PETIT DIAIRE

Publié le par Ny Marina

Le 19 mai 2010

 

 

Cela fait longtemps que je ne vous ai pas rendu visite. Ce n’est pas que je voulais faire mentir le fitenenana qui dit : Izay mahavangivangy tian-kavana. Et je n’étais en villégiature ni à Antanimora ni à Ambatolampy ni chez Messieurs Girard et Robic. J’étais orphelin de connection. J’ai commencé par tenir quelques notes, espérant rapidement obtenir à nouveau un accès à la Toile. Puis décidément orphelin, je me suis mis en vacances. Les informations que j’obtenais étaient si décevantes qu’il m’a semblé préférable de m’enfermer dans ma cellule de chanoine à la retraite profitant de son bénéfice viager et de revenir à mes chères études de bénédictin. J’ai maintenant l’impression, si le pays n’a pas beaucoup progressé, d’avoir, quant à moi, fait quelques progrès. J’espère ne pas me tromper. Voici donc d’abord ce que j’avais mis en conserve.

*

Jeudi 1er avril. Il est 19 heures 20, heure de Madagascar. Dernière édition du jour. Il semble bien que nous nous acheminons vers un référendum constitutionnel en juillet, puis, dans la foulée, des législatives et une présidentielle. En décembre, l’enfant gâté devrait être renvoyé au jardin d’enfants.

Pourvou qué ça souait vrai, comme dirait Laetitia.

 

J’ai tardé à vous envoyer ce message, car je n’arrivais pas à me connecter. C’était le 2 avril. En fait, je suis en vacances de connection. Mon fournisseur d’accès me dit m’avoir prévenu de la cessation de cette activité il y a un an ! J’ai donc passé quelques jours depuis le Vendredi Saint à bénéficier de ce repos. C’est bien agréable. Et je ne me suis d’abord pas pressé de trouver une autre solution. On voit bien que nous sommes aux antipodes du monde civilisé. Ici, même les expats et leurs sociétés, marchent la tête en bas. Alors que, dans le Nord, les abonnements internet sont de plus en plus abordables, ici, ils vont en augmentant. J’aurai toujours du mal à les comprendre. Et je regrette les temps d’antan.

 

Hier soir, mercredi 7 avril, j’apprenais que le très cher ex-colonel Noël, chouchou de RFI aux temps glorieux du coup d’Etat, depuis devenu général et ministre des armées, a été démissionné. Vous m’entendez bien, ce n’est pas lui qui se serait retiré et qui aurait démissionné. Non, il a été démissionné. Ce pourrait être une bonne nouvelle, car les mutins sont de plus en plus inquiétants. On a entendu il y a peu le commandant promu colonel Lylison qui est parti en guerre contre tous les grands miniers. On n’en a pas besoin, on peut s’en occuper tout seul. En gros, pensons donc à nationaliser. Dans cette atmosphère, on sent une manifestation de national-socialisme et l’on pressent qu’un certain nombre d’uniformes se verraient bien en grands chefs d’une République à vocation millénaire. Le totalitarisme et les mauvaises solutions qu’inspirent encore les utopies ne sont toujours pas morts. Le totalitarisme, espérons qu’il soit comme le monstre du Lochness, que l’on en parle toujours, qu’il reste dans ses profondeurs aquatiques et qu’il ne monte jamais sur la terre ferme.

 

J’apprends ce matin que cela devait arriver et qu’il y a une quinzaine de jours, nous avions – et Joelina avec nous – échappé à un coup de force ou d’Etat des militaires. Cette machine, nous dit-on, était en train d’être remise en route. Comme le démarreur ne s’était pas enclenché assez vite, c’est en contre-attaque que le « gouvernement » est intervenu. Et pour ne pas perdre de temps à chercher parmi les uniformes la personne idéale qui…, il a préféré agir au plus vite et le colonel et premier ministre Vital s’est adjugé le ministère militaire.

 

J’apprends aussi que nos ministres sont excédés. Des décisions sont prises en conseil de gouvernement et, quand elles sont mises en œuvre, ils ne s’étonnent plus que la mesure prise soit celle qu’ils avaient écartée. Mais ils ragent et enragent. Dans une conversation sur ce qu’ils font, un « ministre » eut un geste significatif que l’on peut comprendre sans initiation Hâtive. Ce  n’est pas un geste secret de reconnaissance. Plaquant le bras sur le côté de la poitrine et soulevant l’avant-bras, sa main droite avait l’annulaire et l’auriculaire repliés sur la paume de la main et recouverts par le pouce. Quant à l’index et au majeur, ils étaient réunis et dirigés à l’horizontale vers la cible que l’on devine, car il parlait de son abhorré Monsieur le président. Au geste, il joignit la voix : « Poum ! ». Puis, après quelques autres échanges et parlant de la même abhorrée personne, il reprit son même geste et d’une seule émission vocale : « Poum ! Poum ! ». Sans doute pour être plus sûr du résultat.

