LE DERNIER GRAND CHAUD DIDJIESQUE

Publié le par Ny Marina

Le 11 novembre 2010

 

Je relis, ça m’arrive, ce que j’ai écrit hier. Je le fais pour ne pas trop me répéter et ne pas vous faire trop perdre de temps. J’ai donc relu ce que j’ai écrit hier, et qu’y vois-je ? « A l’heure façon, ce sont aussi des avara-pia ». Horreur ! Horreur de l’horreur ! Je voudrais croire qu’avec toute votre bonté d’âme, vous aurez corrigé de vous-mêmes et que vous en aurez conclu que la responsabilité en incombait à mon clavier et à mes seuls doigts.

Samedi dernier au Palais des Sports de Mahamasina, notre nourrisson national a montré tout l’éventail de ses compétences pour monter un grand chaud. Un chaud qui, comme le homard est à l’armoricaine, est, lui, à l’américaine. Le vahoaka présent l’a applaudi. Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des coups d’Etat possibles. A la hâte, les nounous du nourrisson avaient admis et lui avaient fait admettre qu’étant donné ses responsabilités et ses pouvoirs – car il en a, le bougre –, il ne participerait pas à la propagande pour les différents votes.

Nous sommes en pleine campagne de propagande pour le référendum. Il n’a pas appelé à voter ENY, alors que l’on sait bien qu’il est pour. Mais comme, pour une fois, il respecte la règle qu’il s’est donnée, il n’a pas demandé au vahoaka présent de voter selon son vœu le moins secret, mais il a bien mis en évidence tout le programme qu’il envisage pour les années à venir. Si vous votez ENY, vous voyez ce que j’ai fait en peu de temps, vous voyez, puisque je vous le dis, ce que je pourrai faire dans l’avenir. Et je ne parle pas en l’air, puisque là sont présents les hommes d’affaires qui sont d’accord pour investir ici. Il les a appelés et les a fait se lever, quand il a parlé d’eux. Tous des étrangers. Il aurait aussi pu faire malgacho-malgache, en appelant Mamy Ravatomanga et Naina Andriantsitohaina qui étaient là, assis dans la tribune, comme la TVM les a bien montrés. Il ne l’a pas fait. Peut-être aussi sont-ils plus prudents, moins bourgeois conquérants, et investissent-ils plus dans le domaine politique. Il y manquait Ylias Akbaraly, mais peut-être ne l’ai-je pas vu.

Il a ré-annoncé la construction d’hôpitaux en y ajoutant que les soins y seraient gratuits. Demain, on soigne gratis, on se croirait chez le coiffeur. La promesse risque bien de rester ineffective, quand elle posera aux nouveaux coiffeurs des problèmes de bonne gestion et d’équilibre financier. Il suffit d’y croire et, pour que cela se réalise, de ne pas être malade.

Il a repris un projet de Patrick Ramiaramanana et parle de la création d’une ligne de tramoué à Antananarivo, d’Ankorondrano à Iavoloha et à Ambohimanambola. Moins que d’un tramoué, c’est d’une sorte de train de banlieue qu’il s’agirait. « Dérapage verbal », nous dit-on. Car il y a un petit hic. Les wagons qui comportent 200 places assises et 200 places debout, ont quarante mètres de long. Une fois au port de Tamatave, on ne peut les acheminer à Antananarivo ni par la route ni par le chemin de fer. Les wagons sont trop longs pour passer les virages de l’une comme de l’autre. Les utilisera-t-on pour un train de banlieue allant d’Analamalotra au nord du terrain d’aviation, jusqu’à Ambalatavoahangy, au sud de Tamatave ?

Le prestidigitateur en chef a aussi mis en scène la création du monde en rejouant la première scène de la Genesisy biblique : « Hisy mazava, ka nisy mazava ! » – « Que la lumière soit et la lumière fut ». C’était avec un panneau solaire chinois et une ampoule sans doute tout aussi chinoise. Je ne sais pas si c’est avec des panneaux solaires que les Chinois produiront l’énergie nécessaire pour la cimenterie qu’ils vont installer à Amboanio, près de Majunga. Ils devraient produire des sacs de 50 kg de ciment à 14.000 ariary ou 70.000 francs le sac.

Amboanio mérite un petit rappel historique. A l’époque coloniale, Lafarge y avait une cimenterie sur une masse de calcaire lui assurant 1.000 ans d’exploitation. Le matériel était obsolète depuis longtemps. Lafarge avait récemment envisagé un investissement de 250 millions de dollars pour créer une nouvelle usine. Le projet fut abandonné pour des questions d’énergie très insuffisante. Holcim dit qu’elle peut produire des sacs de ciment à ce prix, tout dépend des conditions que l’Etat fait à la société. Mais apparemment, les règles du jeu qu’appliquent nos Hâtifs, ne sont pas les mêmes selon que l’on est blanc ou jaune, selon que l’on utilise de l’argent propre ou de l’argent sale.

