LES DROITS DE L’HOMME

Publié le par Ny Marina

Le 13 mai 2009

 

Rfi nous a appris dimanche matin qu’il y a trois secteurs d’activité qui travaillent beaucoup en ce moment et qui sont bénéficiaires : la téléphonie, la presse imprimée et les fournisseurs d’accès à internet. L’explication en est simple. Nous avons tous besoin d’informations et nous essayons tous de comprendre ce qui se passe et, dans une certaine mesure, de tenter de prévoir l’avenir que l’on nous prépare. La presse fait donc de bonnes affaires. C’est le cas des journaux anciens, c’est aussi celui des créations récentes comme La Vérité, qui n’a pas encore un an d’âge et qui s’est signalée depuis sa parution par ses attaques contre Ravalomanana.

La Vérité a été créée quand se mettait en place le complot qui allait aboutir à la crise de janvier. Rajoelina n’ayant pas d’organe de presse imprimé et n’ayant pas réussi à s’acheter l’un des journaux qui était à vendre, cette feuille a donc été mise en place par d’autres partenaires du Dj ayant, quant à eux, des moyens beaucoup plus importants. La Vérité est imprimée et largement diffusée à Antananarivo et son édition sur la toile peut être lue en français et en quatorze autres langues, dont le suédois, le norvégien et le japonais. Il ne manque plus que le chinois.

Jusqu’ici, La Vérité était surtout intéressante pour voir comment on manipule l’information et comment on met en œuvre une excellente désinformation. Elle disposait et dispose toujours de journalistes spécialement dédiés à cette action. Mais, sans que cette orientation n’ait disparu, il faut bien constater que, les membres de la HAT n’ayant pas cette cohérence que certains avaient cru y voir et chacun essayant maintenant de faire prévaloir des intérêts divergents, cette feuille est entrée dans les combats internes au nouveau pouvoir. Des articles récents nous permettent de poser des questions.

La Vérité soutiendrait-elle Pierrot Rajaonarivelo, en attribuant à Organès Rakotoarimihantarizaka, « ministre » de la sécurité publique « l’intention d’accuser quelqu’un sans pour autant détenir toutes les informations », lorsque le « ministre » s’interroge sur les hommes armés qui accompagnaient l’ancien auto-exilé au meeting de Tamatave et lorsqu’il rappelle que les civils n’ont pas le droit de porter des armes de guerre ? Il ne se serait pas renseigné auprès de la gendarmerie. Peut-être n’est-ce qu’un coup d’épingle dans son uniforme.

Mais où La Vérité est plus incisive, c’est quand, sans le nommer – mais tous les lecteurs pourront l’identifier –, donc c’est quand il accuse Pierrot Rajaonarivelo de « provocations inamicales ». La guerre n’est pas encore déclarée, mais plus que de l’animosité, c’est une véritable hostilité. Rajaonarivelo, selon le journal, « se pose en véritable opposant de l’actuelle transition ». Si son auditoire n’a pas compris ses « propos rassembleurs », il n’en est pas de même de l’« ironie » et du « mépris » à l’égard de la lutte populaire qui a fait chuter le précédent régime. Rajaonarivelo a présenté cette lutte comme un fait merina et tananarivien, alors que, selon le journaliste, c’est le résultat d’une mobilisation de toutes les régions. La Vérité pense sans doute que tout le pays antemoro a vibré à la lecture du journal d’un neveu de feu Francisque Ravony. Encore faudrait-il qu’il y soit largement diffusé, ce dont on peut douter.

Le journaliste – qui signe V.R. et n’est pas le plus virulent parmi les journalistes dédiés – écrit que « ce personnage, pendant ses sept années d’exil » a été « complètement coupé des réalités » et a « raté beaucoup de changements dans le comportement des Malgaches ». Le clivage apparaît entre les exilés et ceux des politiciens qui vivaient en terre malgache. C’est ce clivage qui permet de comprendre que Rajoelina et les siens n’ait toujours pas pris une mesure pour autoriser les auto-exilés à revenir au pays. Rappelons que, quoique toujours libre, Rajaonarivelo reste sous le coup d’une condamnation qui devrait le conduire en prison.

V.R. lui rappelle « les manœuvres souterraines qu’il a menées ayant conduit d’ailleurs à la scission au sein du parti présidentiel de l’époque ». Nous nous souvenons en effet du conflit entre Didier Ratsiraka et Pierrot Rajaonarivelo pour le choix du candidat à la présidentielle de 2001. Faut-il en conclure que La Vérité est plutôt ratsirakiste ?

