LE COUP D’ETAT VERBAL

Publié le par Ny Marina

Le 18 novembre 2010

 

De l’aveu même de nos derniers mutins, ils ont fait un « coup d’Etat verbal ». Et le public de s’extasier. Voilà une nouvelle spécifité malgacho-malgache. Nous sommes les seuls dans le monde à avoir pratiqué cette forme de coup d’Etat. Cela me faisait sourire, car nous avons déjà eu un coup d’Etat de ce genre. Ce fut quand, avec quelques partisans, le pasteur Michel Fety prit d’assaut et occupa la station de radio et télévision d’Anosy. C’est ainsi qu’il parla sur les médias publics – il n’y en avait pas d’autres à l’époque – et se proclama chef de l’Etat. On allait voir ce que l’on allait voir. La fonction prophétique pastorale ne voyait pas bien loin. Et l’on a rien vu et ce bon enfant de pasteur fut innocenté, quoique ce n’eût pas été le jour de la fête des Saints-Innocents.

En ce jour de référendum, nous avons donc eu en milieu d’après-midi un mini-poutche, qui n’a pas fait beaucoup plus de bruit qu’un pétard un jour de fête. Il fallait s’y attendre et il aurait pu provoquer une véritable explosion. Mais ses organisateurs n’ont pas su en faire autre chose qu’un pétard mouillé.

Il fallait s’y attendre depuis quelque temps. La préparation du référendum était en cours. Il y avait ceux qui étaient pour le ENY, et ceux qui étaient pour le TSIA. Mais il y avait aussi ceux qui étaient pour le vote blanc, ceux qui étaient pour l’abstention et ceux qui étaient pour qu’il n’y ait pas de référendum. L’opposition était bien partagée entre ces différentes opinions.

La position de Fetison et des zanak’i Dada était claire depuis ce vendredi soir où l’Invité du Zoma avait dit à Onitiana Realy : Ho kotahana itỳ référendum itỳ. Il envisageait de tout faire pour que, dans le tumulte et le désordre, cette votation n’ait pas lieu. Il y avait eu un début de réalisation de ce programme, lorsque Fetison, Lalatiana et Rakotovahiny voulurent tenir un métinge à Antanimena, alors que le pouvoir Hâtif, au nom de la liberté d’expression et de la transparence du vote, ne laissait parler que pour le Eny ou pour le Tsia. Les autres positions étaient de fait et Hâtivement mises hors jeu. Le désir d’expression dégénéra en émeutes avec voiture brûlées, courses poursuites et arrestations. La nuit qui suivit devait être chaude. Elle ne fut que tiède. L’on arrêta Fetison, qui avait donné à Onitiana les raisons de son action, et malgré les interventions de chancelleries, l’ancien Premier ministre Rakotovahiny et Lalatiana. Très malgacho-malgache et ne voulant pas céder, si peu soit-il, à des injonctions et ingérences étrangères, nos Hâtifs décidèrent de donner du travail à notre Justicière nationale et à ses séides.

Pointe de Sagaie, autre opposant au référendum, voulait lui aussi rassembler ses partisans. Il avait déjà appelé les militaires à prendre leurs responsabilités. Vous avez compris : à se mutiner et à le remettre au pouvoir. Il avait choisi le lieu et quoiqu’on lui en ait indiqué un autre, il fit celui qu’il n’avait pas été prévenu et s’entêta dans son premier choix. On dit aussi qu’il le fit, parce qu’il s’était rendu compte qu’il n’était pas dans le Grand Sud et que ses partisans d’Antananarivo s’étaient réduits comme peau de chagrin. Pointe de Sagaie espérait secouer les cocotiers. Ce fut avorté.

Mais les troubles n’étaient pas finis. Dans la nuit de mardi à mercredi, une maison de l’Akfm brûlait à Andravoahangy Ambony. Et mercredi, c’est le poutche militaire. Il faut dire que le poutche avait été bien préparé avec couverture médiatique nationale par TVPlus et internationale avec la BiBiCi, l’Afp et France 24. TVPlus voulait rejouer le rôle de TV Viva de janvier à mars 2009. TVPlus donnait des images avec uniformes, fumées des lacrymogènes et tout ce qui fait un coup d’Etat. Ces images pouvaient faire le tour du monde et prouver au village mondial que l’Evénement était de première importance. On a eu droit au catalogue des doléances : incompétence de la Transition, des tas de gens qui ont perdu leurs emplois, la catastrophe économique et des Hâtifs qui se remplissent les poches, bref un catalogue avec lequel tout le monde est d’accord.

