RFI Le processus de sortie de crise à l'agonie

Publié le par Ny Marina

091224 

 

En nommant unilatéralement le 20 décembre un ex-militaire, le colonel Albert Camille Vital, comme nouveau Premier ministre, l'homme fort de la Grande Île, Andry Rajoelina, a tourné le dos aux interminables négociations entre les quatre principales mouvances malgaches.

Qui peut maîtriser et ressouder l’armée de Madagascar ? C’est cette question lancinante, depuis près d’un an, qui semble être à l’origine de la valse des Premiers ministres du week-end dernier.

Depuis des semaines, des noms d’officiers supérieurs circulaient pour former le fameux cabinet militaro-civil souhaité par Andry Rajoelina, pour enterrer les accords de Maputo. Le débat était public, avec interviews et photos dans la presse. L’enjeu était moins clairement exprimé. Il est pourtant de taille : depuis qu’un groupe de militaires s’est désolidarisé de la répression imposée par l’ex-président Ravalomanana pour introniser son successeur, l’armée ne cesse de se morceler. Les fractures sont multiples. Elles sont d’origines politiques, régionales mais aussi, tout simplement corporatistes.

Résultat : on a vu des groupes s’autonomiser et ne plus toujours répondre à leur hiérarchie proche ou lointaine. La population en a parfois fait les frais, victime de ce qui peut ressembler au racket des milices sous d’autres cieux. Certains corps ont aussi semblé agir de leur propre fait sans ordre et sans avoir à rendre de comptes. Enfin, et peut être surtout, la grande muette est devenue bavarde : on ne compte plus les prises de positions publiques de tel ou tel groupe de militaires.

Agir vite par la révocation du Premier ministre de transition

Cette dégradation remonte déjà à plusieurs mois mais qu’est-ce qui a poussé Andry Rajoelina à agir vite au point de changer de Premier ministre seulement deux jours après sa nomination ? Une nouvelle dégradation et particulièrement trois faits très récents qui ont démontré l’ampleur de la crise.

D’abord 9 officiers, affirmant avoir été mandatés par leurs pairs, ont appelé publiquement les politiques à appliquer les accords de Maputo qu’Andry Rajoelina rejette désormais.

Ensuite les parachutistes de l’aéroport ont pris en charge les délégués des mouvances d’opposition de retour de leur exil forcé, alors que les forces régulières restaient cantonnées au parking de l’aéroport.

Enfin, trois militaires prisonniers politiques sous Ravalomanana et libérés sous Rajoelina sont apparus sur la liste des députés de transition de la mouvance Ratsiraka. On aurait pu s’attendre à les voir plutôt soutenir leur libérateur.

Bref, il y a un risque évident de voir la division politique se propager à l’armée. Voilà pourquoi Rajoelina a nommé à la primature un homme qu’il ne connaît pas. Le nom du colonel en disponibilité, Camille Vital, lui aurait été soufflé la première fois par un pilier de l’armée sous le régime Ratsiraka, le général Monibou.

A l’image de Monibou, Vital est avant tout un militaire, fidèle à l’esprit de corps et à la discipline. Très hostile à Marc Ravalomanana, il est proche des anciens prisonniers politiques et bénéficie d’un solide réseau parmi les officiers qui se sont manifestés ces derniers temps. Sur le plan politique, ses relations ratsikaristes s’étendent jusqu’à certains membres de la mouvance Zafy.

Un Premier ministre plus proche de la base que du sommet

C’est cette double étiquette de Camille Vital qui semble avoir séduit les proches conseillers civils de Rajoelina. Ils espèrent que ce colonel, plus proche de la base que du sommet, pourra fédérer ses semblables dans l’armée. Mais aussi qu’il séduira toutes ou une partie des mouvances Ratsiraka et Zafy, pour briser l’alliance avec la mouvance Ravalomanana et exclure du jeu l’ancien président.

Il faudra attendre la formation du gouvernement pour voir si cette stratégie à une chance de fonctionner.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article