Vu sur le blog d'Alain Rajaonarvony

Publié le par Ny Marina

Mardi 21 avril 2009

2 morts et 13 blessés par balles. Quelle différence ?

Il n’aura pas fallu longtemps pour que le risque de violence généralisée que je mentionnais dans mon article de dimanche devienne réalité. Ce lundi 20 avril à Antananarivo, les militaires du Capsat sous les ordres de la HAT (Haute Autorité de transition) ont réprimé dans le sang les manifestations «légalistes» pacifiques. Au moins 2 morts et 13 blessés par balles dont 5 dans un état critique. Une vieille amie, une de mes co-équipières en 2002 pour la défense de Marc Ravalomanana, m’a téléphoné pour me préciser qu’une des victimes était un enfant de 14 ans. C’était quelqu’un de sa famille. Elle ajoutera que les militaires ont tenté d’entrer dans l’hôpital (HJRA), sans doute pour tenter d’enlever les corps. «C’est la même tactique que Ratsiraka !» me dira-t-elle.

La veille, des militaires ont ôté les émetteurs de Radio et TV Mada, médias proches des «légalistes» à Faravohitra exactement comme d’autres militaires avaient démonté ceux de Radio Viva le 26 janvier. Cela avait déclenché le Black Monday. (voir l’article : «c’est la guerre : 2 morts lors de l’assaut de MBS»)  Cette fois-ci, les manifestants ont voulu déposer une requête demandant la restitution du matériel de Radio Mada au tribunal d’Anosy. Ils ont trouvé portes closes mais le comité d’accueil était bien là, et devant le Sénat situé à proximité. Jets de grenades lacrymogènes et tirs à balles réelles rappelaient le «bon vieux temps». Le bilan des affrontements est très lourd. Des grenades ont atterri dans l’enceinte d’une école proche.

Des contestataires s’en sont pris aux panneaux publicitaires. On sait que le Maire, devenu «président de la HAT» possède une entreprise spécialisée dans ce domaine. Des véhicules ont été incendiés, ainsi qu’un restaurant, le «Roots» et le bâtiment du Cercle Franco-Malgache. Les heurts ont duré jusqu’en fin d’après-midi.

Le même jour, le ministre de l’éducation de la HAT, Julien Razafimanazato, a voulu déloger le responsable du Foyer malgache Arago à Paris. Accompagnés par des huissiers, il est tombé sur des militants « légalistes » du GTT (Gasy Tia Tanindrazana, «Les Malgaches qui aiment leur terre natale»). Les autorités françaises sur place ont fait comprendre au responsable HAT que seul Ravalomanana est reconnu comme Président, et que par conséquent, sa doléance ne pouvait être considérée.

Quelle différence y a-t-il entre la «dictature» de Ravalomanana et la gouvernance d’Andry Rajoelina ? Antananarivo est en colère. Souvenez-vous de Mai 1972, quand les FRS (Forces républicaines de sécurité) ont tiré sur les étudiants. Ses membres ont été pourchassés ensuite dans toute la capitale. Le Capsat devrait de temps en temps se plonger dans les livres d’histoire… et de droit.

Alain Rajaonarivony

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