DANS L’ATTENTE

Publié le par Ny Marina

Le 9 août 2009

 

DANS L’ATTENTE

 

Finalement, les quatre grands chefs de mouvance se rencontrent donc à Mapouto. Nos amis africains ont réussi à organiser une rencontre qui aurait été impossible à Madagascar, quel que fût le lieu choisi. Ça ne satisfait pas tout le monde, notamment ceux qui auraient préféré une solution malgacho-malgache favorable à la seule Hat et qui, à l’initiative de celle-ci, avaient concocté au Panorama un énième projet de charte de la Transition. Amitiés et relations familiales ont réussi à embobiner la médiatrice de la République dans une action qui n’était pas de son ressort. Ayant à traiter des problèmes des citoyens qui ont à se plaindre de l’inaction ou des injustices des fonctionnaires, quels vahoaka l’ont donc contacté et sur quelles plaintes ? Pauvre Monique…

Finalement, les quatre grands chefs de mouvance se sont rencontrés à Mapouto. Nos amis africains ont réussi là un coup de maître, quand on connaît un tant soit peu la considération que leur portent beaucoup de nos concitoyens. Sonegaly nahazo baiko, sy ny sisa. Et ce n’est pas une attitude ancienne datant de l’époque coloniale et devenue obsolète. Quiconque a un peu de mémoire se souvient de ce dessin qu’avait publié il y a quelque dix ans le journal du mari de Madeleine. Pour des élections, des juristes étrangers venaient épauler les juristes malgaches pour vérifier la transparence et l’honnêteté des élections. Aussi voyait-on sur ce dessin, et l’un derrière l’autre, feu Marius Rajaonah en costard et avec son attaché quaise, suivi de la petite Madeleine en tailleur Chanel avec son attaché quaise, et enfin un très grand africain, portant lui aussi son attaché quaise, mais avec deux tibias croisés dans son chignon et une jupette de bananes pour seul vêtement. L’humoriste, comme beaucoup d’autres, avaient sans doute espéré que les contrôleurs d’élection seraient de grands blonds aux yeux bleus. Ces gens-là ne pouvaient admettre de recevoir des leçons de démocratie de tels juristes pourtant reconnus par la Communauté internationale. Déjà elle ! L’humoriste ne m’a pas fait rire, mais il donnait aux préjugés malgaches un chef d’œuvre, digne de figurer dans une anthologie du racisme tropical.

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Finalement, les quatre grands chefs de mouvance se rencontrent donc à Mapouto. L’on sait déjà que Zafy Albert a obtenu gain de cause avec cette rencontre de réconciliation qu’il réclame depuis 2002. l’on sait que la mouvance Ratsiraka, qui a encouragé et soutenu Rajoelina dès avant le début des événements, a elle aussi obtenu gain de cause. Son chef et ses fans locaux ne seront pas amnistiés mais en quelque sorte « annulés ». Il reste le cas Ravalomanana, le plus difficile et qui risque de tout gâcher, quoique la discussion soit celle de la qualité de son « retour » : comme Président élu ou comme simple citoyen ?

La réunion de Mapouto semble bien avoir déjà eu des conséquences intéressantes à Madagascar même. Les quatre chefs légalistes, Raharinaivo Andrianantoandro, Henri Bernard Razakariasy, Henri Rabesahala et Mejamirado Razafimihary – dont tous ceux qui les connaissent mettraient bien leur main au feu pour affirmer qu’ils ne peuvent être les « commanditaires » du mouvement de contestation terroriste –, ont donc été en garde à vue pendant quinze jours. Ils ne sont pas inculpés, mais ne sont pas non plus libérés. Ils ont été assignés en résidence surveillée. D’autres personnes, inquiétées dans la même affaire et sans plus de preuve, sont considérées comme de futurs témoins dans l’affaire.

Aujourd’hui, il semble assuré que, sans la rencontre de Mapouto, ils auraient été inculpés et envoyés en prison, dans la prison que la justicière leur prépare. Les juges, très attentifs à l’évolution de la situation sur le terrain, ont donc pris une mesure moyenne : ni inculpation ni libération. Le plus important pour les transitionistes était de décapiter le mouvement légaliste et de lui enlever ses têtes pensantes. Le but est donc atteint. Peut-être aussi, comme on le dit en ville, qu’il s’agissait pour certains transitionistes de prendre le contrôle de Kroma, cette société minière que dirige Mejamirado. Peut-être aussi, dans la perspective d’une Transition où certains Tim auraient pu obtenir des postes de responsabilités, d’éliminer un candidat au ministère des finances, dont les qualités de technicien sont reconnues par tout le milieu de l’économie.

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En matière d’économie s’est tenu à Andranomena un salon de la logistique dont l’organisateur a signalé qu’il existe tout un domaine qui est peu exploité, celui des eaux marines dont, en ce domaine, la surface place Madagascar au premier rang des pays émergents. C’est la fameuse Z.E.E. Pour l’inauguration, Ranjatoelina, le ministre des transports, a tracé un magnifique programme de tous les besoins de la Grande Île en matière de transports et d’installations nécessaires. Le « premier ministre » a lui aussi fait un discours. Il l’avait devant lui et l’on a vu qu’il sait lire. C’est au moins rassurant, car il a déjà montré publiquement qu’il ne sait pas parler.

