Championnat d’Afrique, si possible du 100 mètres
mercredi 19 août 2009, par Patrick A.
Un éditorial précédent avait mis en avant que la réussite de Maputo nécessitait que le mouvement amorcé continue. Pour l’instant force est de constater que le mouvement, s’il existe, reste fort lent.
Pour finaliser la mise en place des institutions de la Transition et désigner les hommes, une nouvelle réunion, déjà baptisée par tous Maputo 2, devait avoir lieu dans les 10 jours suivant la signature des premiers accords. Le cap des 10 jours est dépassé, et l’on a appris que le départ des négociateurs pour la capitale mozambicaine est reporté à la semaine prochaine.
Cela a commencé par des déclarations fort peu enthousiastes d’un mouvement appelé « Forces du Changement », qui en fait de changement, semblent plutôt prôner le statu quo. Dans le cadre du marchandage sur les postes des uns et des autres, l’on pouvait naturellement s’attendre à ce genre de déclarations qui allaient dans la continuité de la convention du Panorama, et il n’y avait pas de quoi s’en inquiéter outre mesure.
Mais après Maputo 1, l’on pouvait également espérer des libérations rapides de prisonniers qui auraient été suivies de déclarations enthousiastes de ceux-ci qui auraient contribué à renforcer la confiance commune dans le processus. À la place, on a eu droit à des libérations laborieuses, et qui le sont devenues parce que l’on a cherché à inverser l’ordre naturel des choses : les déclarations lyriques et spontanées que l’on attendait à la sortie sont devenus de bêtes formulaires administratifs signés sans grande conviction à l’ombre des maisons d’arrêt. Pour gâcher l’ambiance, on ne fait pas mieux.
Pour autant, on a du mal à comprendre la position d’un Manandafy Rakotonirina qui refuse de signer une déclaration en faveur des accords de Maputo. Le leader du MFM avance qu’à partir du moment où le chef de sa mouvance s’est prononcé en faveur de ces accords, il n’est nul besoin qu’il fasse une telle déclaration en préalable à sa libération. Certes, mais comme une mouvance n’a rien d’une structure officielle et homogène (la mouvance Andry Rajoelina le démontre régulièrement), on aurait pu espérer que Manandafy Rakotonirina ne mégotte pas pour affirmer son soutien au processus de Maputo. Et bien non... À croire que l’homme reste toujours aussi réticent à toute démarche inconstitutionnelle, car on ne peut ignorer que Maputo est inconstitutionnel et qu’en 1991, en 2002 ou en 2009, Manandafy s’est toujours accroché au respect des textes fondamentaux, quelles que soient les difficultés. La démarche précautionneuse de la ministre de la Justice, Christine Razanamahasoa en serait presque justifiée.
Le pire qui pourrait arriver aux accords, et l’exemple ivoirien est encore là pour nous le rappeler, serait que chacun persiste à faire du juridisme à géométrie variable. Alors que nous avons besoin de nous identifier à Usain Bolt [1], à la rigueur à Asafa Powell ou Tyson Gay, on nous offre le spectacle du 20 kilomètres marche aux Jeux Olympiques des Gastropoda [2].
Chacun s’accorde à reconnaître que les textes signés à Maputo sont ambigus (sans doute volontairement) et pas toujours très bien écrits. Mais il serait dommage que pour une fois, chacun n’accepte pas de mettre ses réserves en sourdine et faire avec les moyens du bord : la confiance est un ingrédient vital à une solution durable de la crise.
Nous ne sommes pas des petites souris qui étaient discrètement présentes au centre Joaquim Chissano de Maputo (dont je ne remets nullement en cause l’hygiène), et nous ne savons donc pas exactement ce qui s’est dit et qui apparaît bien plus important que les textes. Dans notre civilisation, l’oralité est importante : il est donc fort heureux que ce soient des hommes qui accordent autant d’importance que nous autres Malgaches à l’oralité, qui aient à rappeler les engagements des uns et des autres qu’ils ont, eux, directement entendus. Ablassé Ouedraogo, représentant de l’Union Africaine au sein du Groupe Internationale de Contact, et Edem Kodjo, représentant de l’Organisation Internationale de la Francophonie sont attendus ce jour à Antananarivo pour aplanir les difficultés de l’heure et préparer le terrain.
Faisons donc confiance aux émissaires africains pour rappeler à chacun la parole donnée, et même si certains propos d’Edem Kodjo ont pu choquer, sachons-leur gré de nous rappeler qu’un témoin n’a pas vocation à être une bûche qui reste purement passive pendant que les uns et les autres divaguent. Au cours de cette crise, les protagonistes ont tapé sur tous les médiateurs possibles. Ainsi, à tour de rôle, et selon ses humeurs, chaque camp a critiqué la Communauté Internationale, la targuant de colonialisme, de néo-colonialisme, d’être manipulée par les intérêts miniers ou pétroliers ou d’être partisane. Et beaucoup n’ont pas hésité à taxer le Groupe de Contact International de groupe de « Gena » [3].
La réalité concrète est que les « Gena » ont réussi là où tout le monde avait échoué, qu’ils ont obtenu que Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana s’assoient à la même table et se mettent d’accord sur un certain nombre de points. Rien que pour ça, et sans se prendre pour Aimé Césaire, je réaffirme que je suis « Gena » et fier de l’être.
Et cela même si le couvert est encore sur la table, que l’on est bien conscient que Maputo 1 et Maputo 2 forment un ensemble indissociable qui est loin d’être achevé, et que même après signature finale, il faudra un certain temps avant que les robinets de l’aide internationale ne se débloquent. Qu’importe : on ne va pas à Maputo pour quémander, mais d’abord pour construire un pays. Et aussi un continent.