QUI A PEUR DU GRAND MÉCHANT LOUP ?

Publié le par Ny Marina

Le 16 août 2010 

On parle beaucoup en ce moment de Raymond Ranjeva pour conduire la transition. Monsieur le Juge a fait une conférence de presse à Besarety jeudi et fut le lendemain l’Invité du Zomà d’Onitiana Realy à la télévision. Le samedi, toute la presse en rendait compte de façon courtoise ou favorable. Le soir, dans son journal en français, TV Viva fut du nombre, mais détonna dans l’atmosphère médiatique.

Sans génie, les journalistes tgvistes en service commandé essayèrent de se dépatouiller pour jouer au jeu de massacre. Où était Raymond Ranjeva au moment où le peuple luttait ? Que sait-il de Madagascar, lui qui fut si longtemps à l’extérieur ? Pourquoi n’a-t-il pas assisté aux différentes réunions de discussion et de concertation ? N’en jetez plus, la cour est pleine. Ils en jetèrent encore avec un véritable petit chef d’œuvre qui affirma que « la majorité de la population est contre la position de Raymond Ranjeva ». En 12 heures de temps, avec tous les moyens d’information dont disposent TV Viva et le gouvernement Hâtif, ils avaient déjà expliqué la position de Ranjeva au peuple et obtenu le résultat du sondage !

C’est si magnifique et si crédible que, ce matin, dans un lieu renommé où les gens viennent goûter un petit et rapide expresso, quelqu’un de célèbre posa à ses compères la question du jour : « Que pensez-vous de Ranjeva ? ». L’un de ces derniers répondit sans tarder : « La majorité de la population est contre » et toute l’assistance immédiatement s’esclaffa. Faisant rire, l’argument tgviste serait-il excellent ? Ou ne serait-il que le seul argument incrédible que puisse inventer un bande de voyous politiques ?

Je penche à croire que ma seconde hypothèse est la meilleure, car TV Viva n’est pas le Canard Enchaîné. Pour bien comprendre la charge de la Grosse Bertha du petit Joelina, il faut entendre les commentaires des Hâtifs entre eux : « Si Ranjeva arrive, il va tous nous mettre en prison ». Ils doivent tous savoir ce qu’ils n’ont pas fait de correct – du coup d’Etat aux abus de biens publics – et craignent une opération « mains propres ».

On retrouve toujours la volonté d’exclure les andriana de la vie politique, comme il en était du temps de la Reny malala qui leur reste telle aujourd’hui. Et d’exclure quiconque semble avoir quelque lien avec l’Imerina. C’est une question qui taraudait les journalistes. Raymond Ranjeva est-il le candidat des andriana ? Cette question qui se pose de façon récurrente, personne n’y pense dès qu’il s’agit d’un « côtier ». Or, il apparaît bien que la culture de nos journalistes et de beaucoup d’autres ignore l’existence d’andriana qui ne sont pas d’Imerina. Il est vrai qu’on les appelle aussi roandria, roandrian ou ampanjaka. Et beaucoup d’entre eux ont des ancêtres qui, au 19e siècle du temps du Royaume de Madagascar, étaient Zanak’Andriana ou Andriamasinavalona. On se pose la question pour Ranjeva, mais on ne se la pose pas pour le Pr Tehinjanaharivelo, qui appartient à une très grande famille d’andriana sakalava du Boina et du Tsimihety. Si je ne me trompe, ce sont des Zafinifotsy, donc des descendants d’Andriamisara, lequel est pour les Sakalava l’équivalent d’Andriantompokoindrindra en Imerina. On ne se la pose pas non plus pour tous les hommes politiques des différentes républiques. Les Ravony, les Sileny, les Marson, les Resampa, les Andreas et bien d’autres dont beaucoup appartiennent aux grandes dynasties qui ont régné. Leur origine provinciale les laverait-elle de tout soupçon du péché d’andrianité ?

Raymond Ranjeva a été Juge à la Cour Internationale de Justice de La Haye, et non de la Cour Internationale Pénale, comme l’a dit un journaliste de TVPlus – un journaliste qui manque de la culture mondialisée de notre 21e siècle. Parlons donc un peu du protocole international qu’ignore tout aussi bien notre petit monde des médias. La personne la plus élevée dans la hiérarchie, c’est bien évidemment le Secrétaire Général de l’Onu. Juste après lui, les Juges de la Cour de La Haye. Ce n’est qu’ensuite que viennent les Directeurs Généraux des grandes organisations internationales comme l’Unesco, la Fao et les autres. Suivent après les chefs d’Etat comme Obama, Charcoudze et l’Empereur du Japon. Ces personnes de la haute administration internationale ne font pas partie des pipoles dont les photos sont dans nos magazines. Ils sont, eux, dans le Ciel de notre terre humaine. Qu’un céleste initié puisse avec ses réseaux et relations obtenir plus facilement la reconnaissance de la communauté internationale, c’est évident, mais c’est aussi ce qui ne plait pas à nos Hâtifs radzouëliens, ce qui est aussi évident, car ce serait alors la mort de nos petites affaires terrestres et bassement roturières. A moins d’un sursaut moral inespéré…

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