C’était il y a peu lors d’une intervioue qu’a publiée L’Express de Madagascar du 4 août où il a affirmé : «Je suis le Premier ministre de consensus». C’est ce qui fait son Bonheur, comme à son jeune compère d’être appelé « Monsieur le Président ». Vous êtes priés de mettre une belle et grande majuscule à Président. Pour un article pour lequel il suffit souvent de trois ou quatre questions, les journalistes en ont posé seize. Et l’on avait l’impression d’un individu moyen interrogé par un policier : les réponses étaient on ne peut plus laconiques, alors même que l’on sait que ce n’est pas à Sparte qu’il a reçu son éducation. Ou il ne voulait rien dire, et l’on ne comprend pas qu’il ait accepté de recevoir les journalistes. Ou, et c’est ce que l’on peut craindre, il ne sait pas saisir une question de journaliste, la détourner et faire passer sa pensée, ses convictions, ses projets et moult autres choses. Traditionnellement, on dit : « Zanak’andriana tsy ampianarin-kabary », aux enfants de prince, l’on n’a pas à leur enseigner de parler en public. Les journalistes n’en ont pas tiré la conclusion…

Un salon est l’occasion de discuter des grands problèmes qui se posent à un ou des secteurs. Quand la manifestation est bien organisée, c’est ce que font normalement les conférences et débats avec les grands spécialistes d’un domaine professionnel. Ce fut la cas avec Josoa, le patron de Polytechnique, qui exposa les formations que propose son établissement pour les métiers de l’avenir. Il faut que les jeunes se renseignent : quel métier choisir pour bien gagner sa vie et ne pas risquer le chômage ?

A ce salon de la logistique, il y avait un grande question, celles des douanes – premières de nos ressources fiscales –, et un grand spécialiste, Vola Razafindramiandra, directeur général des douanes. On se souvient que Vola Razafindramiandra a été Hâtivement licencié, puis Hâtivement renommé dans ses fonctions antérieures. C’est un Monsieur de qui il est plus difficile d’obtenir un rendez-vous qu’avec un vrai ministre et même qu’un « ministre ». Importateurs, exportateurs, transporteurs, transitaires et autres se sont donc précipités pour l’écouter et lui poser des questions. Environ deux cent cinquante personnes étaient à l’heure au rendez-vous. Le directeur général des douanes a fait recette. Ce qui n’est pas le cas des douanes elles-mêmes. Aux journalistes qui le lui demandaient, il a indiqué que « sur les 1.184 milliards d’ariary prévus dans la loi de Finances initiale, nous estimons que seulement 902 millions seront atteints pour cette année ». Heureusement que quelques aides étatiques quasi clandestines, non pas à la Hat mais à Madagascar, viendront soulager les problèmes du pays.

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Il faut dire un mot d’une déclaration faite alors que les délégations arrivaient à Mapouto. Une véritable bombe posée sur la scène politique. C’est celle des chefs des capsates qui se sont attribués tous les hauts postes des forces armées et de la police. Trois colonels, deux généraux et un directeur général de la police nationale – cela fait une belle brochette de galonnés –, ont donc déclaré que « Les Forces armées rejettent catégoriquement l’éventualité d’un retour de l’ancien président de la République au pouvoir. Cela entraînera inévitablement des graves troubles dans le pays ». Ajoutant de plus, que « toute décision n’allant pas dans le sens de l’intérêt supérieur de la Nation , mais que les participants seront obligés de signer, ne peut en aucun cas être acceptée et appliquée à Madagascar ».

Alors que cette hydre à cinquante têtes qu’est la Hat est partie négocier de l’autre côté du Canal de Mozambique avec son ange gardien de commandant Andrianasoavina, la véritable mouvance au pouvoir apparaît bien à Antananarivo. C’est celle des mutins auto-promus dont le pouvoir lui aussi s’organise pour durer. Comme La Vérité-sic nous l’appris le 17 juillet, il s’est déjà donné pour mission d’assurer la sécurité contre les dahalo dans les « zones rouges » de l’Ouest : taxés d’avoir la « gâchette facile, ces éléments des forces de l’ordre […] n’éprouvent aucun sentiment en tirant sur ces malfaiteurs ».

La pratique n’est pas une totale nouveauté. Il y a quelque vingt ans sous Ratsiraka, l’armée avait mené une opération identique au sud d’Ambositra. Elle avait porté le nom de code de Tsy manday mody, on revient les mains vides, et dont le programme se résumait en trois mots : dénonciation, arrestation, exécution. C’est ce qu’on pourrait appeler des exécutions préventives. Sans doute est-ce là aujourd’hui l’application de cette charte des droits de l’homme que Lylison est prêt à expliquer à Amnesty International.

Revenons à la situation à Antananarivo. Dans le cas d’un retour de Ravalomanana, nos grands mutins nous promettent des troubles. Quels en seraient alors les commanditaires ? La déclaration qu’ils ont cosignée n’en dit rien et laisse planer le doute. Mais il est à craindre que les kalachs ne se remettent à faire du bruit.

Autre signe que ce pouvoir s’organise, c’est celui des « cotisations ». On le sait, pour vivre et agir, tout pouvoir à quelque niveau qu’il soit, a besoin de recettes fiscales. Depuis 1789, on sait que ce ne sont plus des impôts mais des contributions. L’Etat central, les collectivités, les mairies, tous perçoivent des contributions. Ce nouveau démembrement de l’Etat ne peut échapper à la règle. Ce sont ces fameuses cotisations qui sont abondamment et explicitement sollicitées chez les uns et les autres. Vont-elles faire l’objet d’un texte législatif que votera notre future assemblée ou celui d’une ordonnance publiée par nos forces armées ? La question inquiète maintenant les milieux économiques et les représentants de la communauté internationale.

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Finalement, les quatre grands chefs de mouvance se sont rencontrés à Mapouto et ont trouvé une solution consensuelle satisfaisant les conditions posées par les capsates. Nous venons de l’apprendre. Mais rien n’est encore dit de suffisamment précis. Mieux vaut continuer à attendre. Ouaite enne dscie.

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