RÉFÉRENDUM ET VIE POLITIQUE

Publié le par Ny Marina

 

Le 20 novembre 2010

 

Hier soir vendredi, Onitiana Realy recevait le général en retraite Razakarimanana. Aucun général d’active n’avait eu le courage ou la témérité d’affronter la terrible journaliste de TVPlus qui, avec lui, aborda les questions qui fâchent nos Hâtifs. Je subodorais avant-hier que cette télé aurait pu être complice de nos nouveaux mutins comme le général Raoelina ou de nos mutins renouvelés ou réengagés dans le coup d’Etat. C’est l’envie obsédante de tous les militaires qui se sont engagés, que de se réengager. Je faisais erreur sur l’odeur de TVPlus : elle ne fait que son travail de journalisme et d’information. Hier, malgré les conseils pressants qu’elle a reçus, son bulletin d’information a osé parler des petits incidents qui ont ponctué la journée.

Un coquetèle molotof a mis le feu à une Kangoo devant le tribunal d’Anosy. Une bombe incendiaire a explosé devant un restaurant à Behoririka : ce n’était pas le restaurant qui était visé, mais le Cnoe qui a ses bureaux à l’étage au dessus. Une grenade a été envoyée dans un restaurant des 67 hectares ; elle n’a pas explosé, car la goupille avait été mal enlevée. Et aussi des fumées de gaz lacrymogène à Ivato. Et chaque fois, TVPlus a illustré d’images ses informations, car chaque fois qu’elle apprend du nouveau, elle envoie sur les lieux journaliste et caméra. Elle fut hier soir la seule chaîne de télé à donner ces informations. Je dis bien la seule à faire son travail malgré les menaces.

Onitiana qui n’oublie jamais sa langue chez elle, quand elle vient pour son émission de l’Invité du Zomà, recevait donc le général Razakarimanana. L’on se souvient que, quand il était chef de province d’Antananarivo, il avait engagé des projets comme celui de l’extension de la culture du riz rojomena, ce beau riz que recherchent les marchés extérieurs. Lui non plus n’a pas sa langue dans sa poche. Il a brocardé l’armée qui savait de son temps ce qu’était la discipline militaire – elle ne le sait plus. Il a rappelé que, de son temps aussi, quand il y avait des votes et des élections, tous les militaires, généraux compris, étaient consignés dans leurs casernes – ce qui n’avait pas été fait mercredi, le jour du référendum, d’où la relative liberté d’agir de nos mutins réengagés.

Razakarimanana était bien allé voter. Il ne nous a pas dit comment, mais il a dit que, devant la situation présente, il était de ceux qui veulent positiver. C’est ce que ne comprendront ni les zanak’i Dada, ni les zafin’i Deba dont la bande se réduit de jour en jour, ni les zafiafy de l’arrière-grand-père Zafy. Ils diront peut-être de lui que c’est un « traître » ou plutôt qu’il est fetsifetsy dans le sens que lui a donné le discours colonial : il serait un rusé renard ou un Maître Goupil. Je rappelle que le sens premier de fetsifetsy, c’est « intelligent ». « Rusé » n’est qu’un sens secondaire, car il faut être intelligent pour être rusé. Razakarimanana n’est pas rusé. Simplement, il fait partie de ces gens qui sont sortis d’un système politique féodal qui lierait irrépréhensiblement à un homme. Son engagement n’est pas pour un homme, quel que soit le pouvoir qu’il ait pu avoir à un moment donné, mais c’est un engagement plus profond et plus durable : c’est un engagement pour Madagascar qui dépasse tous les autres. Et il n’est pas le seul à avoir fait ce choix.

Onitiana et Razakarimanana en vinrent donc à parler du référendum. En bon démocrate respectueux de la liberté d’expression, il fit la louange des électeurs d’Andramasina où il y a des gens qui réfléchissent (manan-tsaina) et qui ont donné une majorité de TSIA. Tous ceux des hommes politiques qui ne sont pas idiots sont, le vendredi soir, devant leur poste de télé pour l’émission de Madame Realy. Tous auront donc entendu parler d’Andramasina dont le comportement électoral leur fut donné en modèle.

 

Les résultats définitifs de la région d’Analamanga étaient déjà publiés le vendredi soir. Que nous disent-ils ?

Ils nous montrent d’abord une géographie humaine où les comportements électoraux sont différents. Au centre, la Commune Urbaine d’Antananarivo avec ses cinq arrondissements. Les deux districts d’Avaradrano et d’Ambohidratrimo comportent des parties qui entrent dans la conurbation de la capitale et des parties éloignées au nord et au nord-ouest de la région qui en sont humainement distinctes. Enfin, sur les marges orientales et méridionales de la région, les deux districts de Manjakandriana et d’Andramasina. En fait donc, nous avons deux régions : celle du centre et de la conurbation et celle des marches de l’Imerina ancienne. Celle-ci a donc son anindrana et ses côtiers. Des côtiers merina, mais géographiquement tanindrana et donc côtiers qui ont majoritairement votés pour le TSIA.

Dans le centre de Madagascar, si l’on reprend tous les résultats, on constate que, globalement, le OUI ne représente que 28,65 % des inscrits et le NON 21,97 % des suffrages exprimés. Qu’a donc fait ce vahoaka si cher au discours Hâtif ? Nous sommes loin d’une grande adhésion populaire au projet radzouëlien.

A cela, il y a des explications politiques et économiques qui tiennent à la situation de crise actuelle et au refus du bonheur radzouëlien, et d’autres qui ont des racines beaucoup plus anciennes et profondes dans l’histoire de la région. Quand on a fait un tant soit peu d’études sur les comportements électoraux, on sait qu’en France, par exemple, des départements au 20e siècle votent contre la gauche, depuis que la Révolution avait fait la guerre aux Vendéens. A Madagascar, on voit que l’arc Manjakandriana – Andramasina correspond à l’ancien Vakinisisaony réunissant les Menalamba qui avaient combattu les Français au moment de conquête et qui, au nom des valeurs malgaches les plus anciennes et devant l’incompétence de Ranavalona iii et de son gouvernement, avaient élu un nouvel Andriamanjaka. On peut y ajouter que la condamnation à mort de l’usine Tiko de Manjakandriana ne pouvait être favorable au projet constitutionnel.

Analamanga, ce n’est pas toute la Grande Île. Mais j’attends avec impatience les résultats du district d’Ambatolampy. Je supposerais que les résultats des communes de Tsinjoarivo, Antakasina, Antanamalaza et Ambatondrakalavao seront proches de ceux d’Andramasina. Mardi dernier, la veille du grand jour, le référendum n’y enthousiasmait personne : des panneaux d’affichage tristes et sans affiches, et pas de conversations sur le sujet. Tout le monde attend aussi les résultats du Vakinankaratra dont les problèmes sont d’autant mieux perçus par les électeurs qu’ils sont passés d’une prospérité ravalomananienne aux affres de la crise créée par le régime de la Transition.

Au final, on peut prévoir aussi que Diégo-Suarez, qui connaît une véritable prospérité en ces temps difficiles pour les autres, votera massivement OUI. Et qu’il en sera de même sur la côte nord-est de Vohemar à Fenoarivo-Atsinanana où le trafic du bois de rose a distribué d’importantes miettes de pouvoir d’achat aux bûcherons improvisés.

Qui lira les résultats, verra. Mais en ce moment, ce qui compte avec l’échec des pourparlers entre militaires, c’est l’affaire d’Ivato. L’assaut vient d’être donné – il est 17 heures passées –, et des coups de feu ont été tirés.

 

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