communiqué de France
MISE AU POINT SUR LES EVENEMENTS ACTUELS A MADAGASCAR
Madagascar est revenu, épisodiquement, à la une de l'actualité depuis le 26 janvier dernier. Le jeune maire de la capitale Tananarive, Andry Rajoelina, un disc-jokey, serait à la tête d'un mouvement social et politique contre le président de la République Marc Ravalomanana accusé d'être un dictateur.
Rappelons que Madagascar a effectivement connu une dictature, entre 1975 et 1991, sous un régime de type soviétique présidé par Didier Ratsiraka. Ce régime soviétique avait précipité le pays dans un profond délabrement économique et avait considérablement accru la misère. La chute du mur de Berlin et la fin de l'URSS ont rendu obsolète un tel régime mais derrière les apparences marxisantes le pays était resté sous la mouvance française au point d'être, au début des années 90, comme une sorte d'annexe misérable de l'Ile de la Réunion. Didier Ratsiraka a profité des lenteurs et des désordres de la transition économique et politique pour revenir, légalement, au pouvoir en 1996 pour un mandat de cinq ans. Désormais finis le soviétisme et les slogans à la manière nord-coréenne, place à l'affairisme avec un véritable développement des industries de main d'oeuvre dans l'agglomération de Tananarive mais sans aucun investissement public. Les années quatre-vingt-dix sont marquées par la croissance de la déscolarisation et de l'analphabétisme.
Lors des élections présidentielles de décembre 2001, Didier Ratsiraka croyait l'emporter facilement par le vote des campagnes où, pensait-il, seul son nom pouvait être connu des électeurs. Il avait certes un adversaire, le maire de Tananarive qui était alors Marc Ravalomanana. Ce dernier était récemment entré en politique à la suite d'une carrière réussie dans l'industrie agro-alimentaire. Or non seulement Marc Ravalomanana l'emportait très largement à Tananarive mais il l'emportait aussi dans plusieurs villes de province et dans certaines zones rurales. Didier Ratsiraka allait-il perdre dès le premier tour? Il faisait proclamer par une Haute Cour à sa dévotion un résultat « officiel » donnant certes Marc Ravalomanana en tête mais impliquant surtout un second tour qui, organisé et manipulé par ses soins, pouvait encore lui permettre de gagner. Contre cette évidente tricherie, les électeurs manifestèrent en masse. Didier Ratsiraka tenta de se maintenir au pouvoir en s'installant sur la côte est, à Tamatave, et en érigeant des barrages pour isoler la capitale du reste du monde. Il dut cependant abandonner cette stratégie de destruction et, dès le mois de juin 2002, Marc Ravalomanana put effectivement exercer le pouvoir sur l'ensemble de Madagascar.
Au terme d'un premier mandat, Marc Ravalomanana a été réélu, de manière parfaitement régulière, en décembre 2006. Le bilan de son premier mandat n'a pas été suffisamment mis en valeur. Il a réalisé un contournement autoroutier de la capitale pour relier directement des zones industrielles vers le principal port. Cela aurait dû être fait depuis plus de vingt ans. Il a réalisé des opérations d'urbanisme dans la capitale (marais Masay, boulevard de l'Europe, grand marché couvert central). Il a rétabli un réseau routier complet dans les provinces permettant enfin la circulation des produits agricoles et des marchandises dans tout cet immense pays. Il a lancé un ambitieux programme de rescolarisation avec la restauration des écoles primaires et surtout la distribution d'un « kit scolaire » à tous les enfants d'âge scolaire. Il a également mis en route un programme de fourniture d'eau potable dans les zones rurales. Après des années d'incurie il a dû subir un grave problème de maintenance des usines hydro-électriques et a pu ouvrir en urgence une nouvelle turbine diesel pour l'alimentation électrique de la capitale. Après le rattrapage des six mois de crise de 2002, la croissance économique est revenue et le développement s'appuie de plus en plus sur des capitaux anglo-saxons.
