VÉRITÉ EN DÉTRESSE

Publié le par Ny Marina

Le 21 octobre 2009

 

VÉRITÉ EN DÉTRESSE

 

 

On peut être parpaillot et ressentir une grande joie au cœur quand, suivant le synode de Rome et les nouvelles sur Radio Vatican, on apprend que le Saint-Père apprécie cette idée que la vérité est le fondement et la condition de la réconciliation pour la justice et la paix. Une joie d’autant plus grande, quand on y entend des idées suggérées au synode national malgache de 1975. Tout en regrettant qu’il ait fallu plus de trente ans pour qu’elles commencent à être vraiment prises en considération.

L’on ne peut, par contre, qu’être profondément attristés quand on voit des sous-offs de l’Eglise romaine persévérer dans leur tafika masina, dans leur croisade, comme de simples et simplets mpiandry, ou bergers, du protestantisme malgache. Je m’explique.

*

J’avais reproduit l’indignation d’un auditeur à l’écoute d’une émission de RCF (radios chrétiennes francophones) en France le 10 octobre dernier. J’apprends que c’était une chronique d’Aide aux Eglises en Détresse (AED) dont on me dit qu’un responsable aujourd’hui s’en étonne et diffuse un article qui serait du véritable journalisme réfléchi. Or que dit ce message ?

On y trouve un certain nombre de considérations générales que tout le monde répète, qui touchent le cœur et la générosité des bailleurs de fonds de toutes sortes, mais qui ne font pas avancer la solution du problème. Par exemple, ceci : « La société malgache d’aujourd’hui est composée d’une minorité de riches, d’une classe moyenne qui émerge, de cultivateurs ou d’employés d’entreprises qui vivotent, enfin d’une majorité importante qui s’enfonce dans la pauvreté et souffre de la faim ». Ce propos bien-pensant sous la plume d’un chrétien confortablement installé dans son fauteuil du Nord localise le défaut de la répartition des ressources à la Grande Île et implicitement accuse l’organisation sociale malgache de cette faute. La dénonciation de la pauvreté joue aujourd’hui le même rôle que la condamnation de l’esclavage par Les Missions catholiques et autres médias au 19e siècle et permet aux dénonciateurs de s’endormir en paix avec leurs consciences. Que ne demandent-ils pas à la Cftc et autres organisations d’exiger que l’Aide Publique au Développement soit indexée sur le Smig et que toute augmentation du salaire et du Rmi dans le Nord entraîne une augmentation de cette aide ?

L’Eglise Catholique Apostolique et Romaine de Madagascar ne semble pas en détresse. D’ailleurs, le « message » de l’AED ne touche pas à la véritable détresse du monde chrétien malgache, qui est l’impasse dans laquelle se trouve maintenant l’œcuménisme et dont le responsable est un dignitaire de cette confession. Il ne concerne que les événements politiques. J’ai horreur de me répéter, mais je suis obligé de constater que ce « message » reprend les erreurs et les mensonges entendus sur la radio ou dans La Croix dont nous avons déjà parlé. En faire des paroles prophétiques de l’abominable homme de l’épiscopat est un abus de langage qui ne trompera personne. Les associer à la prière ne trompera pas le Seigneur. Quant à moi, si j’avais une suggestion à faire, je dirais plutôt :

Nous te prions, Seigneur, pour les habitants de Madagascar, afin que tu éclaires tes pasteurs et donnes la vérité à tous ceux qui se sont engagés à ton seul service.

Plus prosaïquement, je conseillerais de ne pas accorder leurs dons à une AED par trop politicienne, comme moi je refuse de le faire lorsque mon Eglise s’engage dans des tafika masina, des combats violents contre les non-chrétiens, au lieu de prêcher le Christ par leur exemple.

Ce tafika masina de l’AED ne sera ni le fondement ni la condition de la réconciliation pour la justice et la paix à Madagascar. Et l’on pourra entendre dire qu’on préférerait que ces Vazaha consacrent leurs efforts à adoucir la misère dans leur Europe chérie plutôt que, même si la cible était protestante, soutenir le coup d’Etat du 17 mars, participer à enfoncer Madagascar dans la crise et multiplier les difficultés du pauvre peuple malgache.

*

Commenter cet article