Razily libéré ! ou prenons conscience de notre force*
16 mai 2009
C’est avec une réelle émotion que nous vous confirmons enfin ce que le blog Fijery avait été un des premiers à vous annoncer hier 15 mai 2009. De 14 :55 a 15 :09 (heure malgache), LAST INFO ABOUT RAZILY y postait successivement trois commentaires pour annoncer la bonne nouvelle, tellement inattendue que nous avons tout d’abord cru à une intox. Toutefois, à 15 :56, après avoir recoupé l’information, nous postions nous-mêmes un commentaire pour le confirmer.
Quelle belle victoire pour la « blogy gasy-phere » ! Devant la démission des médias traditionnels sur le sujet, ce sont les blogueurs qui ont mis la pression. Alors qu’on n’a jamais vu un article de la presse écrite malgache poser la question, les internautes malgaches se sont mobilisés aux quatre coins du monde. Des gens qui ne se connaissaient pas, qui ne se parlaient pas, qui ne connaissaient pas Razily, en ont fait le symbole de leur lutte pour la démocratie et les droits de l’homme.
Un mois et demi après son arrestation à Analakely par le CAPSAT, Razily a donc refait surface. Sans doute le focus placé internationalement sur ce cas commençait à être une belle épine pour les pieds de la HAT, qui n’a eu d’autre solution que de demander aux bidasses de le libérer. Et les blogueurs n’ont pas ménagé leurs efforts pour placer ce sujet sur l’agenda des organisations internationales. Des mails avec photos et vidéos ont été envoyés à New York, à Genève, à Paris, à Washington et à Antananarivo, pour que la communauté internationale sache à quoi s’en tenir sur les pratiques de la HAT en matière de droits de l’homme et de démocratie.
Rappelons que suite à la mobilisation de la société civile et des blogueurs, le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a envoyé discrètement un émissaire discuter avec le pouvoir de transition. Ce diplomate a rencontré à plusieurs reprises le Colonel Rakotonandrasana, le chef des mutins devenu Ministre de la défense. Le résultat est là, inattendu, incroyable mais merveilleux : Razily est libre. Dieu existe, même s’il se cache (trop) souvent. Et dans un pays qui manque de héros, Razily a soudainement occupé la place vide. Car contrairement à ce que l’on croit, le héros n’est pas celui qui profite de l’avantage matériel donné par sa kalachnikov, mais c’est celui qui a eu la suprématie mentale pour dominer la bidasserie en treillis.
Avec humilité, avec modestie, mais avec conviction, le blog Fijery et Madagascar-Tribune ont le sentiment d’avoir joué un rôle, aussi minime soit-il, dans la prise de conscience nationale et internationale sur Razily. Mais Razily a aussi apporté beaucoup à la notoriété du blog Fijery, qui a accordé la plume à deux reprises à l’auteur GoRazily, qui nous a permis de lire deux des plus émouvant articles du blog : le fameux « Razily Prezida », devenu une référence sur WordPress avec ses 2.517 lectures en trois jours, et « Une journée ordinaire d’un homme extraordinaire ». Ce dernier papier, a été publié par coïncidence hier, jour où Razily a refait apparition à Ambohijatovo. C’est d’ailleurs dans les commentaires de cet article (lu par 1.634 personnes en deux jours ) que la libération de Razily a été annoncée hier. De nombreux articles de Tribune.com ont parlé de lui comme d’un des points à éclaircir impérativement au sujet de cette crise.
Mais cette victoire est également la victoire de tous ceux qui ont créé des blogs dédiés à Razily, des créateurs de la pétition Where is Razily et des 435 signataires de cette pétition. C’est la victoire de TopMada, qui a placé chaque jour la vidéo de son arrestation sur sa frontpage. C’est la victoire de Jillian York, journaliste au Huffington Post, qui depuis les (Etats-Unis), a posé la question dans un de ses articles : « Where in the world is Razily ». C’est la victoire de ce monsieur qui portait sur son dos l’affiche en l’honneur de Razily pendant la manifestation du GTT à Paris. C’est la victoire des ces milliers d’anonymes qui se sont intéressés à la cause, et qui se sont pacifiquement opposés à cet acte d’ignominie perpétré par les auteurs du coup d’Etat : arrêter Razily pour avoir porté un drapeau malgache sur la voie publique.
« Ny hery tsy mahaleo ny fanahy » : aujourd’hui, enfin, ce proverbe prend tout son sens. Nous avions nous-mêmes écrit il y a quelques semaine « Manoratra foana fa eh eh eh », vu l’impuissance d’un édito à changer les choses. Aujourd’hui, j’ai trouvé la réponse. Comme me disaient mes amis Lalatiana, Citoyenne Malgache, Vitagasy, Lova et tous les autres, la force des écrits n’est jamais négligeable.
Mais pour un Razily libéré, combien de Razily continuent à croupir dans les geôles pour avoir juste exprimé des opinions contraires à celle de ceux qui se prétendent les nouveaux maîtres de Madagascar. Hélas non, le combat pour la démocratie et les droits de l’homme n’est pas fini. Et ce ne sont pas ceux qui ont fait un coup d’Etat sous prétexte de les défendre qui sont les plus crédibles pour le faire. Oui, la lutte continue.
* pour ceux qui sont sceptiques ou qui attendent constamment que d'autres agissent, saisissons cette opportunité pour réaliser que nous avons entre les mains un outil qui n'est pas sans pouvoir. Mais en même temps, ne nous leurrons pas sur le sens réel de cette libération : ne nous laissons pas endormir par un acte calculé qui n'a rien d'altruiste.