Il a annoncé la construction de maisons à bon marché. Ratsiraka avait déjà annoncé 35.000 logements, mais, dû au mauvais temps sans doute, ils n’ont pas poussé comme des champignons. Avec leurs 3 pièces, ce seront des maisons préfabriquées de 50 m² habitables. Ce seront les Turcs qui vont les faire. Elles seront vendues 50 millions de francs à des ménages de moins de 35 ans et, mises en location-vente, payables par un loyer de 750.000 Francs mensuels. L’avantage du préfabriqué, c’est qu’elles peuvent être construites rapidement. Autre avantage dans notre économie de prédateurs, c’est qu’elles sont facilement cannibalisées, comme on l’a vu pour les préfabriqués des cités universitaires de Ratsiraka et d’Ignace Rakoto.

Enfin, le clou du chaud à l’américaine fut la présence du vice-président d’Eads pour l’Afrique et l’Asie. Il l’a fait se lever, quand il a annoncé qu’Air-Mad allait abandonner l’usage des Boeing et se doter d’une flotte d’AirBus. Interrogé ensuite, un haut responsable des transports a qualifié cette annonce de « dérapage verbal ». Je n’ai pas bien compris qui ou quoi avait dérapé. C’est sans doute du vocabulaire technique de l’aérospatiale. Ce que je sais par ailleurs, c’est qu’un mécanicien de ma campagne, s’il sait réparer un vélo européen, le peut tout aussi bien d’un vélo chinois. Il n’en est pas de même des Boeing et des AirBus. Leurs techniques sont différentes et, croyez-moi, plus difficiles à assimiler. Or, dans les temps lointains de l’histoire d’Air-Mad, un directeur technique puis Dg de la compagnie a mis en place un service de maintenance des Boeing qui est capable de faire toutes les opérations d’entretien, non seulement de la flotte nationale, mais aussi des avions Boeing de la grande région qui nous entoure. Le marché est important et permet à la société de vivre. Si ce service n’existait pas, la société aurait depuis longtemps disparu, même si elle vend fort cher ses billets pour ceux qui veulent voyager. Sa flotte de Boeing, qui sont des appareils loués, est sa meilleure carte de visite pour faire venir les Boeing dans cet hôpital d’Ivato. Si elle abandonne ces avions, elle perd sa référence nationale et son marché international. Air-Madagascar risque bien de bénéficier alors du statut des entreprises franches sous la Transition et, comme elles, de mettre la clef sous la porte.

 

Dans cette dernière décision qui nous apportera encore des lendemains qui déchantent, certains de nos médias y ont vu une épingle plantée dans le flan des Américains et la revanche aux propos peu amènes de Wycoff, sous-secrétaire d’Etat américain, qui venait de nous rendre visite. C’est une double erreur : d’abord parce que ce n’est pas une épingle, mais une véritable banderille qui doit faire mal au taureau ; ensuite parce que l’attitude Hâtive était décidée avant l’arrivée de Wycoff à Ivato et avant qu’il ne parle. Quand celui-ci a posé le pied sur la terre malgache, il n’y avait que le chargé d’affaires américain pour l’accueillir. Vous vous souvenez qu’il n’y a plus d’ambassadeur depuis le départ de Marquardt. Le chargé d’affaires était donc là tout seul pour faire les démarches autorisant le sous-secrétaire d’Etat à entrer en territoire malgache. La nouvelle a fait tout de suite le tour de toutes les chancelleries à Antananarivo. Elles estiment que c’est un véritable affront qui lui avait été fait. Pour le moins, le ministre des affaires étrangères – on dit vahiny en malgache, donc honorable invité de la République – n’était pas à Ivato. Les chancelleries estiment d’ailleurs que c’est le Premier Ministre qui aurait dû venir l’accueillir. Il n’y était pas.

Après le premier affront du 17 mars 2009 où des militaires malgaches avaient pointé leurs armes sur l’ambassadeur américain, ce second affront n’allait pas favoriser l’amélioration des relations avec les Etats-Unis. Ambohitsorohitra l’a traité comme un standardiste de la Maison Blanche. Cela nous montre bien l’ignorance parfaite, totale et absolue de nos Hâtifs sur ce que sont les Etats-Unis et ce qu’est un sous-secrétaire d’Etat dans le gouvernement de ce pays, des pouvoirs qui lui ont été délégués dans le gouvernement de ce monde. Le ministre Hyppolite Ramaroson l’a compris, mais un peu tard. Il a couru après Wycoff pour se faire photographier en lui serrant la main. Cela n’a plus été possible et Hyppolite n’a pas eu sa photo, qui aurait semblé prouver au moins un début de reconnaissance par la première puissance mondiale.

Un affront, la Hummer américaine met le contact. Un second affront, la Hummer démarre et enclenche la vitesse. Wycoff n’a pas été tendre dans sa déclaration officielle. Lui et les siens l’ont été encore moins dans leurs propos privés, dont certains de ceux qui les ont entendus aimeraient qu’ils aient plus de publicité. Le nourrisson, fut-il dit, « se fout du peuple ». Ou encore : « Le peuple, ils n’en ont rien à foutre ». « La Hat a volé 110 millions de dollars et 550 millions d’euros ». « Dans ce qu’ils font, il n’y a aucun bénéfice pour le peuple ». Ce discours si peu diplomatique a débloqué le discours d’autres chancelleries au point qu’une Excellence a pu dire du nourrisson que c’est « un escroc à qui personne ne peut faire confiance ». Voilà le Vrai Bonheur radzouëlien selon nos crocodilus ambohitsorohitrensis. Ambohitsorohitra serait-il une sorte de Tsiafahy sur lequel la Justice ne serait pas passée ?

 

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