CRISE RELIGIEUSE

Publié le par Ny Marina


S’il est une question qui soulève discussions et partis pris, c’est bien celle de la laïcité dans la tradition française ou, peut-on dire, des relations entre le politique et le religieux. L’abandon du principe de laïcité lors de la dernière révision constitutionnelle avait fait couler beaucoup de salive, et les cultes institués au début des grandes réunions politiques n’avaient pas reçu l’accord de tous, même des proches de Ravalomanana. Il n’en reste pas moins que n’avait jamais été remise en cause la croyance en Dieu depuis la Constitution de la Ire République. Toutefois en perte de vitesse depuis 1960, les Eglises avaient bénéficié du discours anticlérical du socialisme marxiste au lendemain de 1975 – les croyants sociologiques revenant au secours des victimes – et, à la fois, de leur intervention dans les affaires publiques à partir de la formation du Ffkm en 1979. Etaient dès lors reconnus l’honorabilité des Eglises et le rôle de ray aman-dreny au moins à ceux des clercs qui les dirigeaient. Cette situation est aujourd’hui remise en cause par ce qui vient d’arriver au Président de la Fjkm et par le rôle plus qu’ambigu du Président de la Ffkm sur la scène politique. Pour comprendre l’évolution de la situation, nous allons essayer de voir ce qui se passe au delà des apparences. Mises en relation, quelques informations révèlent une véritable crise religieuse.

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Les sévices subis par le pasteur Rasendrahasina, arrêté sans mandat, passé à tabac et humilié au Capsat, ont provoqué une réaction immédiate des protestants réformés. Sitôt avertis, les paroissiens d’Andrainarivo se sont mobilisés. Un premier culte, de purification dirais-je, en l’honneur du Président de l’Eglise de Jésus-Christ à Madagascar fut immédiatement organisé au temple d’Andrainarivo. L’Eglise organisa ensuite un grand culte au stade de Mahamasina le dimanche 29 mars où devaient se retrouver les paroissiens de tous les temples d’Antananarivo. Ce fut un succès. L’assistance était nombreuse, car le stade avait fait le plein. Les tribunes étaient combles et la pelouse toute couverte. L’AFP donne 35.000 participants – c’est un chiffre souvent donné pour les réunions en ce lieu. Mais il est trop faible. Les tribunes seules comportent déjà 47.000 places, et l’on sait qu’avec l’occupation de la pelouse, les organisateurs de concerts à Mahamasina vendent 80.000 billets.. Et comme le journal La Vérité donne 100.000 participants à l’installation de Rajoelina, on peut donner le même chiffre pour le culte du Fjkm, tout en sachant bien que le patron radzouëlien de ce journal avoue en privé avoir exagéré le nombre, car ça fait vendre son papier. Si beaucoup de sociétés sont en cessation de paiement, ceux des journaux qui continuent à publier ont rarement fait de si belles recettes.

Le stade de Mahamasina fait le plein à Antananarivo (29 mars)

L’Eglise de Jésus-Christ à Madagascar dont Ravalomanana reste le vice-président, avait obtenu de la Commune l’autorisation de faire ce culte à Mahamasina. Les radzouëliens avec RFI dénoncent aussitôt la manifestation politique un jour de commémoration de l’insurrection de 1947. La Fjkm s’en défend. C’est au seul Jésus-Christ qu’elle donnerait son soutien. Il se serait agi d’un culte pour la patrie et pour l’unité de l’Eglise fort ébranlée par les derniers événements. L’on ne pourrait évidemment lui reprocher une petite prière consacrée à son président et à son vice-président. Il n’en reste pas moins que les prêches exhortant à vivre la foi dans le Christ roi crucifié pour sauver le monde, ne pouvaient, dans la tradition réformée de l’époque coloniale, qu’avoir une résonance politique très forte et précise dans les circonstances présentes. Parmi les fidèles, on a évidemment remarqué Yvan Randriasandratriniony, président du TIM, Pierre Raharijaona (Arema Matotra), Manandafy Rakotonirina (Mfm), Rabetsitonta Tovonanahary (Grad Iloafo) et quelques autres. Certains ne se sont pas privés de faire des déclarations à la sortie du service.

