L’ARRESTATION DU CARLTON
Le 2 mai 2009
Annoncés, les lendemains qui déchantent ont déjà plus que commencé. La démocratie que revendiquait la Place du 13 Mai, a très vite perdu de son lustre. Je me souviens d’une phrase entendue après les premiers pillages et incendies : « Tafahoatra be mihintsy ilay demokrasian-dRajoelina ». Ce que l’on peut avec justesse traduire ainsi : « Cette démocratie à la mode Rajoelina dépasse vraiment de beaucoup les bornes admissibles ». Et la personne qui l’a prononcée n’est ni une intellectuelle ni une universitaire : elle travaille depuis qu’elle a raté son Bepc et ne pouvait pas prendre part aux manifestations d’Analakely. C’est l’opinion des personnes que Rajoelina et les siens – sy ny forongony, ai-je aussi entendu dans ce milieu – rangeaient dans le « vahoaka ». Aujourd’hui, en dehors des ministres « Hâtifs », seul Organes Rakotovao, porte-parole de TgvEurope et gourou sectaire du transitionnisme, peut encore vanter les bienfaits du régime actuel. Ce qui a été instauré, c’est le règne du mensonge politique schizophrénique, de l’argent vite gagné par la terreur et le règne du crime organisé contre tous les droits de la personne humaine.
Non seulement tous les observateurs mais aussi tous les téléspectateurs et surfeurs sur internet ont pu voir les conditions dans lesquelles Manandafy Rakotonirina, Premier Ministre légaliste au niveau malgache et vice-président de l’Internationale Libérale au niveau mondial, a été arrêté avec une dizaine d’autres personnes. Par les vidéos et les photos, le monde entier a pu voir le traitement des personnes arrêtées par les capsat : dénudés, frappés, traînés par terre dans les couloirs. Voilà l’image de Madagascar que la « démocratie » radzouëlienne donne au monde entier. Ravalomanana avait restauré l’image et la réalité de la souveraineté malgache. La HAT et ses tontons macoutes nous ont rabaissé plus bas que le Haïti des Duvalier.
En dehors des images que transmettent les télévisions du monde entier, il ne faut pas oublier le vécu des clients du Carlton qui ont ainsi fait connaissance avec le bras armé de Rajoelina. Ces clients vont faire circuler la nouvelle dans le monde entier des affaires et dans le monde entier tout court. Un passager du vol Air-France qui rentrait à Paris, en a fait un récit que je ne résiste pas à vous offrir.
« L’équipage Air France était fort choqué. Ils logeaient au Carlton, mais répartis sur différents étages. Ils ne s’attendaient à rien quand ils ont vu arriver ces cagoulés, mitraillette au poing, qui ont ouvert toutes les chambres sans sommation pour trouver ceux qu’ils cherchaient. Ils les ont vu traîner par terre, à demi habillés, ceux qu’ils sortaient des chambres à force coups de poings et de pieds. Eux ont montré leur badge Air France et rien ne leur a été fait, sauf la peur. Le Chef de Cabine logeait dans la chambre voisine de Manandafy. Il a été, je crois, le plus traumatisé. Dans l’avion, le personnel a assuré son service, certains très pâles, mais, chose étonnante, après un petit déjeuner – car c’était un vol de jour –, ils ont fait fermer tous les hublots et... fait dormir tout le monde jusqu’à 13 heures ! Ensuite, nous espérions le déjeuner, mais l’Equipage a repris ses esprits sans doute un petit moment. Après le déjeuner ils sont longuement venus parler avec nous et se demandent quelle va être la suite quand, le 7 mai, Air Mad va reprendre son horaire... Air France pourra-t-il continuer ?
« Je ne crois vraiment pas, poursuit-il, que les gens d’Air France vont se taire... surtout que l’une des hôtesses est responsable d’une Association qui s’occupe de scolariser les enfants des 67 ha. Elle veut de toutes façons revenir à Madagascar. Mais elle a découvert les "doux" et pacifiques Malgaches sous un jour nouveau comme des brutes et des sanguinaires ».
Ce triste événement a ému le personnel de toutes les compagnies aériennes. Un passager qui revenait d’Antananarivo et rejoignait son domicile par un vol intérieur, nous a fait cet autre récit : « Après avoir quitté Paris, la Chef de cabine dans l’avion ayant entendu que je parlais de Madagascar avec mon voisin qui a une soeur missionnaire à Madagascar, est vite venue s’asseoir à côté de moi pour me demander des nouvelles de l’Equipage, car elle en connaissait plusieurs et avait entendu des bruits inquiétants... Elle non plus ne se taira pas ! »
On voit tout de suite au niveau international les conséquences de l’arrestation du Carlton. L’on peut déjà envisager que le slogan publicitaire que le colonel Noël Rakotonandrasana, « ministre » des Forces armées, va proposer à Rolland Ranjatoelina, ancien DG d’Air-Mad et « ministre » des Transports, et à Irène Andreas, « ministre » du Tourisme. Ce pourrait être : « Madagascar – sa soldatesque cinq étoiles », ou aussi bien : « Madagascar – ses cagoulés et kalachnikovs cinq étoiles », ou encore : « Madagascar – venez apprécier sa junte cinq étoiles dernière née au monde ».
