LES CHINOIS DES COULISSES

Publié le par Ny Marina

 

 

Le 09 octobre 2010

 

 

J’ai peu à dire sur notre actualité. On vient enfin de nous annoncer la renaissance d’un Parlement. L’on nous a déjà dit que soixante-dix de ses membres seraient d’anciens Tim qui, avec Raharinaivo, pensent plus à l’Intérêt Supérieur de la Nation qu’aux intérêts de Dada. Mais soixante-dix anciennement élus du peuple, ça ne fait même pas le tiers de l’Assemblée. Et la Hat espère que cela va aider à la reconnaissance par la communauté internationale. Les méninges de ses griots se sont beaucoup ébranlées ces temps derniers pour tenter de faire croire à leurs lecteurs que cette reconnaissance était imminente.

D’ailleurs, le nourrisson n’était-il pas citoyen français ? La France, c’est certain, allait enfin se décider à lui venir au secours. Fausse information ou vraie désinformation. Les griots peuvent prendre leurs désirs pour des réalités, mais il faut le rappeler : le nourrisson n’est pas citoyen français.

D’ailleurs aussi, même si dans l’opposition, on pense à préconiser l’abstention – ce qui serait un autre suicide –, n’y aurait-il que 40% de votants, ce serait suffisant à la Hat pour obtenir cette fameuse reconnaissance. Autre fausse information ou vraie désinformation. Des sources autorisées affirment qu’il n’en est rien.

 

Voilà les faux sujets qui préoccupent nos journalistes sur la scène publique. Mais le fait important, c’est ce qui se passe dans les coulisses, que nos Hâtifs ne vont pas révéler et que nos journalistes non investigateurs ne vont pas découvrir. Ils ne nous diront pas que beaucoup d’élèves des écoles et collèges privés et catholiques n’ont pas fait leur rentrée et sont sans doute passés dans l’enseignement public. Il y a des parents qui ne peuvent plus payer les écolages. En entendant cela, le dircab d’un de nos « ministres » disait qu’il ne comprenait pas pourquoi ! Quand on vit dans les millions de dollars, on n’est pas sensible aux tout petits détails en Fmg.

Mais il y a surtout la néo-colonisation chinoise que demandent et favorisent nos Hâtifs, une néo-colonisation sans appel d’offres ni déclaration de guerre, mais avec une vraie conquête.

Que l’on ne se méprenne pas sur mes propos. Il y a Chinois et Chinois. Nous avons connu ou connaissons tous des Chinois qui sont arrivés il y a quatre-vingt ans ou un siècle. Nous connaissons aussi leurs descendants qui ont souvent des ancêtres malgaches. Ceux que j’ai connus, étaient des personnes courtoises et cultivées qui, il y a quarante ans, se réunissaient un soir par semaine pour discuter de littérature. Faisant l’explication d’un poème chinois, l’un d’eux, feu Chan d’Ankirahotra, y sentait une influence vietnamienne. Ce qui, par personne interposée, fut reconnu et validé en 1972 par les meilleurs spécialistes dans un colloque de la Sorbonne. Il y a aussi leurs descendants qui sont bien intégrés dans la société malgache. C’est l’un d’eux, Sylvain, qui en 1969, m’expliqua lumineusement ce qu’était le tsaboraha en pays betsimisaraka.

Ce n’est pas de ces Chinois dont je parle quand j’envisage une néo-colonisation que favorisent nos Hâtifs. Il s’agit de Chinois de Chine, disons : des Néo-Chinois à Madagascar que n’apprécient pas nos Paléo-Chinois ou assimilés.

La presse nous a parlé récemment de ce Chinois qui travaillait à Namakia : il avait donné un coup de pied dans la marmite contenant le repas des ouvriers et l’avait renversée. Grève des ouvriers. Le chef de région décide de son expulsion pour atteinte au hasina des ouvriers. Il manquait, admettez-le, il manquait pour le moins de courtoisie. L’on me dit qu’il en était de même lors de la construction du grand hôtel d’Ivato. Mais sans réaction publique. Les Antananariviens se soumettraient-ils plus facilement que les Sakalava de Namakia ? S’il en était ainsi, on pourrait comprendre pourquoi les gens d’Antananarivo acceptent d’être commandés par ceux qui ont renversé les marmites dans lesquelles ils faisaient cuire leurs repas.

Les médias ont aussi parlé de ces Néo-Chinois qui dans l’Ouest exploitaient sans aucun permis des pierres précieuses ou semi-précieuses proches du diamant. Ils avaient importé quantité de gros matériels pour une exploitation industrielle sans que s’en préoccupe l’autorité que l’on dit de l’Etat. Que d’autres exploitent au bulldozer l’ilménite au nord de Tamatave sans respect de l’environnement et qu’ils l’exportent par conteneurs sans valorisation préalable.

