TEMOIGNAGE DE LA SENATRICE CAPTUREE PAR LE FIS

Publié le par Ny Marina



TRANSCRIPTION DE LA VIDEO INTITULE « TEMOIGNAGE DE LA SENATRICE CAPTUREE PAR LE FIS »

Publié le lundi 12 octobre 2009

MyDago.com

(…) Ils (les membres du FIS) m’ont sorti des choses, mais abominables. Jamais dans ma vie je n’ai entendu des choses pareilles… Jamais dans ma vie on ne m’a tabassée comme ça. Ils étaient cinq à me tabasser. C’était affreux ce que j’ai subi. Je n’ai pas beaucoup d’ennemis. Ce sont eux mes ennemis, mais même à eux je ne souhaite pas qu’ils subissent le dixième de ce que j’ai subi tellement c’était dur. Mais sans arrêt j’ai été tabassée. Et pour eux ils n’arrêtaient pas de dire que si j’avais été à Maputo c’était parce que j’étais le cerveau de Tiko à Madagasikara. Je leur ai dit « non. Maputo c’était des négociations ». J’ai dit que peut-être que je suis une personne de dialogue. C’est peut-être pour ça que j’ai été choisie, pas parce que je suis le cerveau. Il n’y a eu rien à faire.  

« Si vous parlez, nous vous sortons et vous emmenons. Sinon on vous tue 

- Quoi ?!?

- Où sont les armes ???

- Comment ?!?

- et c’est quoi votre programme ?? Vous allez faire un coup d’état ?

- le coup d’état, c’est vous qui l’avez fait. Pas moi. »

Réponse : un coup de feu juste à côté de la tête.

« … ça sifflait dans ma tête… Ils m’ont écrasée, ils m’on étranglée. Cela a duré depuis midi et demi … Ils ont commencé à l’hôtel… Alors je reviens quand même au début. Voilà comment ça s’est passé :

Le vendredi donc il y a eu la manifestation. Il y a eu des casses. Ces casses n’ont pas été faites par la mouvance Ravalomanana… c’était  des bandits, des voyous qui ont été envoyés par la HAT. Pour casser entre autres les biens des français… on a fait des banderoles pour demander à la France de ne pas s’immiscer dans les affaires malgaches… On n’a pas à aller casser les biens des français… Donc vu que pendant deux jours on a vu à Magro des banderoles qui ont attiré l’attention de la France, ils ont joué là-dessus. .. Ils ont envoyé des casseurs lors de notre manifestation pour casser les publiphones, SICAM, l’Hôtel de France etc. C’était le vendredi  11. Le samedi 12, je ne suis pas du tout sortie de ma chambre. Il devait être midi et demi environ. Je me suis dit que j’allais quand même manger car j’ai faim. D’un seul coup, dans le couloir menant à ma chambre, j’entendais du bruit. Comme ils ont fait à l’Episcopat d’Antanimena (bruits de bottes, claquement d’armement de Kalach, coups de boutoir dans les portes…). Entendant cela, je me suis dit : « Ah ! Ce sont les gars du FIS ». Ils ont commencé à casser la porte des deux chambres du fond du couloir. (Il y a eu pour plus de 60 millions d’Ariary de dégâts). Il y en a qui entraient, perquisitionnaient, et pillaient dans les chambres.  Ma chambre était la septième. Et j’étais dans ma chambre. Je me dis que je vais ouvrir sinon ils vont encore plus croire que j’ai quelque chose à cacher… Et donc j’ai ouvert. Dès que j’ai ouvert la porte, ils ont crié : « Voilà le sénateur !! » et m’ont sauté dessus. Et ils ont commencé à me tabasser. Me renvoyant à l’un à l’autre. Et pendant ce temps là, les autres fouillaient dans ma chambre et cherchaient je ne sais quoi. Ils m’ont volé tous mes bijoux, mon argent, mon ordinateur… plein de choses, des habits, des effets personnels, etc. Et pendant qu’ils me tabassaient, me posaient des questions : » Où sont vos amis, vous allez où ? » parce que personne n’était là : ils sont allés manifester sur la place, mais comme moi  on m’a déconseillé d’y aller et de me calmer, je ne suis pas sortie. Et de me faire tabasser à chaque fois que je disais que je ne savais pas où étaient les autres. Ils m’étranglaient, me cognaient la tête contre le mur… Ils étaient complètement ivres. Et pendant ce temps là les autres continuaient à fouiller les autres chambres, à casser, perquisitionner et piller. Et arrivés à une chambre, parce que j’étais dans le bureau « vous n’avez pas le droit de regarder ici !!! » parce qu’ils ressortaient de la chambre. Ils sortaient de là, on aurait dit des Michelin X. Les bras chargés, pleins à craquer, tellement ils ont pillé tout ce qu’ils ont pu trouver. Et puis d’un coup, il y en a un qui crie « chef ! chef ! ». Il avait trouvé soit disant – maintenant, à vérifier, parce que des gens comme ça, je n’ai pas confiance. C’est peut-être eux qui ont ramené ça là, et font croire que c’était là : deux flèches – vous voyez les flèches d’arc d’enfants – et un sachet de billes… « chef ! chef ! voilà des flèches ! » que fait le gars.

