chronique de Vanf paru le 3 février dernier

Publié le par Ny Marina

Notre silence fera grand bruit Je m’autoproclame porte-parole de celles et ceux qui n’aspirent qu’à cette chose extraordinaire : la normalité. Se déplacer librement sans avoir à craindre autre chose que les embouteillages et non les « barricades » improvisées, de bric et de broc, érigées par les «mpitolona» le jour, et par les «andrimasom-pokonolona» la nuit. Vaquer normalement à ses occupations sans avoir à se demander si on appartient au «politiquement correct» du moment. Ne pas craindre pour des approvisionnements qui devraient aller de soi.
Depuis le lundi 26 janvier 2009 – cette journée de la honte qui a vu une foule enragée incendier les locaux de la radio et de la télévision nationales, incendier la télévision MBS, incendier trois centrales d’achat Magro, piller les magasins Courts et Cora, réduire en ruine la zone commerciale Zoom –, les parents ont prudemment gardé les enfants à la maison. Les commerces ont précautionneusement entrebâillé leur porte. Les services administratifs ont craintivement assuré la continuité du service public.
Madagascar se voulait dépositaire d’une exception culturelle.
Celle d’un pays où l’on ne ferait jamais les choses comme ailleurs ni précédemment. Nous devons bien être le seul pays au monde où, quatre fois en l’espace d’une génération (1972, 1991, 2002, 2009), une crise politique aiguë survient chaque fois ruinant les espoirs de croissance économique. Nous devons bien être le seul pays au monde à nous aveugler sur la présomption d’innocence de la foule malgache – patiente, pacifique, persévérante – malgré les martyrs du 13 mai 1972, les sacrifiés du 10 août 1991, les victimes du «front» de l’Est en 2002, et la cinquantaine de voleurs morts en flagrant délit, ce 26 janvier 2009. Être Malgache, c’est se rendre tous les jours, et pendant six mois, sur la Place du 13 mai, pour écouter les mêmes discours depuis 1972. On a beau savoir que l’échec est moins celui de ce régime ou de ses prédécesseurs que celui d’une foule qui n’a jamais su renouveler son schéma mental, le «vahoaka» succombe régulièrement à la même démagogie.
Le TGV de 2009, c’est le KMMR de 2002, ce sont les Hery Velona de 1991. Être Malgache, c’est cette obstination incompréhensible dans la même erreur. La majorité silencieuse a toujours pensé différemment de la logique de descente dans la rue, manif sur la Place du 13 mai, grève générale, «ville morte», proclamation d’un gouvernement insurrectionnel et autoproclamation d’un Messie providentiel. La majorité silencieuse ne penserait jamais piller les magasins ni détruire les infrastructures. La majorité silencieuse fait tourner la machine administrative là où la minorité terroriste n’est que capacité de nuisance et force de blocage.
La majorité silencieuse a cette supériorité morale de ne pas se dissimuler dans l’anonymat d’une foule pour mieux rendre compte à l’histoire.

Nasolo-Valiavo Andriamihaja
Date : 03-02-2009
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