Les mutins formaient une union inclusive et consensuelle. Se retrouvaient ensemble des militaires qui étaient opposés hier. Il y avait des ratsirakiens comme Coutiti, ancien locataire de Tsiafahy pour meurtres en 2002, des ravalomananistes comme le général Raoelina – que les tribunaux de la Justicière ont condamné à la prison et qui est toujours en fuite – et des capsates comme le fameux colonel Noël, ou Noël Rakotonandrasana, cher à Rfi aux début des événements et devenu ministre et général avant d’avoir été mis au placard. Et le commandant Andrianasoavina de l’archevêché du 17 mars 2009, depuis devenu colonel et promis au poste d’attaché militaire à l’Ambassade malgache de Paris.

Ce qui les unissait, outre l’uniforme, c’est le fait qu’ils étaient opposés à la tenue du référendum. Ils auraient pu réussir. S’ils ont échoué, c’est dû, m’ont dit des militaires, au fotoana gasy. Avec la couverture médiatique qu’ils avaient mise en place, s’ils avaient fait leur coup d’Etat verbal à cinq heures du matin, la nouvelle aurait très vite été dispersée et connue. Les gens auraient eu peur et ne seraient pas allés voter, car avoir voté aurait pu être reçu et ensuite compris comme un crime par le nouveau pouvoir militaire. Autant alors appliquer le principe de précaution. Mais à 15 heures, une heure avant que ne ferment officiellement les bureaux de vote, c’était trop tard. La plupart des gens avaient déjà voté.

Il aurait fallu aussi qu’ils ne se contentent pas de cette résidence secondaire qu’est Ivato et qu’ils aient occupé Ambohitsorohitra qui, à cinq heures du matin, est quasiment vide. Un camion de troufions n’aurait pas fait le poids devant deux automitrailleuses ou devant un char. Ils ne l’ont pas fait. Et leur absence n’a pas été compensée par de fausses nouvelles diffusées par TVPlus qui, à tort, affirmait mercredi soir que l’on entendait des coups de feu à Analakely !

Le référendum s’est très mal passé. Beaucoup de gens n’avaient pas reçu leur carte d’électeurs. Beaucoup de listes étaient incomplètes. Des électeurs étaient inscrits deux fois. Etc. Etc. Le président de la Ceni décidément n’avait pas été à la hauteur. Mais le référendum a eu lieu, n’en déplaise au ray aman-dreny najoro, au vieux chef de bande et à l’horribilissime.

Prévu pour empêcher le référendum, finalement ce coup d’Etat verbal va être mis au bénéfice de la Transition. Et les complices des mutins à l’extérieur vont être déçus de l’incompétence de ceux-ci. France 24, encore ce matin à 9heures01, mettait en ligne une déclaration du colonel Charles Andrianasoavina annonçant qu’il prenait le contrôle d’Ivato avant d’aller au Palais présidentiel. Le message était effacé quinze minutes plus tard.

On comprend dès lors que nos militaires n’en sont pas. Dans une réunion – publique rassurez-vous, je ne complotais pas – une réunion où il y avait beaucoup de militaires, des colonels et des généraux, en retraite ou en activité, j’ai entendu une définition de la politique qui éclaire sans doute leur compétence politique. La politique serait l’art de faire la guerre de façon permanente et sans effusion de sang. Les galonnés qui étaient là, semblaient béats d’admiration et ne s’aventurèrent pas à commenter ce beau texte. Ils se retrouvaient de parfaits membres de la Grande Muette. A vrai dire, et à voir ce que furent les événements qui sont survenus depuis un certain 17 mars, nous sommes tous amenés à nous dire que nos militaires – les nôtres de chez nous et parfaitement malgacho-malgaches – sont surtout capables, avec leurs kalachs, de menacer un Nonce et un ambassadeur protégés par leurs seules immunités diplomatiques et juste capables aussi de faire peur à des civils ou de les blesser, voire de les envoyer dans un autre monde. Il serait sage de ne plus laisser les militaires jouer avec des armes à feu.

Et comme entre eux, ils n’aiment pas jouer avec le feu, les fidèles Hâtifs attendent avec inquiétude que ces nouveaux mutins parlementent et demandent pardon. Après, on efface tout et on recommence.

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