VERS UN NOUVEAU PAYSAGE POLITIQUE ?

Publié le par Ny Marina

Le 22 février 2010

 

 

A Madagascar où la transition semble bien bloquée, le paysage politique se remodèle. Tout le monde sait que l’on y compte plus de 150 partis politiques, y compris les partis que l’histoire a fait disparaître – rappelons que le Psd de Philibert Tsiranana avait déjà rassemblé beaucoup de petits partis au moment de l’Indépendance – et les partis fantômes comme l’Udecma qui était autrefois rattachée au Front National de Défense de la Révolution de la IIe République. Dans cette évaluation, on ne compte pas les partis qui commencent seulement à germer. Le tout dernier dont je parlerai pour finir est, en fait, le 213e sur la liste du ministère de l’intérieur. Pourtant, il semblait bien que les événements de 2009 avaient fait émerger quatre grandes mouvances, trois autour des anciens chefs d’Etat et une autour du plus jeune putschiste du monde.

Que dire de la Hat ? Ce n’est même pas vraiment une mouvance, c’est un agglomérat fait d’un mauvais ciment. Le rejet de Ravalomanana ne pouvait pas former un programme politique stable et durable. Et n’ont pas vraiment réussi à former des partis les petits jeunes de soixante ans qui, depuis 1972, n’ont réussi qu’à faire des omelettes et à faire parler d’eux dans la presse. Ils ne savent que mobiliser une foule de vahoaka avec des salaires promotionnels. Ils aiment aussi les grades militaires. Ce sont les plus dangereux pour la démocratie qu’ils prétendent nous imposer – pauvres de nous. Les autres, ce sont des électrons libres qui se regroupent pour aussitôt se désagréger dans la recherche d’une position de force, menacée sitôt qu’apparemment obtenue et constituée. L’Akfm n’est plus que l’ombre d’elle-même depuis la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’Union Soviétique. Inconditionnel de Rajoelina depuis le début, le fils du pasteur vient même de démissionner de son poste de vice-premier ministre chargé des affaires étrangères. Et Nathalie Rabe, ministre de la communication, est déjà donnée ou comme démissionnaire elle aussi ou comme bientôt démissionnée pour n’avoir pas voulu interdire la dernière radio libre existant. Une mère crocodile n’y reconnaîtrait pas ses crocodilaux. Dans cette mouvance aux sables plus que mouvants, il n’y a guère que le Leader Fanilo à qui Herizo Razafimahaleo avait su donner un véritable programme politique, sans avoir su le résumer en slogans pour être compris du plus grand nombre. Ses héritiers, peu enclins à partager l’héritage, peinent à se faire entendre. Et la Justicière n’est pas de celles qui contribueront à lui redonner son lustre.

La mouvance Zafy ne peut constituer un parti, quand, se réunissant, elle tient tout entière dans la villa Elizabeth. Si l’âge de son porte-drapeau a pu devenir le symbole de la sagesse, ce sont les circonstances qui le lui ont conféré. Mais la réconciliation nationale qui est son mot d’ordre, ne fait pas oublier son antique passé tribaliste. En 1991, il avait été choisi par l’Eglise catholique, mais c’est le peuple d’Antananarivo qui l’avait porté au pouvoir. Il ne sut pas le remercier. Et sans doute ne le voulut-il pas. Il était président de la République, quand Manjakamiadana fut incendié. Son premier ministre, Emmanuel Rakotovahiny se rendit sur les lieux le lendemain, mais l’on se souvient que lui-même ne sut pas faire le même geste. Et que le colonel de gendarmerie qui avait avancé l’enquête fut vite muté en province.

Quant à l’Avant-garde de la Révolution autrefois du temps de la IIe République ou de la Rénovation par la suite, elle a fini par se déglinguer. Sans doute les seuls vrais partisans de l’Amiral rouge résident-ils aujourd’hui dans la diaspora. Il est facile de vivre dans le confort d’un pays capitaliste et de continuer à croire ou aux vertus de l’utopie marxiste-léniniste ou à celle d’un homme qui a enfoncé son pays dans la misère. La grande fissure à l’intérieur de l’Arema était déjà évidente avant les élections présidentielles de 2001, partagée qu’elle était entre le soutien à une candidature renouvelée de Ratsiraka et la candidature de Pierrot Rajaonarivelo. Le fondateur de la première Arema avait réussi à être le seul, et les espoirs de Rajaonarivelo s’étaient envolés. Par la suite et jusqu’en 2009, les débats et conflits internes à l’organisation firent l’objet d’un feuilleton dont seuls les initiés se souviennent du détail. La mouvance Ratsiraka aujourd’hui s’est réduite à la seule famille de l’Amiral.

Seule la mouvance Ravalomanana a conservé une certaine consistance. En 2002, le candidat qui avait perdu l’élection, n’avait pas pu compter sur un parti, l’Arema, avec une implantation nationale. Il avait à tort espéré que sa métropole préférée allait, dans sa logique coloniale, lui apporter le secours attendu contre un Merina sans grand diplôme français, de surcroît protestant et andriana. Seuls lui étaient restés fidèles et de vieux ou jeunes politicards tribalistes et des militaires tout aussi tribalistes. La guerre civile désirée n’a pas eu lieu. En 2009, alors que le président avait été chassé du pays, ses vrais fidèles ont pris le parti de la clandestinité. Il s’était fait des ennemis, c’est vrai, et les crocodiles qui l’entouraient – car il y avait aussi des crocodiles dans le Tim à Iavoloha – avaient tout fait pour mettre en place un parti dominant sans contrepouvoir ni même opposition interne constructive ; ils avaient même mieux fait que l’Arema avant 2002. Par les dernières élections, ces crocodiles avaient éliminé les meilleurs de ses partisans pour des arrivistes notoires. Mais sa clientèle populaire lui est restée reconnaissante de ses initiatives et demeurait certaine que les objectifs de développement ne pouvaient être atteints en son absence. Il avait été le seul chef d’Etat depuis l’indépendance à avoir su engager son pays sur la voie du développement économique. Les défections individuelles n’ont pas semé la confusion dans ses partisans légalistes qui ont continué à se réunir et à manifester, quand bien même ils devaient se confronter aux kalachs des capsates mutins. Le Tim reste donc une force politique incontestable.

