TSIMATIMANOTA, BRAKARIA ET KIZÔZY

Publié le par Ny Marina

Le 30 octobre 2010

 

Je vais essayer de répondre aux questions que l’on me pose.

« Tsimatimanota  = littéralement, "qui ne meurt pas de ses crimes" », comprend-on aujourd’hui. C’est vrai, mais ce qu’il faut comprendre, c’est que ce privilège s’inscrivait dans un contexte politique et social différent, celui des fanjakan’Andriana. Les groupes qui avaient ce droit étaient de ceux qui avaient rendu un inestimé et inestimable service à une dynastie. Il en était ainsi en Imerina des Antehiroka qui, avec Andriambodilova (son fasana est à Anosisoa, Ambohimanarina) et Andriantsimandafikarivo (son fasana à Ambohitriniarivo au nord de Laniera et d’Ivato Aéroport), tous les deux fils d’Andriampirokana (dernier roi d’Analamanga qui avait fait creuser le fossé d’Ankadinandriampirokana devenu ensuite Ankadinandriana en contrebas à l’est d’Anati-Rova aujourd’hui) avaient cédé, sans combattre, Analamanga ou encore Anjalamanga à Andrianjaka, fils de Ralambo et petit-fils d’Andriamanelo.

Sont Tsimatimanota aussi les descendants de Trimofoloalina qui s’était proposé pour être sacrifié lors de la construction d’un lapa à Anati-Rova par Andriamasinavalona. Finalement, il n’avait pas été sacrifié mais, selon les deux traditions que je connais, soit sa tête avait été placée au dessus de l’endroit où allait être érigé le poteau nord-est du lapa et son oreille avait été incisée et un peu de sang avait coulé sur le trou déjà préparé, soit, dans la même position, un poulet avait été sacrifié et son sang avait coulé sur le candidat au sacrifice puis avait coulé sur ce trou.

On l’a sans doute oublié, mais autrefois un sacrifice humain était nécessaire pour fonder une nouvelle capitale. Pour les périodes anciennes, nous en avons des exemples dans ce qui est l’est de l’Imerina aujourd’hui dans le Vakinihiadiana. Une pratique que l’on retrouvait aussi dans l’Ibetsileo où ce sont les Bedia qui sont Tsimatimanota et dans la région de Tuléar pour la fondation de Miary. Jean Ralaimongo, me dit-on, était du groupe des Bedia.

Je me fatigue, alors que j’aurais simplement dû vous fournir ce texte que Gerbinis offrait dans son ouvrage (La langue malgache, 2, p. 43), un ouvrage admirable tant pour apprendre le malgache que pour découvrir des textes importants sur l’histoire et la culture malgaches.

Tsy maty manota. Misy taranak’ olona izay atao hoe «tsy maty manota». Izany hoe tsy mba vonoina ho faty na dia mahavita heloka lehibe tokony hahafaty azy aza. Ny nahatonga izany dia izao : Ny razany dia nahavita soa lehibe tamin’ ny Mpanjaka, ka dia neken’ ny Mpanjaka ho valisoany kosa fa tsy mba hovonoina izy, na dia diso aza; ary ny fanampin’ izany dia tsy nohanim-bodihena sy tsy nohani-maty momba koa izy ary tsy mba gadrana, izany hoe tsy mba fatorana vy koa izy raha meloka fa kofehy kosa no amatorana azy.

Ny taranaky ny olona atao hoe Trimofoloalina no tsy maty manota, ka eo Anosizato sy Ambohitrinimanga (atsimon’ Amboditsiry nihavin-dry Rainiharo sy eo Anosibe (atsimo andrefan’ Ambohimanga) no nonenan izy ireny.

Il faut bien comprendre que le privilège des Tsimatimanota ne crée pas une catégorie de criminels patentés, selon le sens que l’on en a aujourd’hui. Seuls ne sont pas punis de la mort les crimes commis à l’égard de la dynastie régnante et du fanjakana. Un Antehiroka pouvait être condamné, mais il pouvait échapper à la peine en offrant au souverain un bracelet d’argent appelé Hidivava, c’est-à-dire « ferme ta gueule » selon le privilège de la parenté à plaisanterie qui unissait Antehiroka et famille royale. Ce privilège autorisait notamment les Antehiroka à se servir sur les bœufs acheminés pour le Fandroana. Mais il ne les exemptait pas des crimes de sang. Quand Andrianampoinimerina entreprit l’unification de la région antehiroka et du Vonizongo, Ravovonana, un Antehiroka, tira sur Andrianampoinimerina et le blessa au genou. Quand, enfin, Andrianampoinimerina réussit à le capturer, il le condamna à mort, mais fut contraint d’obtenir des Antehiroka eux-mêmes l’autorisation d’exécuter la sentence avant de le faire. Ravovonana fut mis à mort sur la colline d’Ankatso en respectant un autre privilège des Antehiroka, celui de ne pas faire couler leur sang, tsy alatsa-drà. Une fosse fut creusée, Ravovonana y fut déposé et la fosse fut comblée.

 

Brakaria et kizôzỳ, ces deux mots nous ramènent au 21e siècle. Nous savons que la production de lait est une filière importante – ou devrait le devenir – dans notre économie. Un grand Salon du Lait est organisé pour la fin novembre. Nous savons aussi que l’horribilissime avait fait venir de Nouvelle-Zélande des ombivavy be ronono, des Holstein qui sont à nos vaches malgaches ce que la Roll Royce est à la Deux Chevaux. Inconvénient, ces vaches doivent être suivies par un bon vétérinaire et doivent être nourries selon les règles de la bonne gastronomie bovine. Notre pauvre bozaka qui couvre nos tanety ne leur suffit pas. L’horribilissime cultivait du bon fourrage et le fournissait aux éleveurs qui lui vendaient leur lait. L’horribilissime n’est plus là et les vaches commencent à mourir d’inanition. Parmi d’autres comme le ray grass, le kizôzỳ et le brakaria en font partie, Pennisetum purpureum et Bracharia disent les savants. Il faut labourer les tanety, y mettre du zezi-pahitra et du calcaire, etc. Mais s’il ne pleut pas et si l’on ne peut arroser, ce qui est difficile sur les tanety, kizôzỳ et brakaria se contentent d’attendre la pluie. Vous comprendrez que c’est là un problème qui concernent des milliers de gens dont les préoccupations sont bien loin des questions constitutionnelles. Des soucis qui sont loin de tous ceux des internautes qui pensent à l’avenir de notre pays. Mais quand on sait qu chaque habitant de Madagascar consomme aujourd’hui cinq litres de lait par an sous diverses formes (yaourt, fromages et autres), alors que l’Afrique en consomme vingt-cinq…. Que doit-on encore insérer dans la Constitution ?

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research papers writing 22/12/2010 09:08


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