LE DROIT DE COMMUNICATION

Publié le par Ny Marina

 

 

Le 11 octobre 2010

 

En passant par Le Colbert avec mes sabots (bis)

Rencontrais un homm’ d’affair’ avec mes sabots dondaine

Oh, oh, oh ! Avec mes sabots.

Rencontrais un homm’ d’affair’ avec mes sabots (bis)

Il n’ m’a pas appelé vilaine avec mes sabots dondaine

Oh, oh, oh ! Avec mes sabots.

Non, ce n’était pas un homme d’affaires, mais un chef d’entreprise, mais « chef d’entreprise » était trop long et ne collait pas sur la musique. Il ne m’a pas appelé « vilaine », et pour cause, ni ne m’a donné un bouquet de marjolaine.

Ce n’est pas du droit de la presse dont je vais parlé. C’était donc ce midi au moment du déjeuner. Mon compère avait l’air préoccupé, l’air aussi de ne pas goûter sa tranche de foie aux petits lardons fumés. Il me conta ses ennuis. Il avait à faire face cet après-midi aux Gentils Membres du ministère des finances qui voulaient poursuivre leur contrôle fiscal. Comme beaucoup d’autres de ses confrères, il avait droit à des contrôles fiscaux à répétition. Pour ces gentils membres qui font fonctionner la pompe à phynances, c’est une véritable addiction. S’ils manquent d’argent, ils ne manquent pas de ressources.

Cette année, ils vérifient le droit de communication. Qu’est-ce donc ? Je n’en ai jamais entendu parler. Les entreprises, disent-ils, doivent chaque année déclarer les marchandises qu’elles ont achetées et celles qu’ils ont vendues. Et depuis fort longtemps. Quoique méfiant par profession, je ne peux que leur faire confiance. Voilà donc un papier qui ne coûte rien, sauf le temps de le confectionner, et qui ne donne pas lieu à une imposition. Aucun des G.M. du ministère ne lui en avait parlé lors des précédents contrôles. C’est un érudit qui a réussi à le dénicher dans les vieux dossiers de son service. Et qui a aussi découvert que, s’il ne donnait lieu à aucune perception, ne pas l’avoir fourni donnait lieu à une amende qui réjouit le Roi Ubu.

 

Prêt à payer l’amende, le contrôlé s’enquit de son montant auprès de ses visiteurs. L’amende, dirent-ils, est équivalente à 100% du total du montant des marchandises échangées ! Mais il est de notoriété publique – et mon ami le savait – qu’avec le fisc, on peut toujours marchander. Devant réfléchir et méfiant par habitude, mon ami contrôlé est ensuite allé interroger les meilleures sources d’information. Pour eux, il est clair que l’amende ne peut dépasser 1% de la valeur de la communication qui n’avait pas été faite. Il en a tiré la conclusion que ses visiteurs étaient vraisemblablement prêts à marchander et, à la fin du ady varotra, sans doute prêts aussi à décider d’une amende de 1% et à rentrer chez eux avec un beau voan-dàlana.

Pour mon ami, la multiplication des contrôles fiscaux indiquait suffisamment l’existence à Antaninarenina d’un ventre affamé. Ce qu’il comprenait d’autant mieux que le matin même, il avait demandé à sa banque des devises pour une mission commerciale à l’extérieur. Le conseiller habituel, d’habitude serviable et toujours aimable, lui dit qu’il ne pouvait donner que 2.000 euros. Et pour cette simple raison que la Banque Centrale n’a plus de devises. Il y a quelque temps, elle annonçait avoir 750 ou 850 millions de dollars en réserve. Si elle n’en a plus, c’était, me disait-il, sans doute parce qu’elle avait fourni les 550 millions de dollars qui ont été transférés sur des comptes de particuliers à l’étranger. Et avec mes gros sabots, j’étais prêt à l’admettre.

Comme, de mémoire, aurait chanté Georges Wilson jouant le Père Ubu : « Hourrah ! Cornes au cul, vive le Père Ubu ! » Et repris par le chœur de sa Cour : « Hourrah ! Cornes au cul, vive le Père Ubu ! ».

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