« Recette » anglo-saxonne

Publié le par Ny Marina

J'ai le plaisir de partager avec vous l'excellentissime éditorial publié ce jour par mon compère Patrick A. sur Madagascar-Tribune.com, et qui offre matière à réflexion en ce qui concerne les moeurs politiques de chez nous et d'ailleurs.

Ndimby A.

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Les hommes politiques de bien des pays gagneraient à méditer l’arrivée d’Edward Miliband à la tête du Labour britannique. Car elle met en valeur une caractéristique du fonctionnement de la politique dans les grands pays anglo-saxons : le parti qui perd le pouvoir renouvelle radicalement ses cadres, et il n’a généralement pas de mal pour le faire.

 

Ainsi un Al Gore ne peut plus être considéré comme un homme incontournable du Parti Démocrate, même s’il a gagné entretemps un prix Nobel de la Paix. Quant aux anciens vice-présidents Hubert Humphrey et Walter Mondale et l’ancien candidat John Mc Cain, la majorité d’entre vous en a sans doute déjà oublié les noms. Même les anciens présidents Bush père et fils ne peuvent prétendre à un rôle personnel majeur au sein du Parti Républicain.

 

L’ancien Premier ministre britannique John Major s’est pour sa part retiré de la vie politique lorsqu’il a été battu par les travaillistes de Tony Blair. À son tour, Gordon Brown a été obligé de passer la main après avoir été battu par David Cameron.

Dans certains cas, le renouvellement intervient avant même la défaite du parti au pouvoir. En Australie, le Premier ministre Kevin Rudd a préféré démissionner en juin 2010 juste avant un vote interne du parti qu’il savait perdu d’avance du fait de son impopularité croissante. Celle qui avait demandé ce vote au sein du Labour, Julia Gillard a gagné son pari en arrivant à la tête du gouvernement, puis en annonçant dans la foulée la tenue d’élections anticipées et en arrivant à négocier une majorité à la Chambre.

 

Les moeurs ne sont pas tout à fait les mêmes dans les pays plus latins. L’alternance à la tête du pays n’entraîne pas forcément un renouvellement au sein de la nouvelle opposition. Prenons l’exemple de la France, où un Lionel Jospin a pu rester à la tête du Parti socialiste après que la droite ait repris le pouvoir. Son parti en a payé un rude prix, devant céder la place au deuxième tour des présidentielles de 2002 au Front National. Quant à l’Italie, elle a permis à un Silvio Berlusconi de revenir plusieurs fois au pouvoir, en négociant à chaque fois de nouvelles unions politiques.

Madagascar se situe encore plus loin du modèle anglo-saxon. Pour beaucoup de militants, l’Arema ne peut que rester le parti de son fondateur, quels que soient les déboires que celui-ci ait connus. On rencontre le même sentiment au sein du MFM, des Akfm successifs... D’où une conception très particulière de la « discipline du parti », qui amène tous ceux qui ont un tant soit peu d’ambition à faire dissidence et décourage les moindres tentatives de décompter les partis politiques.

 

Existe-t-il d’ailleurs seulement un parti politique digne de ce nom à Madagascar ? On peut se le demander en lisant cette définition donnée par Roger-Gérard Schwartzenberg dans son ouvrage Sociologie politique : un parti politique est défini comme étant une organisation durable, agencée du niveau national au niveau local, visant à acquérir et à exercer le pouvoir, et recherchant à cette fin, le soutien populaire. Bien peu d’organisations peuvent se vanter de réunir simultanément ces quatre caractéristiques, la durabilité n’étant pas la plus facile à maintenir.

 

En mars 2009, un éditorial sur ce site (*) conseillait à Marc Ravalomanana de renforcer le TIM pour qu’il continue à être une force politique. Le conseil reste plus que jamais d’actualité.

 

Patrick A.

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