QUINZE MOIS PLUS TARD

Publié le par Ny Marina

Le 22 juin 1010

 

« Quand tu ne sais plus où tu vas, regarde d’où tu viens ». Revenir sur nos pas quand l’avenir paraît inquiétant est un comportement assez naturel. Cela permet au petit Poucet de retrouver son chemin, quand il a épuisé sa réserve de petits graviers. Cela nous permettra-t-il de retrouver la vraie et bonne voie de l’intérêt supérieur de la nation, si tant est que l’on puisse encore dans les circonstances actuelles parler de nation.

L’avenir est inquiétant parce que le présent est inquiétant, angoissant, affolant. Comme dit le fitenenana, Joelina tsy mandeha, tsy ny lohany. Ce que nous pouvons comprendre : Si Joelina n’avance pas, ce n’est pas qu’il n’ait pas de tête, mais parce qu’elle ne fonctionne pas correctement.

Quelqu’un qui le connaît bien depuis longtemps estime qu’il est toujours bien « sympa », mais qu’il « n’est vraiment pas à sa place ». Appelé plusieurs fois à Ambohitsorohitra ces jours derniers, il a eu droit au même cérémonial ( ?). On l’introduit dans le Bureau. Le gamin président est assis derrière son bureau. Son hôte a-t-il à peine fait un pas, qu’il se lève et se précipite à la porte pour le recevoir. Chaque chose ayant un sens, cela peut signifier qu’il ne connaît rien au protocole et qu’il n’a pas encore compris comment se comporte un Président, sauf s’il se comporte comme un président de fokontany qui reçoit le chef de district. Cela pourrait tout aussi bien signifier qu’il est aux abois et qu’il espère un secours inespéré.

Constat évident, même dans les annexes de son boulot de Dj en chef de la Transition, il est inopérant. Après le méga-concert dont nous avons déjà parlé, il voulait un méga-feu d’artifices avec rayons laser pour une date que les feus Philibert Tsiranana et Charles de Gaulle nous ont imposés. Décidément, nous ne sommes même pas maîtres de notre emploi du temps. Avaient-ils prévu que cinquante ans plus tard, nous aurions tant de problèmes ? Le Dj en chef de la Transition contacte le grand responsable qui peut organiser l’événement. Il lui fallut alors prendre la décision, car une telle manifestation demande quelque temps pour la mise en place. La décision tarda, tarda… et le responsable fut contraint, malheureusement pour lui aussi, de déclarer forfait et de se retirer !

Il n’y a pas que dans les conversations de trottoir près d’Ambohitsorohitra que l’on apprend des choses. Il y a aussi les coquetèles. L’on m’assure que cette orthographe que recommandait Etiemble est celle qu’utilise l’Ambassade de France. La météorologie n’est pas toujours une science sûre et l’on ne sait si elle est anti-franglaise ou anti-francaméricaine. J’étais donc dans un coquetèle, l’un de ceux où l’on rencontre d’anciens ministres, d’autres qui attendent un maroquin, d’autres qui espèrent bien ne pas être ministres, et d’autres qui, comme moi, trouvent les temps inquiétants. Mais j’y ai entendu des propos que je ne saurais vous cacher.

C’était hier le 21 juin de notre présente année de disgrâce. Et j’y ai entendu que c’était une grande date anniversaire. Or, ce n’était pas ma date de naissance ni celle d’Obama. De quel anniversaire inconnu pouvait-on parler ? Décidément, nous avons tous mauvaise mémoire– presque tous, Dieu merci, car c’est effectivement un anniversaire dont il faut absolument se souvenir. Il y a bien effectivement quinze mois – j’ai bien recalculé sur mon calendrier – que le Directoire militaire auquel Ravalomanana avait remis le pourvoir, l’a, quant à lui, transmis à Rajoelina. Vous vous en souvenez bien, je n’en doute pas, mais vous souvenez-vous que les militaires le lui avaient remis en lui accordant quinze mois pour organiser des élections, etc., etc. Et mon voisin de coquetèle posait à mon autre voisin, un civil qui aurait pu mettre son uniforme de général, lui disait donc : « Je ne comprends pas. Ravalomanana vous a remis le pouvoir. Vous avez accordé quinze mois à Rajoelina. Les quinze mois prennent fin ce soir à minuit. Qu’est-ce qui vous empêche de le reprendre ? Ce serait revenir à la situation antérieure à Rajoelina. La Communauté internationale vous en saurait gré… » Par discrétion, je n’ai pas osé bien comprendre ce qu’a répondu le général et je ne peux vous le dire. Mais il semblait bien avoir tout oublié et l’on peut craindre qu’il ne soit pas le seul dans l’armée qui semble aussi sourde que muette.

Dans ce monde d’inquiétude, j’ai eu un petit moment de bonheur. Mais ce matin, ni sur les radios locales ni sur Rfi, je n’ai rien entendu qui pourrait donner à penser qu’il s’était passé quelque chose à minuit, la nuit dernière. L’archevêché est resté aussi muet que s’il s’agissait d’un secret de confessionnal.

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