NOUVEL ESPRIT OU RESURGENCES ? à vous de juger...
Il y a des choses que l’on sait et que l’on n’écrit pas, parce qu’on n’en a pas le temps ni le loisir, des choses que l’on sait mais qu’il convient seulement de garder précieusement en mémoire, et des choses que l’on n’a pas sues sur le moment mais que l’on apprend peu à peu.
L’une de ces dernières tient bien évidemment une grande place au niveau international. L’on a su et l’on a bien vu à la télévision ces images avec les mutins avinés menacer de leurs armes les personnes présentes à l’épiscopat, menaçant donc de leurs fusils l’Ambassadeur des Etats-Unis. Le fait ne pouvait être caché aux yeux de l’opinion publique et a dû faire immédiatement l’objet d’un rapport à la Maison Blanche. Mais l’opinion n’a pas su ce qui s’était passé dans la cour de l’épiscopat. L’Ambassadeur était venu avec une voiture arborant deux drapeaux des Etats-Unis. La voiture, comme l’ambassade, jouit normalement de l’extraterritorialité. Mais lorsqu’elle arbore la bannière étoilée, le privilège s’impose encore avec beaucoup plus d’évidence. Or, qu’a fait l’un de ces mutins armés ? Il a plié les deux fanions de la voiture de l’ambassadeur. Ce n’est pas grave, penseront certains. Ils auront tort, surtout quand c’est le fait d’un militaire qui devrait savoir ce que représente un drapeau, un militaire qui doit assister tous les matins au lever du drapeau national dans sa caserne.
C’était une véritable injure aux Etats-Unis. On peut supposer que l’imbécile de mutin, qui sans doute n’a pas encore compris la nature et les conséquences de sa mutinerie, devait avoir en tête ces images de drapeaux américains ou autres brûlés dans les manifestations iraniennes et islamistes, et peut-être est-ce ce qu’il aurait fait s’il avait eu un petit jerrican d’essence sous la main. Petite cause, dirons-nous, mais grands effets. Les Etats-Unis avaient déjà suspendu leurs aides autres qu’humanitaires. Ils viennent de décider d’annuler les 110 millions de dollars prévus dans un de leurs programmes pour la lutte contre la pauvreté.
Annonçant sa décision, la Millenium Challenge Corporation, qui travaille avec les Etats de droit et les pays à bonne gouvernance répondant aux principes démocratiques, exprime sa déception d’abandonner un programme qui concernait de centaines de milliers de pauvres dans le monde rural. On voit comment un phénomène urbain de cinq mille contestataires va priver de toute aide des centaines de milliers de pauvres de la campagne. Et comment l’acte inconsidéré de quelques putschistes mettra fin aux espoirs d’une grande majorité. Et le chef des mutins aura beau dire qu’il respecte les principes de la démocratie à la malgache, il est fort à craindre qu’il ne convaincra personne au Mcc.
Du point de vue financier, Madagascar risque de devenir une nouvelle puissance africaine, c’est-à-dire une puissance sans puissance. Où les salaires des fonctionnaires et les retraites que l’Etat verse à ses anciens employés, risquent de prendre des mois ou des années de retard. Il y a fort à penser que les mutins n’auront pas à subir les effets désagréables de ces retards. Les fusils pourraient se rendre à nouveau au Trésor. Beaucoup auront à connaître les lendemains qui déchantent, mais les happy few du coup d’Etat ne seront pas touchés.
Les études sur le bilinguisme dans le monde avaient beaucoup progressé et l’on savait de façon sûre que, pour la presque totalité des enfants, une langue étrangère n’est enseignée avec succès que lorsque la langue maternelle, orale et écrite, est parfaitement maîtrisée et possédée. C’est aussi bien le cas dans des pays bilingues comme le Canada.
Avec une centaine de communications et plus d’une centaine de participants dont de nombreux étrangers, le colloque «Le langage, premier outil de/du développement», organisé à l’Académie Malgache du 6 au 13 juillet 1992, avait montré une quasi unanimité en faveur de la prédominance à donner à la langue maternelle dans l’enseignement. L’initiative ne faisait pas le bonheur de tout le monde. Les Français, contactés comme les autres un an plus tôt, n’avaient pas daigné donner signe de vie. C’est quand ils virent la participation d’Allemands, d’Anglais, d’Américains, d’Italiens et de Norvégiens qu’ils voulurent imposer la participation de cinq personnes la veille de l’ouverture du colloque ! Le budget avait été réuni pour la publication des actes de la rencontre. Mais le microclimat de Tsimbazaza a fait disparaître ces crédits et l’impression de l’ouvrage ne fut plus réalisable !