Depuis le début de la crise, les radzouëliens ne se sont pas privés, quant à eux, de critiquer la Fjkm et les protestants. C’est le cas notamment de La Vérité, dont les attaches catholiques des patrons sont bien connues et qui tente d’attiser les petites divisions normales existant au sein des réformés dans l’ancienne mauvaise habitude de la guerre de religion. Le culte de Mahamasina n’aurait pas fait l’unanimité dans l’Eglise. La Vérité-sic revient sur ce qui auraient été les gris-gris et le satanisme de Ravalomanana et sous-entend que si Ravalomanana est parti au Swaziland, c’est parce que c’est « un pays où la polygamie n’est pas seulement une culture mais une institution » ! Mais l’on n’y lira jamais qu’Andry Rajoelina n’était qu’un paroissien épisodique à la cathédrale catholique d’Ambodinandohalo. Une telle presse est désolante et, comme sur le site Madagate, certains de ses journalistes sont affligeants. Les médias malgaches, qui ont soutenu le mouvement radzouëlien, ne feront pas belle figure devant le tribunal de l’histoire, pas plus que, au jugement dernier, ces commandos de vilains polygraphes, s’ils ne sont pas passés à confesse en ce bas monde.

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Apparemment, les affaires du Ffkm et de l’œcuménisme ne vont pas très bien en ce moment. Menacés par la soldatesque à l’Episcopat à Antanimena, désunis dans la réhabilitation du Président de l’Eglise de Jésus-Christ à Madagascar – aucun représentant des trois autres Eglises ni à Andrainarivo ni à Mahamasina –, ces chefs d’Eglise que l’on donnait pour des ray aman-dreny, le sont-ils encore ? Ensemble ou séparément, ils sont souvent intervenus dans les affaires nationales depuis 1979. Ce fut notamment à l’époque où le chef de l’Etat était un catholique qui avait engagé son pays dans un régime marxiste. Mettre en branle ces grandes institutions n’était pas et n’est toujours pas évident. Feu le Père Adolphe Razafintsalama, quand il était dans le bureau de l’organisation œcuménique, disait un jour que notamment les luthériens étaient assez imperméables aux actions hors des Eglises. Lors de la transition à la IIIe République, on sait que les religieux catholiques jouèrent un rôle prépondérant d’abord dans la préparation du mouvement et la formation aux techniques non-violentes. Ce furent aussi eux qui choisirent le nouveau chef de l’Etat. Il en fut de même avec Mgr Armand en 2002. Ces secrets de sacristie n’en sont plus depuis que Sylvain Urfer l’a révélé sur RFI dans Le monde des religions, où il a réglé publiquement et mondialement ses comptes avec le Cardinal.

Ce grand directeur de conscience politique de la catholicité malgache, en a donc traité urbi et orbi, la Ville n’étant pas Rome mais une localité de l’Hexagone. Confirmant ce que lui-même avait dit sur RFI, ses confrères constatent « qu’en fait, Sylvain n’a pas "quitté" l’île et qu’il est toujours en lien par internet avec de nombreuses personnes. Il était, nous dit-on de France, très au fait des menées de TGV et menait un type bien particulier d’accompagnement... socio politique et religieux ! ». On nous parle de « la fébrilité de Sylvain au centre de son "réseau de soutien" d’un genre bien particulier ».

Pour comprendre les prises de position actuelles, il faut se remettre en mémoire des permanences qui se sont installées au 19e siècle et qui déterminent souvent encore aujourd’hui des pensées qui sont rarement explicitées dans l’Eglise malgache. C’était l’époque des luttes coloniales pour l’expansion des empires et des zones d’influence. Les missionnaires catholiques représentaient le parti français et démocratique contre le parti anglais et monarchiste qu’était le protestantisme ou, comme ils disaient alors, le « méthodisme ». Ce modèle d’interprétation des faits, et tout aussi bien modèle d’action, n’a pas encore disparu à notre époque et reste bien actif dans les formatages politiques de certains responsables. C’est la culture historique de ceux qui ne se sont jamais penchés sur l’histoire de leur pays et qui se contentent de ce que l’on trouve dans les mauvais guides touristiques.

