LES VAZIMBA ACTUELS

Publié le par Ny Marina

Le 26 novembre 2010

 

LES VAZIMBA ACTUELS

 

Voulant sans doute contribuer à la solution de la crise et à la reconnaissance de la situation de Madagascar par la communauté internationale (cf. les conditions posées par la Quai d’Orsay), la Francophonie, en l’occurrence l’Agence Universitaire de la Francophonie, avait organisé hier un atelier au Centre Albert Camus. On nous dit que ce Centre Culturel va disparaître, alors que, quand on cherche des citoyens, des journalistes qui y voyaient clair et qui défendaient la démocratie, sa place était et reste au premier plan. Souvenez-vous de l’éditorial qu’il fit dans Libération au lendemain du jour où Hiroshima fut bombardée en 1945.

La Francophonie avait donc réuni des philosophes, juristes, sociologues et experts venus des horizons les plus divers. Le thème « Comment faire avancer la culture démocratique ? » avait attiré un public de jeunes. Malheureusement, cette pléiade d’experts avouait ne pas comprendre ce qu’il fallait entendre par « culture démocratique », sauf Jean-Eric Rakotoarisoa qui, in extremis, parla de son éducation, de ses études et qu’en matière de culture, nos différents gouvernements n’ont jamais rien fait, lui attribuant tout au plus un strapontin sans moyens financiers. On sait qu’aujourd’hui, le ministère de la Culture n’a même pas les moyens de faire des photocopies et que nos hauts responsables mettent la main à la poche, quand ils en ont besoin. Ils se plaignent d’avoir été expulsés du ministère de la place goulette au profit du ministère des sports. Quand ils vont faire une photocopie, ils pensent à ces milliards pour des stades qui ne serviront guère que pour les métinges politiques. Et comme ils ont de la culture, ils se souviennent de ces rassemblements qui se tinrent autrefois à Nuremberg.

Dans l’assistance à Albert Camus, une voix s’est levée pour dire que la culture de la démocratie commencera à progresser quand tout un chacun refusera de donner la boîte d’allumettes pour mettre de l’huile dans les rouages. Quand tout un chacun refusera de négocier avec l’agent de la force publique l’amende que lui vaut l’infraction qu’il vient de commettre. Quand tout un chacun dénoncera bien haut les entorses aux libertés individuelles. Et quand tout un chacun n’aura pas à craindre d’être perquisitionné sans raison. L’assistance a alors applaudi. Sans doute est-ce ce qu’elle attendait de cet atelier. Malheureusement, le temps dévolu touchait à sa fin et, sans engager le débat sur la culture de la démocratie, les experts s’en allèrent, satisfaits de leurs petits numéros.

 

Pourtant, si nous avons besoin d’experts, c’est dans ce domaine-là. C’est, pour le moins, pour apprendre quelques notions de base aux cerveaux de crocodile qui croient pouvoir nous gouverner. Leur incompétence n’est pas une incompétence parmi d’autres. Elle est l’Incompétences des incompétences, l’Incompétence absolue, parfaite et totale par total manque de culture autant humaine que politique. Que viennent-ils donc encore de faire ?

On le sait, quelques idiots de militaires qui n’avaient pas fait l’Ecole de Guerre – c’est la faute de la France – ou qui n’y avaient rien compris – c’est encore la faute de leurs professeurs – ont cru pouvoir faire un coup d’Etat ou, comme l’analyse bien Ndimby, un pronunciamiento. Ils ont été arrêtés de telle façon que l’on se demande si ces idiots d’uniformes n’avaient été intelligemment manipulés pour pouvoir les écarter des cercles de décision. Dans les perquisitions au domicile du général Noël Rakotonandrasana – vous vous souvenez, c’était le colonel Noël que RFI chouchoutait et à qui RFI faisait une publicité gratuite début 2009 –, on a trouvé, nous dit-on des chèques pour plus d’un milliards d’ariary. Le général faisait beaucoup d’économies, puisqu’il ne versait pas ses chèques sur son ou ses compte(s) bancaire(s). A titre de présumés coupables ou de témoins, 200 personnes seraient impliquées ou entendues.

On sait les accusations que le maître-chanteur chargé de la communication du crocodilisme a déjà accusé Sahondra Rabenarivo, jeune juriste de grand talent qui a beaucoup étudié la Constitution que l’on vient de nous imposer. Et l’on sait aussi que la maison de Raymond Ranjeva a été perquisitionnée, Raymond emmené pour enquête à la gendarmerie et sa fille retenue toute une nuit par la même gendarmerie.