« Ah !!! voilà donc des armes !!! » - parce que maintenant je suis dans le couloir, eux sortant d’une chambre. Donc je les vois. Dans le couloir où ils continuaient à me tabasser. Et à ce moment là il y en a un qui sort d’une des chambres. Je ne sais pas d’où parce que je n’avais pas le droit de regarder en arrière, le chef sachant que les autres s’en mettaient plein les poches, j’étais contre la vitre : ilsq m’avaient collé la tête contre la vitre. En me tenant par la nuque.

Et l’autre : « chef ! chef ! voilà des flèches ! 

- Ah ! voilà donc les armes pour nous tuer, les militaires. Nous vous emmenons avec nous ! »

Comme ils n’ont trouvé personne sauf moi, les flèches et le sac de billes, ils m’ont embarquée.

En bas il y avait déjà la presse etc et ceux qui voulaient prendre des photos, ils les menaçaient avec leurs armes. « Interdit de prendre des photos !!! ». Il y en a qui ont quand même réussi. Sur les cinq qui me tabassaient, il y en avait un qui prenait vraiment plaisir à le faire. Celui là crie : « Ya qu’à la mettre derrière ! » (sur le plateau à l’arrière du 4x4 double cabine). Il y en a un tout de même qui a calmé le jeu et a demandé qu’on ne me mette pas derrière. Donc on part. Allant à contre sens, prenant des sens uniques, eux hurlant après ceux – dans le bon sens de la circulation – qu’ils croisaient. On aurait dit des gens complètement débiles. Ils étaient complètement défoncés. La voiture était pleine de cadavres de bouteilles vides… Et on va vers l’Avenue. Ils filaient comme des fous vers l’avenue. A un moment après avoir fait toute l’Avenue, on revient vers le Melis. A un moment il y a une route qui va vers la droite. On s’y engouffre. On rencontre une autre voiture de militaires. Ils se tirent dessus. A balles réelles, hein. « Foutons le camp d’ici !!! ». Finalement on file et on s’en va. Direction Bel Air où il y a l’ancienne boutique Tiko qui est devenue un peu notre QG. On arrive, ils descendent. Moi je reste dans la voiture avec deux gardes qui me surveillent. Et ils vont perquisitionner. Ils ne trouvent rien à par les posters du Président. « Il n’y a rien. Juste des posters de Ravalomanana ». Et s’ensuivent des insultes à l’endroit du Président. Je suis incapable de répéter ce qu’ils ont dit tellement c’était affreux ce qu’ils ont dit. Après on part de là et on va à Ambohitsirohitra. On devait trois ou quatre voitures. On y arrive et on se gare dans un parking couvert.

[à suivre]

 

> quelques réactions à ce témoignage

Fred dit :

Merci pour temognage Mme Naika Eliane ! C’est fort interessant et emouvant à la fois !

Vous aviez dit que les banderolles ont fait des effets vis à vis de la France ! Cela prouve bien l’importance des banderolles dans les manifestations que je supplie à nos compatriotes de faire ! Quoiqu’il se passe les manifestations sont les seuls recours auxquels, nous peuple malgache, pour revendiquer nos droits.

Beaucoup ont compris cela, mais va t on le faire ? là est ma question ! La France va tout faire pour que les gens ne sentent pas trop en difficulté dans lavie, de façon à ce que Rajoelina puisse continuer ces demarches pour garder le pouvoir.
Ne le sentons nous pas ?

 

rakotoson dit :

Merci Madame Eliane Naïka pour votre émouvant témoignage.J’ aurais seulement souhaité que vous ayez eu l’ occasion de rapporter de vive voix à Chataigner ce récit insoutenable de votre capture par le FIS; et, surtout, que ce soi – disant diplomate de la Françafrique prenne acte de votre récit et en fasse des rapports exacts à ses « patrons »à Paris. Vous avez la chance d’ avoir la nationalité française au point que ce Monsieur Châtaigner – qui n’est même pas ambassadeur !-est allé vous voir personnellement en prison. Mais que dire des autres détenus que la HAT a jetés , tout au long de cette crise, dont leur seule et unique faute – et encore si cela peut s’appeler ainsi! – est qu’ ils sont pro-Ravaomanana ou pro-Légalistes – dans les prisons après un simulacre de procès. Des arrestations dirigées par les bras armés de Andry Rajoelina – et qui ont pour nom commandant Charles et commandant Lylison. Ces « capsat » feraient mieux d’ être en présence des militaires de la SADC que de s’en prendre à des civils sans armes ( hommes ou femmes ).Le contre – amiral Hypolithe Ramaroson ferait mieux de rectifier ses propos à l’ endroit des hommes de la SADC. Il n’ en voulait pas parce qu’ils savent très bien que ses hommes n’ arriveraient même pas à la cheville de ceux de la SADC!

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