Certes la croissance démographique reste trop forte par rapport à la croissance économique pour espérer une sortie rapide du sous-développement. Les frustrations sont nombreuses dans la jeunesse. Par ailleurs Marc Ravalomanana a aussi les défauts de ses qualités. Enfin il ne peut gouverner tout seul. Il dépend aussi d'une classe politique qui n'abandonne pas aisément certaines « vieilles habitudes ». Lors des élections municipales de décembre 2007, le jeune disc-jokey Andry Rajoeline, surnommé TGV, surfe sur tous ces problèmes. Il est largement élu maire de Tananarive contre le candidat du TIM, le parti du président. Certes les abstentions avaient été nombreuses. Mais il s'agit bien d'un régime démocratique dans lequel une opposition peut librement s'exprimer et gagner éventuellement des élections. Alors pourquoi qualifier Marc Ravalomanana de dictateur? Pourquoi vouloir le renverser sans attendre les élections présidentielles prévues en décembre 2011?
Lors de la journée du 26 janvier dernier, « TGV » avait rassemblé en effet une foule considérable. Mais cette foule ne savait pas qu'elle servait de couverture à un coup d'état. Les médias ont largement rapporté le fait que la manifestation a été suivie dans l'après-midi et dans la soirée d'actes de pillage dans les centres commerciaux de la capitale. Mais c'est dès 7h du matin que la maison privée d'un conseiller du président a été pillée et que toute une famille a dû échapper de justesse au lynchage en abandonnant tout. Or ce conseiller n'est nullement un « profiteur » du régime. Il a, bien au contraire, accompli un travail considérable auprès du président et tous les diplomates qui le connaissent peuvent en témoigner aisément. Pourquoi s'en prendre à un tel homme? Sinon parce qu'il s'agit de prendre le pouvoir par la force. Au lendemain du 26 janvier et de la soixantaine de morts, des pillards pris au piège des magasins qu'ils étaient en train de dévaliser et de brûler, la foule tananarivienne n'était plus au rendez-vous quotidien de « TGV ». Les Tananariviens ne voulaient pas d'un coup d'état. « TGV » s'est donc lancé dans une fuite en avant meurtrière. Il a appelé ses partisans à prendre le palais présidentiel du centre ville, en proclamant expressément qu'ils ne seraient pas arrêtés par les balles de fusils. Ils étaient prévenus. Le samedi 7 février, le palais était gardé par des militaires qui n'eurent malheureusement pas d'autre solution que de tirer sur la foule. « TGV » avait ses « martyrs » avec les trente morts de cette tragédie (cf. l'édito du « Monde » du 9 février: « Cynisme mortel »). Mais son discours radicalisé ne lui gagnait pas plus de partisans. Au contraire, dans les jours suivants, deux grandes manifestations en faveur du président Ravalomanana ont rassemblé deux fois plus de monde que les « TGVistes » du 7 février.
Dans le même temps la tentative de réprimer les pillages et de rétablir l'ordre dans la capitale a en partie échoué. Les forces de l'ordre étaient en nombre insuffisant pour contrôler quelques milliers de jeunes déterminés à casser et habiles à serpenter dans une ville qu'ils connaissent comme leur poche. En outre certains officiers ont été « achetés », soit pour se ranger dans le camp de « TGV », soit pour cesser d'obéir au gouvernement légal. L'obstination de « TGV » soutenu par toute une classe politique, avide de se remplir les poches ou menacée de représailles par les bandes de casseurs, l'amène à refuser même l'idée d'un référendum. Dans le même temps des militaires semblent en mesure de prendre le pouvoir pour eux-mêmes.
Mais tout cela avait été fomenté depuis Paris, dès le mois de décembre 2008. Il faut en particulier noter que l'archevêque catholique de Tananarive, Mgr Odon Razanakolona, fait malheureusement partie des partisans d'un coup d'état. Ce dernier préside actuellement le conseil des Eglises chrétiennes de Madagascar, organisme oecuménique qui joue un rôle important dans la vie publique. Loin d'avoir « calmé le jeu » après le 26 janvier, il a au contraire relayé le discours de « TGV » sur la soi-disant « dictature ». Supporter de « TGV », il a mené une soi-disant médiation qu'il a bien sûr fait échouer pour en reporter la responsabilité sur le président légal.
Il reste à espérer désormais que les « bailleurs de fonds », la France, l'Union Européenne, les Etats-Unis mettent un terme à cette spirale de violences et de destructions en mettant en oeuvre les moyens concrets de maintenir Marc Ravalomanana dans sa fonction et de maintenir l'Etat malgache dans un cadre légal et constitutionnel. Face au risque de guerre civile, l'immense majorité des Malgaches ne demande que la paix, encore faudrait-il qu'ils puissent donner leur avis.
Le 16 mars 2009.