Ce que j’apprends aussi, c’est que le « Monsieur le président » est tout à fait inaccessible. Personne ne peut le rencontrer. Il est comme sectarisé et contrôlé par un triumvirat de gourous, dit-on. Ce triumvirat – le terme est impropre – ne le quitte pas. Il comporte deux hommes, Norbert dit Astérix et Zazah, et une femme, Annick. Tous les autres, miaramila compris, sont dans l’« opposition ». Où va-t-on ? Certains avaient noté une sorte de ressemblance avec le petit peintre autrichien. Norbert en serait-il le Goebbels ? Mais quels seraient les rôles des deux autres ? Sans doute faut-il avoir un cerveau de crocodile pour le comprendre. Ils développent peut-être des caractères apomorphes – je viens de lire L’histoire de l’homme d’Yves Coppens et je vous en conseille la lecture. Ces caractères apomorphes que devraient étudier anatomistes et biologistes, vont-ils les distinguer de tous les Homo sapiens sapiens et notamment de l’humanité malgache pensante ?

Au triumvirat d’Ambohitsorohitra, il faut adjoindre un autre triumvirat – un vrai triumvirat, celui-là – de la société civile engagée dans le Hâtisme et à la fois de la société des affaires. Des noms ! Des noms ! C’est simple, car ils manquent de discrétion. Ylias Akbaraly de Sipromad qui a donné 90 millions d’ariary à l’association Fitia de Mialy. Mamy Ravatomanga de la clinique d’Ilafy et multi-concessionnaire automobile. Naina dit Zafera, longtemps hésitant mais qui, soucieux de trouver la bonne affaire, s’est finalement converti au Hâtisme. Bien situés dans le monde du bizenesse, ils se ridiculisent et se particularisent en s’excluant du réseau économique. Ceux qui ne s’en sont pas encore aperçus, vont bientôt le constater dans la presse. Vont-ils bénéficier d’une inscription au Tableau d’Horreur des 109 qui sont 110. Ils ont oubliés qu’ils ont des affaires en Afrique…

A propos du Tableau d’Horreur, une erreur y a fait inscrire un général de gendarmerie  que, dès le départ, la Hat a remercié et démissionné lui aussi de ses fonctions. Les 110 ne sont peut-être que 109. En attendant les autres de la liste d’attente.

 

Vendredi dernier, Onitiana a interviouvé Gilbert Raharinzatovo. Elle avait disparu depuis trois semaines. La rumeur courait qu’elle avait un AVC. Ce n’était que partiellement vrai. Son retour la rend heureuse, ce n’est pas le cas de beaucoup de crocodiles qui espéraient en être débarrassés. Elle est toujours aussi directe et a attaqué de front le « ministre ». Pourriez-vous nous expliquer comment fonctionne la Hat, car on n’y comprend rien ? Le ministre, décontenancé, a fini par dire qu’Ambohitsorohitra n’écoutait pas la « majorité silencieuse ». Et qu’il fallait s’attendre à une autre crise. Où va-t-on si les « ministres » ne défendent plus la solidarité gouvernementale ?

Il apparaît aussi, dans les conversations, que le monde Hâtif est un monde totalitaire. Dès que l’un d’entre eux, et parfois partisan depuis longtemps du futur M. le Président, remarque publiquement que certaines choses pourraient être faites, que dans tel domaine, il serait bon que… aussitôt il est reçu par le triumvirat comme un traître et donc comme un « ennemi objectif » – relisez les études d’Hannah Arendt et de Raymond Aron sur le totalitarisme. Le temps n’est pas encore venu de les abattre, mais cela ne saurait tarder. La construction que la Justicière a entreprise à Antanimora sera-t-elle suffisante pour héberger tout ce vilain monde ? A-t-elle su voir grand ? Les projets malgaches qui ne sont pas écrits par les organismes onusiens ou bilatéraux manquent souvent d’envergure !