Dans l’incapacité de convertir majoritairement au catholicisme la haute société merina après la conversion de la Reine et de son Premier Ministre au protestantisme en 1869, les missionnaires se sont consacrés aux déshérités de l’histoire, les pauvres et les andevo – mot qu’ils traduisaient simplement par « esclave », alors que la plupart des andevo n’avaient pas en droit malgache le statut connu des esclaves dans les sociétés coloniales européennes. Dès cette époque, les missionnaires avaient, reçu comme tel par la population, un statut politique d’agent de l’Etat. C’est un statut qu’ils ont conservé à l’époque coloniale – d’autant plus qu’ils apparaissaient bien comme le parti de l’administration française – et qu’ils ont conservé dans de nombreuses régions jusqu’à nos jours – la notion d’un lien avec la France, il est vrai, disparaissant pour les missionnaires italiens ou autres étrangers.

La christianisation à la catholique était aussi une francisation qui devait couper ses fidèles de l’ancienne culture. On a oublié qu’il fut longtemps interdit aux curés d’accompagner un paroissien défunt à son tombeau, lorsqu’il devait y être inhumé avec des ancêtres « païens ». S’ils voulaient que le prêtre les accompagne à leur dernière demeure, il leur fallait construire un nouveau tombeau. On se souvient encore que la formation dans les grands séminaires imposaient aux futurs prêtres d’être totalement séparés de leurs familles et du monde malgache pendant plusieurs années, sans même possibilité d’avoir des vacances pour revoir leurs parents. Leur seule mère devait être l’Eglise, mais une Eglise qui devait autant à la reny malala qu’à Rome. Au besoin, les considérations raciales et tribalistes encourageaient une forme de communautarisme anti-merina. Une étude sérieuse et sans préjugés de la missiologie pourrait le montrer pour certaines des régions maintenant les plus catholiques et des plus chères à cette Eglise.

Toujours sensibles à la tentation théocratique – d’une théocratie plus ou moins atténuée selon les pays –, les autorités catholiques de la Réunion avaient publiquement poussé à la conquête dès les années 1870, comme en attestent toujours Les Missions Catholiques publiées en France. L’époque coloniale ne fut pas favorable en milieu malgache à une action politique que l’on reprocha toutefois aux missionnaires anglais. Mais dès 1945, et toujours dans cette optique d’un face à face anglo-français, face à la création du Parti Démocratique Malgache derrière le Pasteur Ravelojaona en janvier 1946, les missions catholiques suscitèrent la création du Mouvement Social Malgache. Le Pdm, nationaliste modéré, se donnait pour but « l’Indépendance selon San Francisco », alors que le Msm souhaitait un Commonwealth à la française. Restant en arrière-plan, l’Eglise motivait ses fidèles. Ce fut bien après 1947 que, le 27 novembre 1953, les évêques reconnurent « la légitimité de l’aspiration à l’indépendance, comme aussi de tout effort constructif pour y parvenir », mais ils mirent « en garde contre les déviations possibles, spécialement contre la haine qui ne peut trouver place dans un cœur chrétien ».

La marche vers l’œcuménisme fut lente et la Ffkm ne fut créée que fin 1979. Cette marche passa par des associations de laïcs et des journées de prière en commun, puis par un comité de théologiens des différentes Eglises. Une première intervention politique commune le fut au moment du 13 mai 1972. Les chefs d’Eglise déclaraient au Président : « Que cesse l’emploi de la force, elle ne peut ramener l’ordre, elle engendre au contraire confusion et destruction. Dans le calme et la charité, il faut essayer de s’entendre et chercher le bien ensemble ».

