Madagascar : repartir du bon pied !

Publié le par Ny Marina

Patrick Rajoelina, essayiste, professeur de droit et

Joël Andriantsimbazovina, professeur agrégé des facultés de droit,

président délégué du Cercle des Constitutionnalistes (*)

                                                                                          

 

Le 26 juin 2010, jour anniversaire des 50 ans de son « indépendance octroyée », a été pour Madagascar un jour à la fois triste, par le bilan de ce demi-siècle de gâchis, mais aussi un jour d’espérance. Un jour d’espérance pour l’opportunité qui nous est faite désormais de poser les bases de la Refondation (Fanorenana) d’une Nation en plein désarroi.

 

La crise politique qui frappe Madagascar depuis novembre 2008 a conduit, le 17 mars 2009, à la transmission du pouvoir par Marc Ravalomanana à un directoire militaire qui l’a immédiatement confié à Andry Rajoelina. Mais cette « péripétie institutionnelle » n’est que la face émergée d’un iceberg qui pousse Madagascar vers l’abîme depuis un demi-siècle.

 

Ce spectacle regrettable auquel on assiste aujourd’hui d’une classe politique qui s’entre-déchire dans une ambiance délétère de trahisons, de prévarication et de pillage des ressources naturelles est en effet l’aboutissement d’une spirale négative de transitions permanentes depuis 1960.

 

En effet, la vie politique malgache post coloniale a été jalonnée depuis un demi siècle de régimes de transition, de prises de pouvoir en dehors des procédures constitutionnelles et de révisions constitutionnelles dans l’intérêt personnel du chef de l’Etat et du régime en place.

 

Il n’est donc pas révolutionnaire de dire aujourd’hui que ces cinquante dernières années ont été pour Madagascar une longue période de souffrance, d’instabilité et donc de gâchis.

 

Mais ce qui se passe à Madagascar depuis 50 ans est surtout la conséquence de cette gouvernance déplorable. Cette gouvernance exercée par ces politiciens dont l’échelle de valeur, depuis trop longtemps se situe au niveau de la cylindrée de leurs rutilants 4x4 et des somptueuses villas qui sont autant d’affronts au « peuple » (vahaoka). Certains de ces kleptocrates n’ont d’ailleurs que le mot de « peuple » à la bouche à longueur de discours populiste… lorsqu’ils n’appellent pas la religion à dresser les Malgaches les uns contre les autres !

 

L’image pathétique que les politiciens donnent de notre pays serait risible si les ressorts du patriotisme n’étaient pas cassés ! En effet, où sont ces vertus ancestrales qui ont fait de la Nation Malagasy, depuis des siècles, un pays paisible, fier de ses valeurs humanistes de solidarité, accueillant et ouvert sur les autres. Qui a cassé ce ressort ?

 

Certaines bonnes âmes diront que c’est l’étranger qui est la cause de tout cela. D’autres évoqueront la fatalité ou la « cruauté » du monde qui nous entoure… Ce n’est évidemment pas l’étranger qui est la cause de tous ces maux ! C’est encore moins le « monde extérieur » qui aurait plongé notre pays dans cet immense désarroi ! C’est tout simplement cette gouvernance à « la petite semaine » qui n’a donné aucun souffle à nos aspirations de valoriser nos richesses naturelles, de bien vivre et d’être bien.

 

Il faut donc profiter aujourd’hui de ce moment où nous sommes à un tournant de notre vie institutionnelle pour jeter les bases de la Refondation de notre Nation et repartir ainsi du bon pied ! Cette Refondation de notre nation malagasy doit se faire autour de nos vraies valeurs, celles de la solidarité, de la non-violence et du dialogue entre tous.

 

Pour cela, l’élaboration d’un nouveau contrat entre le peuple Malagasy et ses gouvernants ne doit pas être une simple incantation des valeurs de la société malagasy. Elle doit être celle d’une société véritablement démocratique et respectueuse du droit. Un contrat qui doit sceller l’engagement des gouvernants à l’égard du peuple Malagasy pour que ses valeurs soient effectivement appliquées dans la conduite de la vie politique, sociale et économique.

 

Ce contrat est à sceller dans une nouvelle Constitution refondatrice que les Malagasy peuvent se réapproprier pour construire ensemble un avenir et des lendemains meilleurs.

 

Les conditions de cette réappropriation sont triples. Elles concernent l’élaboration même de la nouvelle Constitution qui doit comporter des dispositions innovantes et audacieuses. C’est à ce prix que cela garantira sa propre autorité et son effectivité qui sont les gages de la stabilité de la vie politique Malagasy :

-          l’élaboration doit se faire dans des conditions d’indépendance et de neutralité de l’instance chargée de mettre en forme juridiquement ce nouveau contrat ;

-          elle doit s’intégrer dans un processus global de recueil des propositions de Constitution émanant de tous les Malagasy, individuellement ou regroupés dans des groupements, des associations ou des partis politiques. Les propositions en question étant discutées tant dans le cadre des différentes collectivités territoriales que dans le cadre d’un Dialogue national réunissant le plus largement possible les acteurs de la vie politique, économique et sociale malagasy ;

-          le projet de Constitution qui sera mis en forme juridiquement par l’instance indépendante chargée de le préparer sera finalement approuvé par le peuple lors d’un référendum constituant.

 

Mais refonder notre Nation signifie, en premier lieu, qu’il faut nous accorder sur le sens que nous souhaitons donner à notre Destin. Et cela ne peut se construire que dans la non-violence, le consensus, la solidarité et l’élan fraternel, le Fihavanana.

 

A nous, à travers l’élaboration de nos institutions à venir, de trouver le meilleur moyen d’aller vers cette Refondation, cette Troisième voie. Celle qui nous permettra, pour les années à venir, d’emprunter ces chemins enrichissants de l’écoute de l’autre. Celle qui nous permettra de vivre dans la stabilité. Celle qui nous permettra de construire tous ensemble un avenir serein pour nos enfants, de faire à nouveau rayonner notre Grande île et de jeter les bases du développement équitable de toutes les régions de Madagascar. Ho an’ny Tanindrazana !

 

 

 

(*) Membres du Comité consultatif constitutionnel de Madagascar

 

Ndimby A.

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