Revenons sur les agissements du Général Noël, dont il est dit et répété que ce limogeage – officiellement la « démission » – répète et reproduit les manières d’agir de Ravalomanana. Où va-t-on si rien ne change ? En fait, les agissements du Monsieur le Président ne sont pas celles de l’horribilissime. Le lendemain du départ de Noël, Joelina l’a appelé, car il voulait parler avec lui – ce que ne faisait pas son prédécesseur. Le colonel promu général vint donc en voiture à Ambohitsorohitra et se présenta devant le portail. Les gardiens ne le laissèrent pas entrer et lui signifièrent d’aller dans le parkinge comme le vulgum pecus. Qu’il se soit soumis à l’injonction indiquerait-il qu’il rentre dans la discipline ? Je ne sais. Pedibus cum jambis, il entre dans la Résidence et passe par le service de sécurité. Il peut aller voir Monsieur le président, mais il doit laisser son téléphone portable. Il parlemente, mais n’obtient pas satisfaction. Il a donc décidé de rentrer tout de suite chez lui. Cela semble bien indiquer qu’il n’est pas encore tout à fait rentré dans la discipline.

Le lendemain, l’ex-commandant Charles devenu colonel vient à Ambohitsorohitra. Sans doute a-t-il quelque chose d’important à dire. Peut-être son sentiment sur la « démission » de Noël, il n’en a rien dit. Mais, lui qui était un habitué, on ne l’a pas laissé entrer. A qui peut-on faire confiance ? Sur quoi se fier ? Que sera demain ? Voilà des questions pour un colonel. Quant à Noël, on dit qu’il ne veut pas quitter son bureau de ministre !

Le bruit court que des militaires du CAPSAT qui n’avaient pas suivi les mutins et qu’avaient écartés les vrais mutins, Charles, Lylison et compagnie, ont été réintégrés dans leurs fonctions. Serait-ce un coup d’Etat à l’intérieur de l’armée ? Sans doute, mais fait par qui ?

Le départ de Noël a fait au moins un heureux : Le colonel à la retraite qui est devenu ministre de la guerre, y a gagné ses deux étoiles. Le voilà donc général de brigade. Il a encore de l’avenir devant lui, quand il sera président à la place du président. Ça ne me dérange pas, car j’ai un petit faible pour lui.

 

Si, de la diaspora, vous avez des soucis bassement matériels pour financer votre prochain séjour chez nous et que vous consultiez le taux de change de l’ariary, vous avez constaté que celui-ci prend chaque jour un peu plus de valeur. Et vous en tirez la conclusion que la politique économique Hâtive en est la cause. Il n’en est rien, car elle n’a pas de politique économique : en ce moment, Barbe Blanche réunit un brin de treust pour formuler ce que devrait être la politique Hâtive en ce domaine. On ne voit pas encore le bout du tunnel. Pour le taux de l’ariary, un spécialiste et bon connaisseur des techniques bancaires centrales m’a expliqué que le taux de change est fixé automatiquement par un logiciel qui est alimenté par toutes les statistiques du commerce. Si le logiciel ne reçoit pas les chiffres d’un secteur d’importations importantes, il donne un taux plus favorable. C’est ce qui fut fait une fois par Ratsiraka et une autre fois par Ravalomanana. Les données que le logiciel ne reçoit plus, ce sont celles des dépenses pour acheter essence, gazole et kérosène. Cela nous évite, pour le moment, la chute de la valeur de l’ariary. Il faudra bien qu’un jour, on revienne à plus d’honnêteté bancaire. Et, à l’estimation de certains, l’euro pourrait alors valoir quatre mille ariary. On n’arrête pas le progrès.

 

Que devient le gamin ? Bien encadré dans la forteresse du triumvirat d’Astérix, il apparaît comme un Zombie qui est détaché du réel. Il est vrai que ses soucis sont insurmontables. De toutes parts, on le presse de mettre en place un gouvernement de consensus et de mettre fin à la crise. Il est, de ses « ministres », qui le disent à bout de rouleau. La grande idée de beaucoup est qu’il faudrait qu’il rencontre l’horibilissime face à face et seul à seul. Les proches de Joyandet avaient su que le secrétaire d’Etat à la Coopération se rendait à Jobourg pour rencontrer Ravalomanana. On n’a rien su de ce qu’il a fait ou n’a pas fait en cette capitale australe. Le porte-parole du Président – le toujours vrai, celui-là – a dit qu’il n’y avait rien eu pour des raisons d’agenda. Lesdites raisons sont peut-être fondées, mais aussi n’être qu’un paravent. Toujours est-il que l’idée n’est pas abandonnée. Un proche de l’horribilissime qui va se rendre en Afrique du Sud la semaine prochaine, donne à entendre que l’entrevue tant désirée par beaucoup pourrait avoir lieu vers les 23 ou 25 mars… Parmi ces beaucoup, il en est un qui presse ce proche de se lancer dans le commerce de PPN pour combattre la hausse des prix. Un qui décidément, se souvenant de Perrette, ne met pas tous ses œufs dans le même panier.

