UN WIKILEAKS HÂTIF

Publié le par Ny Marina

Le 25 août 2010

        Tout le monde connaît le nom de Wikileaks, car tous les médias en ont parlé. Le fondateur de ce site a publié sur la toile des documents confidentiels sur la guerre en Afghanistan au grand dam de l’administration américaine. Il en a encore en réserve et continue à vouloir les rendre publics. La réaction fut rapide : il fut accusé d’avoir, deux nuits de suite, violé successivement deux dames de 20 et 30 ans et fut recherché par la police suédoise. Les réacteurs n’avaient même pas trouvé une mineure, ce qui aurait été plus percutant. La justice suédoise a vite compris la machination et a renoncé à ses poursuites. On comprend le procédé : l’homme qui a dénoncé des secrets d’Etat et que l’on veut abattre est injustement chargé d’une atteinte aux bonnes moeurs.

Les médias de la planète ont rendu publique la machination. Ils n’ont pas accordé la même place à un Wikileaks malgache. Il est vrai que Madagascar appartient au dernier cercle de la politique-monde de notre 21e siècle, ne fait pas vendre les journaux ni voir les télévisions ; la Grande Île n’intéressent que quelques grandes sociétés qui sont plus internationalistes que Lénine et le Parti Communiste (bolchevik) de l’Union Soviétique et de ses succursales du 20e siècle. Aussi me semble-t-il nécessaire d’en dire deux mots.

 

Le ministre des télécommunications du dernier gouvernement Hâtif, le jeune Iharizaka Rahaingoson, aura fait long feu. Il avait à traiter de la licence de téléphonie mobile de MadaMobil/Life, une affaire qui traîne depuis presque un an et qui est déjà passée devant les tribunaux à l’avantage de cette société. Quand il avait été nommé, il avait reçu pour mission de mettre de l’ordre dans les affaires du ministère – que reprochait-on à Augustin Andriamananoro, le précédent ministre ? –, pour mission aussi de favoriser la création d’emplois et la libre concurrence. On sait que la téléphonie, mobile ou pas, met en œuvre d’énormes moyens financiers et que les différents opérateurs sont prêts à utiliser tous les moyens dont ils disposent pour conserver ou augmenter leur part du gâteau. On se souvient des lenteurs dont souffrit Orange pour relier au réseau malgache son câble Lion haut débit qui était installé et arrivé à Toamasina. Cela ne plaisait pas à Telma qui avait pris du retard dans son câblage.

Sur ce dossier MadaMobil qu’il connaissait bien, le jeune ministre demanda des avis à « Mr le président » et au Premier Ministre. Il n’obtint aucune réponse. Fort de la décision de justice et du dossier qu’il avait rassemblé auprès de l’Omert, il décida d’accorder la licence d’exploitation à Madamobil et l’annonça dans une conférence de presse avant d’assister au Conseil des Ministres. Face aux remous que provoquait sa décision, le jeune Ministre présenta sa démission le soir même. C’était un affront au pouvoir Hâtif. Il fut donc aussitôt démissionné pour avoir manqué à la solidarité gouvernementale et n’avoir pas respecté les instructions du plus jeune président non élu du monde !

Si le jeune Ministre – il faut lui mettre une majuscule – avait fait long feu, sa démission fit grand bruit. Le gouvernement décida de le ouiquilixiser. Il lui a mis sur le dos une Inspection Générale d’Etat et l’a fait convoquer par le Bianco. Et dardar, il a envoyé aux différents médias un gros dossier de cinq pages pour justifier sa décision et, craignant que, en dehors de Viva et des institutions dites d’Etat, les mêmes médias ne répercutent pas son laïus, il s’est payé des pages de publicité dans les journaux. Il est évident qu’il veut faire soupçonner le jeune ex-ministre de corruption. Celui-ci va être bien occupé dans les jours et les semaines qui viennent. Peut-être même n’aura-t-il jamais autant travaillé, quand il était ministre. Mais il est bien jeune. Et l’on peut penser qu’avec ce coup d’éclat, il redeviendra un jour ministre dans les conditions différentes que beaucoup espèrent.

 

En attendant, c’est Camille Vital qui a repris les télécommunications, comme il avait repris un temps les armées. En attendant aussi un nouveau gouvernement, annoncé dans les jours qui viennent. Six personnes – toutes ne sont pas des personnalités – ont été proposées. Il y a :

— le Pr Alain DJacoba Tehindrazanaharivelo, qui n’a rien d’un DJ malgré l’un de ses prénoms – DJacoba ne signifie pas disque joquet en malgache –,

— Alain Andriamiseza, l’ancien ministre halieutique bien connu pour ses grandes poches et son ardeur à distribuer les permis de pêche,

— José Vianey, bien connu avec son chèque de 1.002.000 dollars à l’ordre de Andry Rajoelina en date du 2 février 2009,

— Omer Beriziky – prononcez Bérzìky « qui a beaucoup de chance » – un gentil historien qui fut aussi diplomate,

— Guy Suzon Ramangason, un spécialiste aux nombreuses expériences malgaches, bon connaisseur de la « brousse » et grand patron des réserves naturelles, qui défendrait enfin au niveau d’un gouvernement notre nature cinq étoiles,

— Florent Rakotoarisoa, que je n’ai pas l’honneur de connaître.

 

Pour la Présidence du Congrès de la Transition, deux noms ont été avancés : d’abord, celui de Raharinaivo Randrianatoandro qui est bien connu et dont beaucoup envisageaient qu’il puisse être Premier Ministre, mais lui-même n’en voulait pas ; retraité dans ses activités professionnelles, ses enfants étant tous installés et sortis d’affaire, il voulait bien consacrer son temps à la politique, mais pas comme PM. Second nom avancé, celui de Brigitte Rasamoelina : docteur en médecine et ancienne maire d’Ambohimalaza, reconnue pour sa gestion de l’eau potable dont le modèle a été diffusé en Afrique par le Pnud  mais qui s’est heurtée aux machos du Tim et qui a fondé un parti d’avenir, « Ampela manao politìka » (femmes faisant de la politique), en rassemblant les femmes engagées en politique mais qui n’étaient pas satisfaites par les conditions qui leur y étaient faites.

Pour Présidence du Conseil Supérieur de la Transition, douze noms sont proposés. Quoique ce soit un chiffre célestiel, j’en vois peu qui soient déjà dans le ciel de nos terrestres affaires. Je dirai toutefois un mot de Ramanantsoa Benjamin Marcel. Il est professeur et historien, spécialiste au départ de la société secrète de Monja Jaona, le Jiny. Il a derrière lui plus d’une trentaine d’années de militance politique et, comme beaucoup de jeunes, a su suivre l’air du temps.

Que va décider le gamin ? Ou plutôt que vont lui faire décider ses coûteuses nounous ? On doit s’attendre à tout en cette période de fanjakan’i Joelina.

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