LES URGENCES RADZOUËLIENNES

Publié le par Ny Marina

La HAT se hâte. Elle aussi a ses priorités et celles de ses « ministres ». Il y a évidemment les priorités des « ministres » qui savent qu’ils ne seront pas en poste longtemps et qui veulent profiter des avantages qu’ils auraient s’ils étaient vraiment ministres. Un de ces avantages, c’est le tourisme ministériel : nombre de réunions demandent leur présence et celle de leurs clients, même s’ils n’y comprennent rien et si le pays n’en peut retirer aucun bénéfice. Les pratiques du temps de la IIe République n’ont pas encore été abandonnées. Il y a aussi les missions que chacun s’invente.

C’est bien l’une de ces dernières que vient de faire le « ministre » de l’éducation. Julien Razafimanazato, comme nous l’apprennent les médias, est à Paris. Plus précisément, il est allé boulevard Arago avec un huissier et, principe de précaution oblige dans cet endroit dangereux, avec quatre gardes du corps. Se sentant en danger comme les Csr, les Conseillers Suprêmes de la Révolution de la IIe République, peut-être était-il aussi, comme eux, porteur d’une arme de poing. Les Malgaches de Paris sont des personnages dangereux dont il faut se méfier. Toutes affaires cessantes à Madagascar, Julien, l’illustre Julien depuis sa décision gallienique sur la teny enti-mampianatra, est allé traiter une affaire qui concerne tout l’avenir de toute la nation. Il s’agissait de déloger le directeur du foyer malgache du boulevard Arago, lequel directeur est présenté comme un légaliste. Cette tache, ou cette tare, dans l’organisation transitionniste voulue par le « vahoaka malagasy » devait être lavée au plus vite et au plus tôt, sans quoi nous, vingt millions de Malgaches, allions tous buter contre un irrépréhensible obstacle ou tomber dans un ravin sans fond.

Le danger, que dis-je, le Mal malgache s’est effectivement manifesté. Les éléments incontrôlés du collectif GTT sont arrivés avec juriste en tête et forces de l’ordre. Un représentant de celles-ci a déclaré qu’en l’état actuel des choses, M. Ravalomanana reste et demeure le seul Chef d’Etat reconnu par la France. La requête de la HAT était par conséquent irrecevable. Décidément, la communauté internationale dont nous n’avons pas besoin, s’ingénie à nous mettre des bâtons dans les roues. Espérons toutefois que le « ministre » a pu se procurer la brosse à dents, le dentifrice et la cravate dont il rêvait.

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La vie de diplomates à Antananarivo est bien difficile aujourd’hui, même en achetant de l’essence détaxée. Jean-Marc Châtaignier joue à l’ambassadeur qu’il n’est pas encore. Quant à Niels Marquardt, il se trouve bien seul dans son ambassade désertée. Il a réexpédié tout son monde et ses enfants aux Etats-Unis. Il n’ose même plus fréquenter les repas en ville pour ne pas sembler afficher des préférences politiques pour l’un ou pour l’autre.

Les soucis de l’ambassadeur ne sont pas tout à fait nouveaux. Ils commencent vers août 2008, quand des hommes d’affaires américains étaient venus, avaient été mal reçus par Ravalomanana et étaient repartis sans attendre. Ils datent aussi, après l’élection américaine, des conséquences de la guerre des farines entre Tiko et Razafindravahy. Celui-ci, bénéficiaire du démembrement des entreprises d’Etat, avait passé des accords avec des fariniers américains, lesquels avaient, dans leur pays, contribué au financement de la campagne présidentielle d’Obama. On comprend la suite…

Les soucis actuels de l’ambassadeur sont, de plus, bien évidents. La position de principe américaine n’a pas changé et reste favorable aux régimes démocratiques élus. Et l’ambassadeur l’assume complètement dans une interview donné à La Vérité le mardi 21 avril. Pour une fois, un texte de ce journal ne tourne pas à l’affabulation transitionniste et au dénigrement systématique et mensonger. Pour l’ambassadeur, s'il n’a pas encore rencontré Manandafy, c’est, jusque maintenant, pour une question de sécurité : le Carlton était inaccessible et son expérience de la soldatesque à l’Episcopat ne devait pas l’incliner à prendre des risques.