Peu après, sous le gouvernement d’Albert Zafy, le ministre de l’éducation, Fulgence Fanony en avait tiré la conclusion que le malgache devait être la première langue d’enseignement dans les établissements de l’Etat. Une nouvelle loi, pilotée par Bakoly D. Ramiaramanana, avait été votée par l’Assemblée. L’empêchement du Président Zafy avait vu le retour de Didier Ratsiraka aux affaires et le nouveau ministre de l’Education, Jacky Simon, sans attendre une nouvelle loi, avait décidé de revenir au français. La loi fut toutefois plus tard appliquée par le gouvernement Ravalomanana.
Aujourd’hui – nous sommes en 2009 –, on revient en arrière et aux premières décisions de Gallieni juste après la conquête. Décision courtisane à l’égard de l’ancienne Reny Malala, la Mère Chérie, ou simple permanence ou survivance de l’esprit colonisé ? Quoi qu’il en soit, la décision donne un semblant de vraisemblance à la signification du sigle TGV entendue ce jour en ville. Ce serait l’abréviation de « Taranaka Gallieni Vaovao » (Nouvelle descendance de Gallieni) ! A vous de juger…
L’une de ces dernières tient bien évidemment une grande place au niveau international. L’on a su et l’on a bien vu à la télévision ces images avec les mutins avinés menacer de leurs armes les personnes présentes à l’épiscopat, menaçant donc de leurs fusils l’Ambassadeur des Etats-Unis. Le fait ne pouvait être caché aux yeux de l’opinion publique et a dû faire immédiatement l’objet d’un rapport à la Maison Blanche. Mais l’opinion n’a pas su ce qui s’était passé dans la cour de l’épiscopat. L’Ambassadeur était venu avec une voiture arborant deux drapeaux des Etats-Unis. La voiture, comme l’ambassade, jouit normalement de l’extraterritorialité. Mais lorsqu’elle arbore la bannière étoilée, le privilège s’impose encore avec beaucoup plus d’évidence. Or, qu’a fait l’un de ces mutins armés ? Il a plié les deux fanions de la voiture de l’ambassadeur. Ce n’est pas grave, penseront certains. Ils auront tort, surtout quand c’est le fait d’un militaire qui devrait savoir ce que représente un drapeau, un militaire qui doit assister tous les matins au lever du drapeau national dans sa caserne.
C’était une véritable injure aux Etats-Unis. On peut supposer que l’imbécile de mutin, qui sans doute n’a pas encore compris la nature et les conséquences de sa mutinerie, devait avoir en tête ces images de drapeaux américains ou autres brûlés dans les manifestations iraniennes et islamistes, et peut-être est-ce ce qu’il aurait fait s’il avait eu un petit jerrican d’essence sous la main. Petite cause, dirons-nous, mais grands effets. Les Etats-Unis avaient déjà suspendu leurs aides autres qu’humanitaires. Ils viennent de décider d’annuler les 110 millions de dollars prévus dans un de leurs programmes pour la lutte contre la pauvreté.
Annonçant sa décision, la Millenium Challenge Corporation, qui travaille avec les Etats de droit et les pays à bonne gouvernance répondant aux principes démocratiques, exprime sa déception d’abandonner un programme qui concernait de centaines de milliers de pauvres dans le monde rural. On voit comment un phénomène urbain de cinq mille contestataires va priver de toute aide des centaines de milliers de pauvres de la campagne. Et comment l’acte inconsidéré de quelques putschistes mettra fin aux espoirs d’une grande majorité. Et le chef des mutins aura beau dire qu’il respecte les principes de la démocratie à la malgache, il est fort à craindre qu’il ne convaincra personne au Mcc.
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Le problème que va avoir aussi à résoudre le gouvernement de Roindefo est bien évidemment celui du budget de l’Etat. Officiellement, ce budget comporte 45% de ressources malgaches et 65% de subventions étrangères. Pratiquement, la contrepartie malgache n’étant pas atteinte, la part des subventions extérieures peut dépasser les 70% du total et même atteindre 90% selon certains diplomates. Et cette année, comme la vie des entreprises a cessé pendant trois mois et que les impôts qui auraient normalement dû rentrer dans les caisses du Trésor, vont faire défaut, on n’atteindra pas la seule contribution malgache. Aujourd’hui, Andry Ralijaona, dernier porte-parole du Président Ravalomanana pendant les événements, a annoncé au Financial Times la grève de l’impôt. « Nous n’allons plus payer d’impôts à ce gouvernement et aux soldats qui ont vandalisé et pillé des citoyens. Nous allons voir ce qu’ils peuvent faire sans l’argent des bailleurs de fonds et sans l’argent de la population ». Une résistance – mais passive – commence à s’organiser à Antananarivo et à Antsirabe. Elle risque bien de faire tache d’huile, surtout dans les régions du Nord de la Grande Île, là qui avait été terrorisé en 2002 par le colonel Coutiti, condamné à la perpétuité et qui vient d’être libéré.Du point de vue financier, Madagascar risque de devenir une nouvelle puissance africaine, c’est-à-dire une puissance sans puissance. Où les salaires des fonctionnaires et les retraites que l’Etat verse à ses anciens employés, risquent de prendre des mois ou des années de retard. Il y a fort à penser que les mutins n’auront pas à subir les effets désagréables de ces retards. Les fusils pourraient se rendre à nouveau au Trésor. Beaucoup auront à connaître les lendemains qui déchantent, mais les happy few du coup d’Etat ne seront pas touchés.
