TRANQUILLITE ICI, VIOLENCES LA

Publié le par Ny Marina

De sa petite ville du Nord-Ouest, notre très chère sœur nous envoie des nouvelles réconfortantes : « Ici tout était calme aujourd'hui. Les classes ont repris… Les grévistes… font de la musique toute la journée !!! C'est toujours mieux que les pillages… Mais les "auditeurs" sont rares… Aussi cherche-t-on des jeunes en brousse, avec des camions, pour la journée… » Après la révolution rose et la révolution tranquille, puis la révolution des ombrelles, aurons-nous une « révolution chantante » ?

Il n’en est pas de même dans la capitale. La violence qu’a déchaînée le mouvement tgviste devient contagieuse. Quiconque écoutait hier Radio Mada, qui soutient Ravalomanana, a pu apprendre comment on fabrique des coquetèles – c’est l’orthographe qu’Etiemble préconisait pour ce mot du franglais –, donc comment on fabrique des coquetèles molotov.. A pu apprendre aussi le dispositif à mettre en place pour s’opposer à la force en coupant les arbres qui bordent les routes. A pu apprendre encore, nommément citées, les destinations à piller et à incendier : Materauto, Madauto, Fraise et les maisons de Ratsivalaka et de Ramakavelo. Puisque la France, disait-on, soutenait le mouvement tgviste, il fallait s’en prendre aux intérêts français ! Serait-ce par un effet de miroir que les anti-tgvistes reprendraient les méthodes des amis de Rajoelina ? Je doute que cela puisse fonctionner, car eux n’avaient pas préparé les indispensables réseaux de casseurs, comme on en a vu agir ces dernières semaines en différents endroits de l’île. Ce qui est inquiétant par contre, c’est que la Grande Île en arrive à s’inscrire elle aussi au nombre des pays où, par manque des possibilités de contestation qu’offre normalement toute démocratie ou, plus encore, par désespoir, le terrorisme semble la seule solution à mettre en œuvre.

La violence dont on se souviendra, c’est celle du samedi rouge à Antaninarenina. Si on peut penser que les causes en sont connues – interdiction de la zone rouge –, il n’en est pas de même des responsabilités. Beaucoup pensent qu’elles incombent à Rajoelina et à Roindefo qui ont envoyé les gens dans une seconde Marche de la Liberté avec les mêmes effets. « Komplé gris » semble lui aussi en avoir une part après la réponse des gardes du Palais. Mais les langues se délient maintenant et les témoignages vidéo donnent des éléments dont on parlait à l’époque, mais qui ne semblaient pas déterminants. Aujourd’hui, la question est posée de déterminer qui a tiré les premiers coups de feu. Le Président avait accepté la création d’une commission d’enquête internationale. Ne serait-ce pas parce qu’il avait des informations qui, rendues publiques, auraient pu modifier le discours ambiant ? Ce que l’on retient, c’est que l’idée de cette commission n’a jamais été reprise par TGV. Les conclusions d’une telle enquête auraient-elles gêné certains de ses amis ?

Depuis hier, beaucoup se demandent si la position de Norbert Ratsirahonana n’est pas inéluctable. Il a demandé au Président de démissionner « dans l’intérêt du pays ». Peut-on organiser un référendum dans cette atmosphère de défiance ? Il y a eu des négociations, puis des assises, puis d’autres. Sans effet, car l’une des parties ou pose des conditions qui font que l’on ne peut plus parler de négociations, ou pratique la politique de la chaise vide.

Du côté de la communauté internationale, ni l’Union Européenne ni l’Union Africaine ne valident un coup d’Etat ou tout pouvoir installé par la force, mais dit que c’est aux Malgaches de trouver une solution de sortie de crise. L’attitude de la France est beaucoup plus ambiguë. Interviewé sur les événements malgaches par RFI et TV5, Abdou Diouf, directeur général de l’Agence Internationale de la Francophonie, a insisté sur le principe général que les chefs d’Etat doivent « ne pas s’accrocher au pouvoir ». Il l’a montré, c’est vrai, en laissant la place à Wade au Sénégal, mais c’était dans de toutes autres conditions – tranquilles et, en dehors des oppositions normales dans une campagne électorale, apaisées. Mais comme cet ancien chef d’Etat est un protégé de la France, comme il a été élu à son poste actuel contre les décisions de la réunion francophone au Vietnam qui avait désigné Henri Lopes, ancien directeur adjoint de l’Unesco…, on peut s’interroger sur son impartialité. La diplomatie sait à l’occasion employer l’hypocrisie. Et sur la scène internationale, les diplomates sont parfois contraints d’agir à l’encontre de leur conscience.


Je reviendrai ultérieurement sur les enjeux actuels.


Ratsimatahobitsika

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