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L’arrestation de Manandafy a jeté le plus grand trouble dans la ville. Dès son arrestation et sachant ce dont sont capables les capsat, on a imaginé le pire. Déjà l’on savait que Lala Rasendrahasina avait été si maltraité et sodomisé qu’il en avait fait une Avc et que c’est pour essayer de soigner sa santé qu’il se trouve aujourd’hui aux Etats-Unis. Dès le 30 avril, la rumeur avait couru en ville que Manandafy était mort. Les capsates – il faut franciser le terme – ont jugé indispensable de le présenter aux journalistes qui ont pu constater – ce n’était pas un sosie – que le Premier Ministre était vivant, mais constater aussi qu’il avait été violemment battu avec de nombreuses ecchymoses au visage. Sur internet, on voit que Manandafy reste bien vivant avec un beau sourire et un regard volontaire. Il résiste bien malgré les coups. Aux journalistes, il a dit qu’il avait demandé à subir rapidement un scanner pour que son décès ne soit pas simplement attribué à son âge. Si décès il y avait, le scanner aurait fourni la preuve qu’il aurait été la conséquence des coups qu’il avait reçu sur la tête.
Arrêté « sans mandat d’arrêt et mandat d’amener », il est inculpé d’atteinte à la sécurité publique et autres balivernes. En droit, une telle inculpation prévoit quinze jours d’enquête avant déferrement au parquet. Il a tout de suite été présenté au parquet qui a décidé – privilège pour un Premier Ministre ? – placé en résidence surveillée à Mantasoa.
Comme dans tout pays totalitaire ne « bénéficiant » que d’une désinformation d’Etat, la rumeur a aussitôt couru en ville que le transfert à Mantasoa allait permettre sur la route un pseudo-attentat pour se débarrasser définitivement de ce prisonnier encombrant. La rumeur fut si forte que le transfert s’est bien passé. Comme celui de Ihanta Randriamandranto, assignée à résidence à Ambatolampy. Quant aux officiers supérieurs, les deux colonels Théophile Ralaimanandraibe et Jacques Harijaona, ils sont internés à la maison de force de Tsiafahy et les simples gardes du corps à Ambanin’atsinanana, comme on disait en 1947 pour désigner la prison d’Antanimora.
Il n’en reste pas moins que, dans la ville, l’on craint pour la survie des prisonniers ainsi éparpillés. Quant au sort de Manandafy, il inspire toujours les craintes les plus extrêmes. Et dans sa chronique de ce jour dans L’Express de Madagascar, Vanf n’hésite pas à écrire : « Aiza ianareo no tsy mba andrenesam-peo manameloka izao hetraketraka izao, ry jeneraly Ramakavelo, ry arseveka Razanakolona ? Aiza ianareo no sanatria hiray tsikombakomba amin’ny nanaovan’ny sasany an’i Manandafy, ry Norbert Ratsirahonana, ry Richard Andriamanjato ? » On peut comprendre cette interpellation ainsi : « Où êtes-vous, vous général Ramakavelo et vous archevêque Razanakolona, que l’on ne vous entende pas condamner ces agissements ? Où êtes-vous, vous Norbert Ratsirahonana et vous Richard Andriamanjato, si ce n’est peut-être que vous soyez complices de ce que certains ont fait subir à Manandafy ? »
Ce qu’avaient compris les observateurs du rôle d’Odon Razanakolona dans le déroulement du coup d’Etat et dans l’éclatement de l’œcuménisme chrétien, beaucoup de catholiques le comprennent aujourd’hui. Une nouvelle qui a son importance, Mgr Félix Ramananarivo, évêque d’Antsirabe, a eu le courage de parler sur les ondes de la radio MADA d’Antsirabe pour contester vivement l’attitude de l’archevêque d’Antananarivo et reconnaître les graves dissensions qui en découlent au sein de la conférence des évêques. Il a par ailleurs encouragé la population à demeurer dans la légalité du mandat présidentiel en cours de Marc Ravalomanana, dénonçant fermement le coup d’Etat TGV-Militaires. Certains de nos évêques vont-ils renoncer à leurs soutanes pour leurs vêtements civils et entrer, eux aussi, dans la clandestinité ?
Comment peut-on encore vivre à Antananarivo avec la menace constante de la soldatesque ? Nous essaierons d’en parler dans notre prochaine chronique, si écrire sur internet n’est pas, entre temps, devenu un crime et une atteinte à la sécurité publique.
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