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Il est une des premières décisions du gouvernement de transition qui fera date dans l’histoire. Le « ministre » Ramananazato n’a pas tardé à décider et à proclamer que la langue française va redevenir « La » langue de l’enseignement. C’est une décision qui est lourde de conséquences. C’est une question dont on a discuté pendant toute la période coloniale. La politique coloniale oscillait entre le français et le malgache du temps de Charles Renel, directeur de l’enseignement depuis le gouvernement d’Augagneur. Et l’on en discutait toujours à la veille de l’Indépendance. Sous la Ire République et avec l’aide de l’Unesco, Itompokolahy Laurent Botokeky, ministre de l’Education, avait créé de écoles du premier cycle du niveau primaire où l’on enseignait dans la langue maternelle : il s’agissait de faire que les enfants de la brousse possèdent bien le malgache avant de passer au français à partir du Cours moyen 2e année. Puis il y eut la fameuse malgachisation de la IIe République, où l’on envoya enseigner dans les collèges et lycées des professeurs le plus souvent parfaitement francophones, mais ne pratiquant qu’un malgache de cuisine. Ce fut la catastrophe, sauf pour 10% des élèves qui s’en tirent toujours, quel que soit la qualité de l’enseignement. Dans le primaire, après une croissance très rapide de la scolarisation, les parents retirèrent des écoles beaucoup de leurs enfants : ils avaient d’abord été séduits par l’idée de malgachisation – le fanjakana n’allait plus faire de leurs enfants des étrangers –, mais s’étaient ensuite rendus compte que l’école étaient devenue une entreprise de bourrage de crâne idéologique.Les études sur le bilinguisme dans le monde avaient beaucoup progressé et l’on savait de façon sûre que, pour la presque totalité des enfants, une langue étrangère n’est enseignée avec succès que lorsque la langue maternelle, orale et écrite, est parfaitement maîtrisée et possédée. C’est aussi bien le cas dans des pays bilingues comme le Canada.
Avec une centaine de communications et plus d’une centaine de participants dont de nombreux étrangers, le colloque «Le langage, premier outil de/du développement», organisé à l’Académie Malgache du 6 au 13 juillet 1992, avait montré une quasi unanimité en faveur de la prédominance à donner à la langue maternelle dans l’enseignement. L’initiative ne faisait pas le bonheur de tout le monde. Les Français, contactés comme les autres un an plus tôt, n’avaient pas daigné donner signe de vie. C’est quand ils virent la participation d’Allemands, d’Anglais, d’Américains, d’Italiens et de Norvégiens qu’ils voulurent imposer la participation de cinq personnes la veille de l’ouverture du colloque ! Le budget avait été réuni pour la publication des actes de la rencontre. Mais le microclimat de Tsimbazaza a fait disparaître ces crédits et l’impression de l’ouvrage ne fut plus réalisable !
Peu après, sous le gouvernement d’Albert Zafy, le ministre de l’éducation, Fulgence Fanony en avait tiré la conclusion que le malgache devait être la première langue d’enseignement dans les établissements de l’Etat. Une nouvelle loi, pilotée par Bakoly D. Ramiaramanana, avait été votée par l’Assemblée. L’empêchement du Président Zafy avait vu le retour de Didier Ratsiraka aux affaires et le nouveau ministre de l’Education, Jacky Simon, sans attendre une nouvelle loi, avait décidé de revenir au français. La loi fut toutefois plus tard appliquée par le gouvernement Ravalomanana.
Aujourd’hui – nous sommes en 2009 –, on revient en arrière et aux premières décisions de Gallieni juste après la conquête. Décision courtisane à l’égard de l’ancienne Reny Malala, la Mère Chérie, ou simple permanence ou survivance de l’esprit colonisé ? Quoi qu’il en soit, la décision donne un semblant de vraisemblance à la signification du sigle TGV entendue ce jour en ville. Ce serait l’abréviation de « Taranaka Gallieni Vaovao » (Nouvelle descendance de Gallieni) ! A vous de juger…
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