J’entendais, ce matin, un quidam en parler avec Madeleine Ramanandraibe-Ramaholimihaso dans un magasin de la capitale. Le quidam s’étonnait que le gouvernement ait inquiété Ranjeva. Et sans gêne, Mado lui répondait qu’il avait bien proposé de prendre la tête de la Transition. Oubliant ce qu’implique la liberté d’expression, il semblait à cette petite dame que la décision était normale. Et, ajoutait-elle, « le colonel Ravalomanana – je ne me souviens plus du prénom –, le colonel Ravalomanana est un bon technicien ». Le quidam n’en doutait pas, mais craignait que le pays ne s’engage vers une véritable dictature. Que le colonel faisait sans doute son travail, mais sur l’ordre de qui et dans quel but ? La très petite Mado, autrefois riche héritière à Antananarivo, grandes études à Andafy, conseillère du Pape à la Curie et défendant la démocratie, ou bien retombe en enfance avec l’âge ou bien s’est laissée contaminer par le mauvais esprit malgacho-malgache du temps.

N’ayant pas compris pourquoi il n’aurait pas fallu interdire à Raymond Ranjeva de sortir du territoire, elle rejoint en pensée ceux qui ont fait cette hyperconnerie malgacho-malgache et qui n’ont aucune culture politique. C’est une décision de maîtres-chanteurs et de gens jaloux, envieux, mesquins, haineux et tourmentés par leurs petitesses qui se réjouiraient de voir sa tête coupée et plongée dans des ennuis de toutes sortes. Dans le protocole international, s’ils avaient su que le Juge a le même rang que le Secrétaire Général des Nations Unies, qu’il est placé au dessus des chefs d’Etat et qu’il bénéficiera du soutien de l’Onu et de la communauté internationale, ils auraient peut-être hésité, si tant est qu’ils désirent obtenir sa reconnaissance.

Ce qui est à craindre, si la communauté internationale ne réagit pas, c’est que ces hypercons ne nous mènent lentement mais sûrement vers une dictature. Du pronunciamiento d’Ivato, on risque de voir filer un procès ou une série de procès à la mode stalinienne des années 1936 et suivantes, et comme Staline l’avait fait, de voir éliminer tous ceux qui ont l’audace de penser, le malheur d’avoir mérité les plus hautes distinctions sur le plan international, mais aussi sur le plan intellectuel. Ratsiraka y avait bien songé, quand il avait fait arrêter des hommes d’Eglise. Il était reproché, souvenez-vous entre autres, au curé d’Ambatonilita de vouloir faire tomber la foudre sur le Palais présidentiel. Mais, quoiqu’on en pense, Ratsiraka était un homme d’Etat et qui ne pouvait suivre tous les conseils venus des pays de l’Est. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Quand le Quai demande que le didji renonce à se présenter aux élections présidentielles, il sait à quoi pensent ses représentants et ses experts. L’on peut imaginer que, n’ayant pas réussi ses fêtes du Cinquantenaire, il songe maintenant à organiser celles du Centenaire. Il n’aura alors que 86 ans et la Constitution-sic n’a pas fixé d’âge plafond.

Sans penser à cet avenir lointain, il est incontestable que l’atmosphère politique est lourde, que la crainte des perquisitions dépasse le petit monde qui s’intéresse à la politique, que la crainte d’arrestations avec des cellules ambulantes et secrètes est omniprésente. Tout est à craindre.

L’atmosphère était beaucoup plus agréable dans les temps anciens. A en croire les missionnaires, on n’y craignait guère que les Vazimba, leur méchanceté, leurs exigences et leurs cruautés. Les parents conseillaient à leur progéniture de ne pas aller marcher sur leurs tombes sous peine de devenir malade ou même d’avoir le cou retourné et de ne plus voir que dans son dos. Mais il y avait aussi des Vazimba bons, débonnaires et n’exigeant pas de coûteux sacrifices, comme le Vazimba de Nenifara : il n’a point besoin de poulet, point besoin de graisse, mais seulement du respect que l’on doit à tout un chacun. «Vazimban’ Inenifara, ka tsy mila akoho, tsy mila menaka, fa fihavanana fotsiny ihany

Les Vazimba continuent à vivre dans l’eau des lacs et des étangs où ils furent ensevelis. Il n’en est pas de même de nos crocodiles. Ils ont quitté l’eau des rivières pour Ambohitsorohitra. Et parmi eux, l’on n’en voit pas qui soient bons et débonnaires et qui n’exigent aucun sacrifice : le poulet atteint aujourd’hui des prix exorbitants.

Commenter cet article