LE BONHEUR PAISIBLE

Publié le par Ny Marina

Le 31 octobre 2009

 

LE BONHEUR PAISIBLE RADZOUËLIEN

 

 

Dans le passé malgache, il y a deux mots dont il faut se souvenir, car ils expriment l’idéal prédominant de la vie. Ce sont le verbe miadana et son dérivé fiadanana. Plus important que le fihavanana, le fiadanana – je devrais mettre une majuscule –, le Fiadanana est donc le bonheur paisible que de bonnes relations sociales, qu’une bonne administration et qu’un bon gouvernement procurent à ses sujets. Pour la vie d’une maisonnée, je me souviens d’un proverbe des Anciens – un Ohabolan’ny Natolo dans l’édition Rabetafika – qui dit :

Miadana ory

Toy ny andevolahy homan-kerotra

Qui est choyé dans sa misère

Ressemble à l’esclave qui mange de la crème

Je reprends la traduction donnée dans le mémoire de l’Académie Malgache en 1972. nous pourrions nous permettre tout aussi bien de traduire le premier vers par : « Qui, dans sa misère, jouit d’un bonheur paisible… ». Jouissant d’un bonheur paisible, le retraité boit du lait (misotro ronono). Mais la crème fraîche (hero-dronono) est bien préférable et supérieure au simple lait tout venant que nous donnent nos vaches.

La toponymie en Imerina nous fournit de nombreux exemple de villages qui s’appellent Miadanandriana, Miadamanjaka et Miadanimerina et qui témoignent d’événements qui firent le bonheur des ancêtres de leurs actuels habitants. Dans la toponymie, l’on peut trouver aussi le souvenir d’événements malheureux, comme ce village de l’Ambodirano qui autrefois s’appela Fiadanana « Bonheur paisible » et qui devint Ambohimangidy « A la colline amère » !

Est-ce ce bonheur paisible que les transitionistes veulent rétablir dans le pays ?

*

Interviouvée sur Rfi la semaine écoulée, Nathalie Rabe, notre « ministre » de la communication, dit que tout est parti après l’interdiction de TV Viva pour mettre fin aux horreurs ravalomananiennes. Etait-ce par ignorance ou par volonté de désinformation que la voix charmante de cette « ministre » parlait ainsi sur la radio mondiale ? Car, hier à L’Invité du Zomà, Pointe de Sagaie rappelait à tous les téléspectateurs les malheurs qui lui étaient infligés par Rajoelina. Nous savons que s’il occupe toujours la primature à Mahazoarivo, on lui a retiré ses collaborateurs en licenciant les nouveaux recrutés et en affectant les autres dans le bâtiment d’Antaninarenina occupé maintenant par la Primature. Le pauvre se retrouve administrativement tout nu – ce qui est le comble du déshonneur comme on le voit dans Tsiafabahiny, une chanson de geste betsileo que Lucien-Xavier Andrianarahinjaka publia en annexe à sa thèse. Pointe de sagaie est donc administrativement tout nu, alors qu’il raconte qu’il était avec Rajoelina depuis le mois de septembre 2008 – date à laquelle tous les deux avaient commencé à mettre au point leur coup d’Etat. C’était donc bien avant l’interdiction de Viva. Le pauvre est même obligé aujourd’hui de faire manifester ses partisans. Un Premier Ministre qui envoie les gens manifester dans la rue contre le gouvernement, voilà bien un événement très distinctif de la vie politique malgache et que l’on n’avait pas encore vu ailleurs. Nous savons bien innover. Manifestement, ce pauvre Pointe de Sagaie n’a pas, quant à lui, accédé au bonheur paisible qu’il espérait.

*

Qu’en est-il de nous tous ? Vivons-nous un vrai bonheur paisible à l’ancienne en ces temps de fanjakan’Ijoelina ? Si votre réponse est négative, c’est que vous n’avez pas su vous adapter à la situation actuelle et que vous n’avez pas compris ce qu’est le bonheur radzouëlien. Il n’est sans doute pas inutile de vous aider à en bénéficier et à en jouir. Ne soyez pas, comme le dit cet autre proverbe, des :

Tompony mba mihono

Toa zanak' anabavy

ne soyez pas « Des propriétaires qui disent "il paraît" », car vous ressembleriez aux enfants de la sœur qui ne sont pas informés des projets en cours. Voici mes conseils.