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Toutefois, dans cette jungle partisane, en en exceptant l’association TGV qui, sans programme politique autre que le soutien à Rajoelina, veut rassembler de jeunes chercheurs de seza, et risque d’adouber des sortes de scouts comme hommes et femmes publics, il me semble nécessaire de signaler trois nouveaux partis qui pourraient bien prendre leur place dans le théâtre politique.

Le premier, le Mouvement pour la démocratie à Madagascar (MDM) de Pierrot Rajaonarivelo est celui qui peut avoir une assise nationale avec les débris de feue l’Arema. Rajaonarivelo, exilé en France depuis 2002, est revenu à Madagascar en 2009, alors qu’il était toujours menacé par un mandat d’arrêt pour un jugement judiciaire. Il a revitalisé les réseaux qu’il animait sous Ratsiraka II et on a pu le voir le 29 janvier au Hilton entouré d’anciens barons de l’Arema comportant beaucoup de politiques aujourd’hui hyperactifs comme Rolland Razafindramanitra, et notamment des membres de la Hat comme Hary Naivo Rasamoelina, Benjamin Vaovao, Bruno Betiana, mais aussi José Vianey du Rassemblement pour l’avenir de Madagascar, Roger Ralison du Parti Républicain de Madagascar ou Hery Rakotobe du Grad Iloafo. Il a alors annoncé que la plateforme mise en place pour la création de son parti comptait cent dix-sept organisations politiques et de la société civile. Le mélange des genres indique assez bien qu’il lui sera possible de trouver l’argent nécessaire à sa manifestation sur la place publique.

Le second, le « Malagasy mandroso ao anatin’ny fihavanana sy ny soatoavina » (Mamafisoa) de Rajemison Rakotomaharo, veut réunir les Malgaches qui avancent et progressent dans le respect de la conciliation et des valeurs. Ma traduction réduit quelque peu le sens de la dénomination malgache. L’abréviation de son nom parle plus simplement et sans doute bien mieux : Mamafisoa, c’est semer (mamafy) le bien (soa) ou encore cultiver les valeurs malgaches. Ce parti, déjà annoncé en 2009, a été reconnu par le ministère de l’Intérieur en janvier 2010. Ancien cerveau du premier cercle de Ravalomanana à la Mairie d’Antananarivo puis dans les événements de 2002, Rajemison s’est fait remarquer, pendant le premier mandat de l’ancien maire, comme le consensuel président d’un Sénat où le Tim n’avait pas la majorité. Ravalomanana l’avait ensuite placardé dans l’ambassade malgache de Suisse. Cet éloignement risque bien de l’empêcher de prendre la meilleure part dans la mise en place de son parti. Mais personne ne lui dénie ses qualités de conciliateur et d’appréciation des situations politiques.

Le troisième, « Ampela manao politìka » (femmes faisant de la politique), doit retenir d’autant plus l’attention que, depuis un an, – je fais exception des Hâtives Christine, Nadine, Nathalie, Annie et… consortes – les femmes se sont souvent manifestées sur la scène publique avec Ihanta Randriamandranto et toutes ses compagnes que je ne saurais citer ici. Il ne faudrait pas oublier les hauts faits individuels comme ceux de la sénatrice Naike Eliane. Ce ne sont pas elles qui ont lancé cette nouvelle formation. Ce sont l’ancienne maire d’Ambohimalaza, la docteure Brigitte Rasamoelina, et la sénatrice Olga Raveloarisoa. Elles ont un passé politique et un réseau dans toute l’île. Son nom même n’a pas succombé à ce qui serait l’hégémonie du malgache officiel. Elles sont plus ampela, peut-être prononcé apela, que vehivavy, qui pourrait évoquer les associations féminines des Eglises. Je ne prendrai que l’exemple de Brigitte Rasamoelina. Maire d’Ambohimalaza, elle a su, entre autres, y développer un réseau payant d’eau potable et sa réussite a amené le Pnud à le donner en exemple à toute l’Afrique et à former des responsables pour une véritable politique de l’eau qui se raréfie. Maire Tim, elle a connu le machisme de ses responsables et les difficultés à agir à l’intérieur de ce parti qui envoya ensuite à l’élection municipale un candidat dont le programme se résumait à promettre la gratuité de l’eau ! Elles savent ce qu’elles veulent, ont un programme politique et des solutions pour l’avenir et, sans discrimination, acceptent des membres masculins dans leur groupement.

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Ma grand-mère m’ayant interdit les jeux d’argent, vous comprendrez que je ne ferai pas de pronostics et que je ne prendrai pas non plus de paris. Mais j’avouerai avoir – en tout bien, tout honneur – un petit faible pour Brigitte et ses compagnes.

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