 

Hier jeudi 15 avril, le port de Tamatave a été fermé toute la journée. Il fallait y découvrir et retirer des conteneurs de bois de rose prêts à être embarqués. Il faut bien admettre qu’il y a des Malgaches qui ont le don de l’entêtement.

 

Aujourd’hui, 16 avril, j’apprends que le gamin est non seulement au bout du rouleau, mais aussi le dos au mur. Il ne peut plus faire un pas en arrière et pas plus un pas en avant : il est déjà au fond du ravin. Il est bien gêné, car « Monsieur le président » veut parader aux différentes réunions de chefs d’Etat qui vont avoir lieu et veut aussi parader dans la tribune présidentielle au défilé du 14 Juillet à Paris. Il est donc obligé d’admettre ce qu’il n’a jamais admis. Il va donc aller à Pretoria pour rencontrer l’horribilissime avec les deux autres chefs de mouvance. Celui qui a le plus gagné dans ces événements, c’est Zafy et, comme il tient à conserver ses acquis politiques à défaut d’être sociaux, il propose et voudrait imposer un gouvernement d’union nationale pour les cinq années à venir. Ce n’est qu’au bout de ce temps qu’il y aurait des élections. Quand notre gamin commence à devenir adulte et à comprendre qu’il doit s’assagir s’il veut aller parader sur la scène internationale, serait-ce l’arrière-grand-père qui va s’obstiner ?

*

Après une longue grève de mon clavier et que beaucoup d’eau ait coulé sous les ponts de l’Ikopa, je me permets d’ajouter à mon petit diaire quelques mots sur les derniers événements tels que l’on me les a présentés.

Après de longs et répétés va-et-vient, le texte de l’accord tant attendu était prêt. Il ne restait qu’à le signer. Tout le monde se rend à Pretoria, le gamin dans le jet prié d’Ilias comme d’habitude, les autres dans le taxi-brousse de la communauté internationale. Les deux anciens sont présents, mais sur la touche comme de simples spectateurs. La partie se joue entre les deux joueurs d’échecs – un mot que l’orthographe écrit toujours au pluriel. L’un des joueurs n’a pas vu que sa dame était en grand danger. Il a repris dans son répertoire de coups certaines de ses façons de faire anciennes. Ses conseillers ne lui ont pas dit qu’elles étaient parfaitement obsolètes, ou peut-être, tel qu’on le connaît, n’a-t-il pas voulu comprendre. Toujours est-il que l’accord n’a pas été signé et que, pour une fois, le responsable n’est pas le gamin.

Celui-ci a publiquement affirmé qu’il ne se présentera pas à l’élection présidentielle. Affirmé aussi qu’il était un homme de parole. Comme il lui arrive de montrer qu’il ne parle pas toujours la langue de Voltaire et de d’Artagnan, l’on ne sait s’il a mis parole au singulier ou au pluriel. La langue française peut parfois être d’un flou d’autant plus présumable qu’il s’agit de politique.

L’on nous parle maintenant d’un vrai gouvernement uniquement de techniciens. L’un de ces ministres, vrai technicien celui-là, fait tout pour ne plus en être. Il ne veut pas finir par être contraint de faire ce que son honnêteté lui interdit.

Y aura-t-il des élections ? Les bénéficiaires d’une seza hâtive vont sans doute tout faire pour les retarder. Pourquoi mettre fin à une situation favorable ?

Quant au calendrier des élections, si les députés n’arrivent pas à se mettre d’accord pour voter l’amnistie, il en est beaucoup qui sont maintenant déjà candidats mais à qui une peine de prison ne permettra pas de se présenter. Donc beaucoup d’inquiétude pour des anciens et d’espoirs pour des nouveaux. Il y en a tellement qui se sentent un destin national ! Et que nous dira donc la future constitution ? Toujours motus et bouche cousue.

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