en marge, pour une meilleure vision 3

Publié le par Ny Marina

LA DÉCOLONISATION GRAPHIQUE

 

Il a été question sur ce site de pauvreté langagière. Il faudrait aussi parler d’ignorance graphique. A parcourir les sites internet à la recherche d’informations, d’idées et de réactions sur les circonstances, je me trouve parfois irrité, agacé même et, plus encore, énervé sur des propos en français. Et parfois même dans des propos qui sont bien en bon français et pas en ce français plus qu’approximatif que je ne dirai pas francophone mais « francofonique » – le francofonique étant une langue dont on peine à deviner la signification.

Quoiqu’il en soit, ce qui m’irrite, m’agace et m’énerve dans des phrases en bon français, c’est surtout une question de simple bonne orthographe. Voilà un pléonasme, l’orthographe étant par définition la bonne façon d’écrire. L’orthographe du français nous enseigne que les mots s’écrivent différemment selon qu’ils sont noms propres ou adjectifs. Les noms propres prennent toujours une majuscule à l’initiale, alors que les adjectifs commencent par une minuscule. Soyons clair : je parle des normes du français et non de l’anglais. C’et ainsi que l’on doit écrire : « Les Français parlent et écrivent la langue française ».

Or, que suis-je en train de lire ? Les malgaches, les malgaches, les malgaches. Comment expliquer cette orthographe défectueuse ? Pour y comprendre quelque chose, il faut, comme toujours, faire appel à l’histoire.

Quand, en 1896, la présence coloniale prit en main les publications officielles – Ny Gazety Malagasy devint Journal Officiel de Madagascar –, il y fut beaucoup question des Français et des Malgaches. Mais avec la particularité orthographique qui, en quelque sorte, commandait que le vainqueur soit glorifié et le vaincu rabaissé. Ainsi les textes publiés ou affichés sur les murs mettaient-ils une majuscule à la fois au nom propre et à l’adjectif désignant le vainqueur et, à l’opposé, toujours une minuscule pour le nom propre et l’adjectif désignant le vaincu.

Un demi-siècle de colonisation et d’un totalitarisme colonial, mou le plus souvent mais violent dans les moments de revendications comme en 1947, a sans doute ancré dans l’encre d’écriture cette pratique. On aurait pu penser que l’Indépendance aurait fait son œuvre de décolonisation, comme elle avait prétendu le faire des institutions. Apparemment, il n’en est rien. La fierté et la dignité des Malgaches francophones et des Malgaches francofoniques se satisfont de ce legs du passé. Un seul exemple, je lisais encore hier sur le site de topmada : « Qu’il arrête de parler au nom du peuple ce type, on va croire que tous les malgaches sont tarés comme lui ». Gallieni reste donc aujourd’hui le maître d’école de beaucoup d’entre nous. A quand cette décolonisation ?




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