La légitimité n'est jamais au bout du fusil

Publié le par Ny Marina

sur rasl.trib.mid.over-blog.com
Samedi 12 septembre 2009
              "Les exigences d'un grand peuple  sont à l'échelle de ses malheurs". Cette citation est du Géneral de Gaulle. Et on se demande si les exigences du peuple malgache sont à la hauteur de ses souffrances. Des souffrances, il en a connues beaucoup dans le passé: la colonisation, les repressions contre les mouvements indépendantistes, la misère quasi-permanente depuis trois décennies et actuellement la confiscation du pouvoir par des putschistes, apprentis-dictateurs. Les exigences ont peu varié depuis l'acquisition de l'indépendance: une bonne gouvernance pour plus de richesses, une bonne gouvernance pour un meilleur partage des richesses, une  bonne gouvernance pour plus de démocratie. Et à chaque fois, à chaque projet porteur d'espoir, il a toujours répondu par l'affirmative. En 1975 pour plus de justice sociale, en 1991 pour la démocratie, en 2002 pour un développement rapide. En 2009, on ne lui a pas demandé son avis. Des insurgés sans projet se sont emparés du pouvoir pour y rester indûment et de manière arbitraire. Ils font semblant d'accepter de partager ce pouvoir mais ne sont prêts qu'à accorder des miettes à ceux qui sont censés représenter la plus grande partie de la nation. Et cet autoritarisme, cet unilatéralisme, ils les justifient par des révendications prétendues populaires mais qui, en fait, sont issues de leur seul soif de pouvoir et de leur égoïsme. Ils sont même prêts à isoler le pays du reste du monde juste pour se maintenir au pouvoir. On dit que le peuple a les dirigeants qu'il mérite. Mais le peuple malgache mérite largement mieux que ceux qui le gouvernent actuellement. En tout cas, il mérite qu'on lui donne le pouvoir de désigner qui il veut comme dirigeants. Et cette exigence est universelle. Il n'est pas bésoin de lui demander s'il veut des dirigeants élus ou non. C'est la règle de la démocratie. Et les élus le sont pour la durée prévue de manière contractuelle par l'ensemble de la société et définie dans la Constitution.

                                                    NEGOCIATIONS . OUI MAIS SANS MAUVAISE FOI
              Si l'on accepte de revenir sur ces principes, c'est uniquement dans le souci de ne pas basculer le pays dans la guerre civile. Alors négocier est devenu incontournable. Cela semble évident sauf pour ceux qui pensent que leurs fusils et canons remplacent la légitimité et les élections. Et tous les observateurs savent qui ils sont. Ils ne viennent à la table des négociations que sous la menace de sanctions internationales et à chaque fois, ils y viennent avec leur mauvaise foi, c'est à dire des exigences inacceptables. Consensus ? Compromis? Ils ne connaissent pas ces mots. Eux, ils viennent aux négociations pour soumettre les autres. Et quand ils sont mis en position inconfortable, confrontés à l'irréalisme de leurs exigences, ils partent.
 
                                                       CONCESSIONS . PAS SUR LES PRINCIPES FONDAMENTAUX        
            "Tout compromis repose sur des concessions mutuelles, mais il ne saurait y avoir de concessions mutuelles lorsqu'il s'agit de principes fondamentaux". C'est Ghandi qui le dit. Les principes fondamentaux, dans un contexte où il est impossible d'organiser une élection, ne peuvent être que l'égalité de toutes les mouvances, le partage équilibré des pouvoirs, la neutralité des Forces armées, le respect du pluralisme au niveau des medias publics. Or, c'est tout cela qui est refusé par les putschistes. On se demande quelles concessions ils ont fait jusqu'à maintenant pour arriver à un consensus. Du côté de Marc Ravalomanana, evincé au milieu de son mandat et qui, de ce fait, est encore officiellement dépositaire de la légitimité puisque élu, il a accepté de ne pas rentrer au pays, il a accepté de ne pas participer à la Transition, il a même accepté que la présidence soit attribuée à une personnalité de la mouvance Andry Rajoelina, sauf à Andry Rajoelina. Qu'est-ce que les putschistes attendent de plus ? Qu'il accepte que la présidence de la transition, la primature et la majorité dans toutes les institutions soient attribuées à la mouvance Tgv pour qu'on réconnaisse qu'il a fait des concessions. Ce serait faire des concessions sur les principes fondamentaux.
              Et si les pro-Ravalomanana sont sortis du Magro, c'est juste parce qu'ils ne sont pas entendus dans ce qu'ils jugent légitimes: le respect de ces principes fondamentaux. Alors que tous méditent sur la question. Le même Général de Gaulle, cité au début de cet article, disait aussi "Soyons fermes, purs et fidèles; au bout de nos peines, il y a la plus grande gloire du monde, celle des hommes qui n'ont pas cédé". Il s'adressait aux Français bien sûr... Le président Kennedy lui, a écrit:  "Ne négocions jamais avec nos peurs. Mais n'ayons jamais peur de négocier". Lui, il s'adressait à tous ceux qui sont épris de liberté.
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