Mais ce qui intéresse les Néo-Chinois, c’est le pétrole et le foncier. Pour le pétrole, depuis un an et demi, il y a eu beaucoup de critiques contre Total et la nouvelle Françafrique. Or ce que personne n’a proclamé, c’est que l’Etat malgache possédait 51% du capital de cette filiale de Total. Ce qui impliquait que l’Etat recevrait la moitié des bénéfices de cette société. Il n’y là rien qui fasse penser à une exploitation coloniale. L’on apprend que nos Hâtifs sont pressés de se débarrasser de ce bijou de famille. Ils seraient en train de le vendre aux néo-Chinois.

Le foncier est encore plus intéressant. Nous savons que la loi malgache interdisait autrefois de vendre de la terre aux étrangers. Ce fut la cause de tous les démêlés avec la France jusqu’à la conquête. Cette loi malgache qui n’était pas morte et qui restait une lalàna velona, fut reprise à l’époque de Ramanantsoa. La vente de foncier à des étrangers fut à nouveau interdite. En cas de décès d’un Français, les Domaines refusaient même d’enregistrer la passation de tels biens aux héritiers des défunts. Au début des années 80, lors d’une Commission mixte franco-malgache réunie à Antananarivo avec Nucci – cet inénarrable professeur de Ceg et ministre socialiste de la Coopération qui, pour une de ses maîtresses, avait acheté un hôtel particulier pour logement de fonction et qui fut au centre du scandale de Carrefour du Développement –, la partie malgache consentit à faire faire par les Domaines les transmissions aux héritiers. Cela n’alla pas plus loin que ce consentement.

Les futurs Hâtifs ont vigoureusement critiqué l’horribilissime ancien président pour son projet de louer de la terre aux Coréens. Et il ne s’agissait que de location et d’un projet qui n’était pas encore bouclé. La politique a changé, mais c’est en missouk, comme dirait le créole réunionnais, ou an-tsokosoko “en douce, en cachette”, comme dirait le malgache, que cela se fait. La législation n’a pas changé, mais l’on a hâtivement trouvé la solution. Aucun étranger n’achète de terres à Madagascar, ce sont tous des Malgaches, puisqu’on donne aux Néo-Chinois la nationalité malgache. On distribue passeports et kara-panondro comme le précédent ministre halieutique distribuait les permis de pêche. On dit que c’est l’occasion où circulent beaucoup de valises.

Il y a une banque, la BICM, la Banque Internationale Chine-Madagascar, dont il convient de rappeler rapidement l’histoire. Elle fut crée au départ avec un actionnariat en partie malgache et dirigée par un Belge jusqu’au jour où ce directeur général constata que sa banque avait un fonctionnement bizarre. Il démissionna et s’en alla. La banque fit de si mauvaises affaires que le côté chinois racheta les actions des Malgaches. C’est donc aujourd’hui une banque sino-chinoise. Dirait-on aussi sino-cynique ? Peut-être, mais sûrement pas sino-cinoche. Le monde de la banque à Antananarivo constate que cet organisme est le seul du métier à ne pas rechercher de clients dans le public. C’est en fait un paravent pour une sorte d’EDBCM, un Economic Development Board of China in Madagascar.

Son directeur, un Néo-Chinois, est un personnage aux multiples fonctions, car il est en même temps conseiller – sans doute « spécial » – auprès de l’ambassade de Madagascar à Pékin. Il est en quasi permanence au Château où il a beaucoup à faire – ou beaucoup d’affaires, je n’ai pas bien compris –, m’a-t-on dit. Comprenez que le Château, c’est là où il y avait des alouettes qu’ont mangé les crocodiles, c’est Ambohitsorohitra. Comme diplomate malgache, il a un passeport diplomatique de la République de Madagascar. C’est donc un néo-sino-malgache. Et l’on comprend que les dollars noirs des valises entrent et sortent sans problème avec la douane d’Ivato pour l’avion qui vient de Chine ou qui y va.

On comprend alors que la Hat de Joelina, au marbre malgache, préfère le marbre chinois pour le parvis de l’Hôtel de Ville sur la place du 13 Mai. On comprend aussi qu’avec le bois de rose, les ébénistes chinois connaîtront le Vrai Bonheur radzouëlien pendant des décennies, si ce n’est des siècles. On s’attend à voir des entreprises chinoises construire les hôpitaux et stades promis par le nourrisson. On ne s’attendra pas à ce que notre justice réexamine ces néo-naturalisations et les conditions dans lesquelles elles ont été données, car selon  une source mieux qu’autorisée en la matière, elle est – comment dire ? –, elle est la corruptions des corruptions. Seul un superlatif biblique convient pour la définir. On voit de jeunes magistrats qui prennent leur premier poste et qui sortent un gros 4x4 quelques mois plus tard. Au parquet, la compétence en la matière n’attend pas le nombre des années.

 

On nous a parlé de démocratie sur la Place de la Démocratie d’Ambohijatovo début 2009. Depuis cette Place de la Démocratie est interdite aux démocrates comme la Place Tian An Men à Pékin. Faudrait-il comprendre que notre démocratie à venir se conforme au modèle chinois ? S’il en était ainsi, ce serait une bonne nouvelle et nous pourrions espérer avoir enfin un jour un Prix Nobel de la Paix. Avec résidence à Tsiafahy ou à Nosy Lava.

 

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