Patrick A., féru d'analyse transactionnelle, serait sans doute capable de dire quel genre de couple l'association entre Madagascar et la France forme-t-elle ? On lui laissera le soin de réfléchir dessus en mastiquant son wasabi. Les séquelles de la période coloniale ont laissé de part et d'autre des séquelles du parent qui se comporte en pays conquis, et de l'enfant qui ne peut s'empêcher de chercher aide et protection quand il fait des bêtises. A priori, le chemin est donc encore loin avant d'arriver à une relation entre adultes. Ce chemin passe-t-il par la francophobie primaire, comme y appellent certains, ou par la magie de l'oubli et de la page tournée, comme le demandent d'autres ?

 

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