Pour vivre heureux, vivons cachés, dit la sagesse populaire. Adaptée au temps présent, elle nous conseille de n’apparaître ni à la télévision ni dans les autres médias. Faites comme Ndimby et Patrick, ces deux grands futés dont les propos mettent en colère les politiciens de tous les bords, tant ils sont clairvoyants en vrais andriana maminany de notre époque. Ils sont capables de voir l’avenir et quand, le matin, ils annoncent que la grêle va tomber l’après-midi, leur prévision se réalise. Si vraiment vous vous sentez obligé d’intervenir sur la scène publique, faites-le sous un pseudonyme.

Si, comme Raharinaivo, vous êtes légaliste et prêt au consensus et à la réconciliation, mais que vous ne vouliez pas vous retrouver à Antanimora, sachez que vous êtes du nombre des plus grands ennemis de la Transition. Pour ne pas bénéficier d’un séjour de vacances à Antanimora ou dans d’autres lieux du catalogue de l’Agence Justicia, restez bien tranquille dans votre  famille la plus petite.

Si vous êtes un fidèle inconditionnel de Ravalomanana et que vous ayez choisi la clandestinité depuis le 17 mars, que, de plus, les Fis enragent de ne pas vous avoir trouvé jusqu’à aujourd’hui, votre situation me semble sans remède, sauf à persévérer dans une heureuse clandestinité.

Si vous êtes pro-Hâtif mais que vous ne soyez pas « ministre », pensez, vous aussi, aux lendemains qui déchantent et ne vous précipitez pas pour faire cortège aux petits qui voudraient nous gouverner. Pensez à ce pauvre Pointe de Sagaie et désengagez-vous rapidement des apparitions publiques. Pensez aussi à ses proches qui sont inquiétés pour avoir, dit-on, préparé un nouveau coup d’Etat pour protéger les désirs du  « vahoaka ».

Si vous avez une grosse 4*4 et que vous n’osiez plus sortir le soir, ni sortir un véhicule que, du temps de Ratsiraka, l’un de mes amis disait être les « nouveaux chars de l’armée d’occupation », faites comme beaucoup d’autres : vendez-le vite et achetez-vous un petit utilitaire. Vous dépenserez moins d’essence et serez moins visible.

Si vous avez un goût prononcé pour les grosses voitures comme Ravalomanana pour les avions, ne succombez pas à cette maladie – j’allais dire tentation, mais c’est vraiment une maladie –, car vous provoquez d’autres tentations. N’oubliez pas que l’habit ne fait ni le moine ni le capsate.

Si vous êtes tasque force et que vous ayez un grosse 4*4, ne poussez pas votre moteur au maximum – ce n’est pas un jouet – et ne roulez pas trop vite, car vous risqueriez, comme vos collègues du côté d’Antalaha, de rater un tournant, de vous retrouver à l’hôpital et que l’on trouve sur vous des dizaines de millions d’ariary dont on ne sait pas à quoi ils vous servaient.

Si vous êtes capsate, je suis incompétent pour vous conseiller. C’est à Barbe Blanche ou à Mgr Omar qu’il vous faut vous adresser. Mais pensez tout de même à l’avenir et aux lendemains qui déchantent.

Si vous avez déjà mis votre femme et vos enfants en sécurité à l’extérieur, n’oubliez pas que c’est vous que vous avez mis en situation d’otage potentiel.

Si vous avez une petite entreprise comme une mûrisserie de bananes ou même si, simplement, vous possédez quelques billets verts – je ne parle pas de dollars, mais de billets de Iray alina ariary de la Banky Foiben’I Madagasikara –, ne serait-ce que deux comme Honorat qui, contre son bon gré, est maintenant parti peindre dans l’au-delà, pensez à tous ces malfrats qui ont pris modèle sur les capsates. Et sachez que, dans un proverbe, nos anciens avaient déjà constaté que :

Kely vidy ny velona

Les vivants sont de peu de prix.

Alors, rentrez chez vous, fermez vos volets, barricadez votre porte et ne sortez plus pour vous exposer inutilement. Voilà comment jouir du Vrai Bonheur radzouëlien.

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