On en est loin aujourd’hui. Un coup d’Etat a eu lieu avec l’appui d’une partie de l’armée qui s’est mutinée. Que fait l’Eglise qui préside l’organisation œcuménique ? Elle justifie la force et soutient le coup d’Etat. On connaissait déjà le rôle ambigu de l’archevêque, qui aurait dû diriger les négociations qui eurent lieu. Maintenant, c’est la Conférence des évêques qui avalise « l’emploi de la force [qui] engendre confusion et destruction », comme les Eglises l’avaient dit en 1972. Le vendredi 27 mars au soir et le samedi au matin, Radio Don Bosco a lu une déclaration de la Conférence des Evêques de Madagascar qui déclarait son soutien à Rajoelina, lui rappelant seulement qu’il avait promis de ne pas présenter sa candidature à une élection présidentielle. Approché ensuite par des fidèles, l’évêque d’Antsirabe ne voulait rien entendre de tous les arguments qui lui étaient présentés. S'ils ne manquent pas de sens politique, s’ils sont capables de voir ce qui se passe sur cette terre, nos canonistes sont surtout furieusement respectueux de la parole hiérarchique. L’évêque d’Antsirabe était blindé, sans doute avec des recommandations formelles de Rome dont il revenait. On sait que la Radio Don Bosco est gérée par les Salésiens et que le secrétaire d’État du Vatican, Tarcisio Bertone, appartient à la Société de Saint François de Sales qui, par ses origines, ne peut qu’adhérer à l’idéologie disons vieux-catholique d’une partie du clergé malgache.

En France, un ami prêtre peut se dire « consterné par la prise de position de la CEM... et les relations pas claires entre des membres de l'armée et l'Eglise... L'agression qui a eu lieu à l'épiscopat n'a pas pu se dérouler sans son aval ! Comment comprendre ? » Dans sa vieille habitude totalitaire, le bulldozer catholique s’était mis en route. Les légalistes demandaient-ils le samedi aux écoles de se mettre en grève ? Dès le lundi matin, la presse annonçait que beaucoup d’écoles catholiques n’allaient pas fermer. Les assises nationales se tiennent-elles ? Le Ffkm est absent, mais l’archevêque d’Antananarivo y est venu en son nom personnel. Les assises se terminent-elles ? Mgr Odon Razanakolona n'a pas caché sa satisfaction. Vrai bonheur pour Sylvain Urfer qui peut déjà ajouter quelques paragraphes au chapitre 20 « Eglise et vie nationale » de l’histoire œcuménique du christianisme à Madagascar, qu’il avait écrit en 1993.

Ce qui nous navre par dessus tout, depuis le début des événements, c’est l’attitude –incompréhensible pour certains, plus qu’ambiguë pour d’autres – de l’Eglise catholique et tout spécialement de son archevêque président en exercice du FFKM. Son nom a été hué par la foule réunie par la Fjkm dimanche dernier au stade de Mahamasina, en l’honneur de son pasteur président, honteusement molesté par la soldatesque dans la cour de l’Episcopat. Pas le moindre mot de compassion depuis lors de la part d’Odon Razanakolona, pas la moindre excuse ou regret pour un forfait pourtant commis dans la cour de l’Episcopat ! Ce silence est affreux et sera lourd de conséquences pour l’avenir de l’Eglise et de la Nation à Madagascar.

Aucun témoin de bonne foi ne pourra nier l’existence de fractures politiques au sein du Ffkm. Les chefs pourront-ils retrouver leur autorité morale ? Les Eglises sont-elles condamnées à ne plus intervenir dans la vie politique malgache ? Retrouveront-elles le chemin de la paix et la réconciliation, si nécessaire pour remettre en marche notre vie nationale ? Ou bien la Ffkm est-elle sur le chemin de l’éclatement et de la dissolution ?

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R
Analyse petinente. IL est temps d'instituer la laïcité, garante de la liberté intellectuelle.<br /> Il est temps de se débarasser des "bondieuseries" abrutissantes dont nous sommes quotidiennement abreuvées.<br /> En voyant les Malgaches et leurs tartuferies , je dis , comme Jacques Brel:""Si j'étais DIeu, je me ferais châtrer"<br /> <br /> Voir aussi sur top mada l'article de M Pierre Ranjeva "réflexions sur les causs intellctuelles de notre stagnation."
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