Sur la situation actuelle, il pense qu’elle reste instable. Il est très inquiet, « puisque, dit-il, des gens sont toujours menacés, des officiers militaires qui ont travaillé étroitement avec les anciens dirigeants, des journalistes et même de simples gens », parce qu’il a vu qu’« une nouvelle descente vers la violence et la tuerie refait surface », parce que des criminels ont été libérés, que le Parlement a été suspendu – alors que « ce sont des élus du peuple »–, parce que « les assises nationales […] ont été organisées unilatéralement alors [que] cela aurait dû être fait de manière consensuelle ». Pour lui, l’ordonnance signée par Ravalomanana est une démission : « Marc Ravalomanana a démissionné et c’était à nous qu’il a remis sa démission. Il aurait dû passer le pouvoir au Président du Sénat, selon la Constitution malgache… La Constitution est une valeur non négociable ». Quant à la Transition, l’ambassadeur est on ne peut plus clair : « On avait jusqu’au 17 mars dernier un Président élu démocratiquement et ce qu’on a aujourd’hui, c’est autre chose. Pour mon pays, il s’agit d’un coup d’Etat, on ne va pas le reconnaître et on ne va jamais travailler avec ce gouvernement. On réagit en fonction de nos principes ». Il définit les moyens du coup d’Etat fait par « des intimidations et des menaces directes et indirectes », tant à Antanimena à l’Episcopat qu’à la Hcc.

Les journalistes de La Vérité – ou, comme on sent des sensibilités politiques différentes entre Maka Alphonse et Jean-Claude Rahaga, peut-être l’un des deux seulement ? – voudraient lui faire admettre que la communauté internationale et le régime transitoire ont déjà entamé un début de coopération, depuis la rencontre avec Roindefo il y a quelques semaines. Niels Marquardt, qui n’était pas à cette rencontre, dit que la communauté internationale était venue écouter et qu’elle continue d’écouter « jusqu’aux élections présidentielles que nous exigeons se tenir avant la fin de cette année ». Un tel calendrier n’est pas celui prévu par les transitionnistes et répondrait à ce que j’écrivais dans une chronique antérieure. Marquardt est très clair à cet égard : « Madagascar a intérêt à organiser une élection présidentielle avant la fin de cette année, car s’il n’y a pas une décision d’ici là, on craint que l’éligibilité de Madagascar au sein de l’Agoa risque d’être compromise ».

Quant à la future conférence nationale, Marquardt dit qu’elle « devrait être organisée par un organisme neutre, la société civile ou les "Raiamandreny" par exemple, mais non pas par le gouvernement de la transition ». Et il ajoute : « La neutralité des églises a été déjà compromise après l’incident de l’Episcopat », ce qui est en accord avec l’opinion de beaucoup d’observateurs et de participants à la vie malgache depuis quelques temps.

Pour bien comprendre ce que pensent les Américains de l’« homme fort » de Madagascar, selon la qualification que lui donne Rfi, il faut entendre ce que dit une bouche états-unienne autorisée. Celle-ci, avec une sorte de proverbe américain, donne une définition claire de Rajoelina. Le « président » est comme un jeune chien qui a couru après une voiture, qui a sauté dedans et qui est arrivé à s’installer au volant. Mais une fois face au volant, il ne sait plus que faire.

Nous sommes loin de la normalisation de nos rapports avec cette grande puissance si généreuse les années précédentes. Mais qu’avons-nous à en faire ? Madagasikara tsy mandohalika peut devenir Ny vahoaka malagasy tsy mandohalika. C’était bien la position souverainiste de Ranavalona ire au 19e siècle, qui avait refusé les « aides » anglaises et voulait seulement faire respecter sa souveraineté. Ce protectionnisme n’est-il pas une urgence « Hâtive » du vahoaka malagasy ? Il est vrai que c’était un autre siècle et que l’on n’était pas encore entré dans la mondialisation actuelle.

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