Enfin, le journal lui reproche des sentiments tribalistes qui « sont loin de l’honorer ». Rajaonarivelo voudrait, par ce « premier acte d’opposition envers le régime de transition », revêtir « l’habit d’un martyr » ! Et le journal glose sur la qualité de martyr de Rajaonarivelo. Sur l’élection présidentielle, V.R. termine par « un conseil, voire un avertissement à tous les politiciens dénués de scrupules qui avancent des arguments d’un autre temps et qui veulent perpétrer la division pour régner ». Derrière ce propos général, on doit deviner le portrait plus qu’inamical de Pierrot Rajaonarivelo. Ça a dû chauffer dur à la rédaction du journal et cela nous donne à penser qu’il y a du rififi dans l’air.

*

La Vérité s’engage aussi dans la défense des droits de l’homme à la mode capsate. Il le fait avec des propos tenus hier à Ambohitsorohitra par le commandant René Lylison que l’on a vu le 17 mars très agité, armant son fusil et prêt à tirer dans la cour de l’épiscopat.

Sous la plume de RHL, autre journaliste dédié aux mauvaises œuvres de la pôlitìka, le commandant Lylison, officier de gendarmerie, est présenté comme « connu et reconnu par son ton posé et par l’efficacité de tout ce qu’il entreprend ». Il serait « sorti de sa réserve pour donner ses répliques aux diverses critiques inhérentes aux circonstances ayant entouré les arrestations opérées récemment par la commission nationale mixte d’enquête ».

En fait, dit Lylison, nous n’avons pas fait pire que Ravalomanana. La position du commandant est claire. Depuis la pseudo-décision de la Hcc et cet horrible torchon de papier avec des signatures, tout ce qu’a décidé la HAT est légal et la Cnme est une nouvelle structure étatique légale. Elle a « comme patron le procureur de la République près le tribunal de première instance d’Antananarivo qui a toujours délivré un mandat d’arrêt et un autre de perquisition pour chaque personne à appréhender… les textes en vigueur ont été scrupuleusement observés par la Cnme et sa cellule d’arrestation dans toutes les opérations qu’elles ont menées ». A voir la vidéo de l’arrestation de RAZILY, on se demande vraiment si le procureur de la République était dans les rangs des capsates pour délivrer un mandat d’arrestation illico presto.

« Le fait d’avoir enlevé la chemise aux gardes de corps de Manandafy Rakotonirina, une opération nécessaire dans le cadre de la procédure d’arrestation, n’a rien de répréhensible ». On a souvent vu des photos de malfrats et de bandits de grand chemin qui avaient été arrêtés. Les policiers jamais ne leur avaient enlevé les chemises.

Le commandant, pour se défendre, a repris un certain nombre de mensonges par lesquels le mouvement tgviste a voulu se justifier et nombre de griefs de petits militaires. Machiste, il veut réparer l’honneur bafoué de l’armée à qui avait été imposée une femme ministre ! Politique ( ?), il s’en prend aux « soi-disant défenseurs des droits de l’Homme et autres ambassadeurs n’oeuvrant que pour la défense des pro-Ravalomanana ».

L’officier est donc cohérent avec le discours de la HAT et de son « premier ministre ». L’observateur se demande quand, sur mandat d’arrestation délivré par le Procureur de la République, la Cnme va enfin se décider à procéder à une arrestation virile de Niels Marquardt, de Boidin et des autres « représentants de chancelleries étrangères » et à les passer à tabac avant de les transférer au parquet. L’observateur se demande aussi quelle est la responsabilité – dans ces atteintes à la dignité humaine des personnes arrêtées et dans leurs tabassages par ces bérets de couleur – de leur « patron, le procureur de la République près le tribunal de première instance d’Antananarivo qui a toujours délivré un mandat d’arrêt et un autre de perquisition pour chaque personne à appréhender ». Il faudra bien qu’un jour, la justice se penche sérieusement sur les responsabilités des uns et des autres aux différents niveaux hiérarchiques de cette administration au service de la HAT. De l’ancien régime légal, seule a été conservée l’immunité d’un magistrat : un Procureur, même au service de la HAT, n’allait pas envoyer à Antanimora un magistrat, même garde des sceaux et ministre de la justice de Manandafy Rakotonirina.

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