Etat-voyou de voyous ?

Publié le par Ny Marina

On savait ce qu’était un Etat-voyou, mais on se demande à qui songe Vanf, quand il parle d’Etat de voyous. C’est la devinette du jour.

 

CHRONIQUE DE VANF État-voyou et Etat de voyous Un État voyou désigne le pays dont les agissements menacent la paix internationale. Le «rogue State», un concept relativement récent, défini depuis les États-Unis pour mettre à l’index des régimes qui ont osé s’attaquer aux intérêts américains ou occidentaux. Islamistes ou fondamentalistes religieux, révolutionnaires progressistes ou crypto-communisant, ces régimes ont plutôt le profil d’une Corée du Nord de Kim-il Sung père et fils, d’un Iran des ayatollahs ou d’une Libye commanditaire de l’attentat de Lockerbie. Mouammar el Kadhafi a fait amende honorable, à force de millions de dollars versés aux familles des victimes, de salamalecs avec les grands du G7 sous sa tente bédouine et la promesse de ses pétrodollars. Depuis, la Libye n’est plus une cible potentielle des frappes chirurgicales de l’US Air Force. Le qualificatif d’État voyou n’est ni une tare originelle ni un défaut irréversible : le Cambodge des génocidaires Khmers rouges, la Serbie de Slobodan Milosevic, l’Irak d’un Saddam Hussein longtemps allié de l’Occident, n’ont jamais été considéré comme tel. L’État de voyous est un concept plus ancien dans les faits quoique d’usage assez méconnu, dans les médias ou la doctrine. Un État voyou participe à des attentats internationaux, héberge les camps d’entraînement des candidats terroristes, entretient un climat détestable d’instabilité régionale avec ses voisins. Un Etat de voyous peut très bien ne jamais interférer dans les relations avec les autres nations. Les bandits d’un État de voyous mettent en coupe réglée celui-ci : chaque octroi de signature offre une occasion de racket sous peine de représailles; les ressources minières, forestières, halieutiques, font l’objet d’une prédation systématique ; aucune recette du Trésor n’est épargnée par un droit de péage ; le domaine de l’Etat devient le fonds d’un commerce juteux et la propriété privée n’est pas à l’abri d’un appétit haut placé et dûment protégé. Les habitants d’un État classé voyou ont plus de chance d’être libérés de dirigeants qui ne l’oppriment pas nécessairement tandis que les citoyens d’un État de voyous, dont les droits fondamentaux sont menacés de précarité au quotidien, auront plus de mal à intéresser à leur sort la communauté internationale. Les membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations unies sont plus prompts à réagir aux menées du terrorisme international, qui peuvent menacer les intérêts de leur État ou de leurs nationaux partout dans le monde, qu’à la violation locale des droits de l’homme dans un pays qui n’a pas une si grande importance stratégique. Le devoir d’ingérence est une arme trop décisive pour être gaspillé dans des broutilles que doivent d’abord régler entre eux les infortunés habitants d’un pays inscrit à la périphérie des grands enjeux internationaux. Un État de voyous peut-il ne pas devenir un État voyou ? Et faut-il souhaiter qu’un État de voyous soit désigné État voyou par ses habitants, pour revenir à la normalité ? Je trouve dans ma messagerie un très beau texte de nos ray aman-dreny de la communauté internationale, qui étaient de passage à Antananarivo au début de juillet. Je ne pense pas qu’il ait connu la diffusion qu’il mérite à Madagascar. C’est une déclaration de ce genre que j’aurais attendu de notre conseil œcuménique. Il me semble aujourd’hui muet. Aussi me permettrai-je de vous l’envoyer pour combler ce vide. Bonne lecture. Message Inventer de nouveaux chemins Quand des frères et des sœurs d’une même famille ont été secoués et déchirés par les mêmes événements dans lesquels ils ont été impliqués, il faut, plus que jamais, appeler à retisser des liens fraternels pour que l’esprit de famille ne se perde pas, pour que le vivre ensemble, la communion, soient toujours possibles. Il faut alors la conversion des cœurs, la purification intérieure, la guérison de la mémoire et la volonté de faire route ensemble. Il y faut du temps : « Quand la route est longue la réflexion s’enrichit ». Il est nécessaire pour chacun de prendre le temps de la prière et de la réflexion pour relire les événements et comprendre ce qui s’est passé. Il est nécessaire de relire les événements en groupes, de les relire ensemble entre protagonistes ou adversaires d’un moment et, en recherchant ainsi la vérité, pouvoir travailler à des réconciliations en profondeur entre les personnes, les groupes sociaux, à l’intérieur des Eglises et entre les Eglises. Ce processus, nous l’avons entendu, est déjà en route…. Mais le temps presse. La population souffre. La faim, la misère, l’insécurité vont croissant. Des personnalités nous ont confié que des mouvements sociaux sont à craindre et que le pays risque d’être divisé. Il est grand temps que la prière, des initiatives et la coordination des bonnes volontés de tous horizons puissent engendrer un élan unitaire et solidaire des Eglises au service de la population. L’espérance est possible par la foi qui abat les frontières, qui déplace les montagnes et ouvre de nouveaux horizons. L’amour est le premier capital à développer pour sortir des conflits d’intérêts et développer le pays. Rendre la vie possible pour tous est un défi à relever par la construction de liens communs sur les piliers de l’attention aux autres et du dialogue, de la vérité, de la justice et de la liberté. Nous avons senti cet appel chez tous nos interlocuteurs. Ils nous ont pressés de délivrer ce message pour que la FFKM puisse remplir son leadership d’espérance et de dynamisation au service de la nation malgache ; un leadership au service de la laïcité, du pluralisme politique et de la démocratie ; ce qui est une traduction du souffle de l’Esprit au service de tous sans distinction. La crise est pour sortir de la crise et inventer de nouveaux chemins d’avenir ensemble. Nous croyons que nos frères et nos sœurs malgaches aiment tellement la terre de leurs ancêtres qu’ils sauront la transmettre plus belle à leurs enfants et petits-enfants. Vous n’êtes pas seuls. La grande famille internationale et œcuménique vous accompagne dans la prière et la volonté de relever avec vous les défis de l’approfondissement de la communion. Tananarive, le 9 juillet 2010. Pasteur Simon Dossou Pasteur Jean-Arnold de Clermont Directeur de Recherche Président du service protestant de Conférence des Eglises de Toute l’Afrique Mission – Défap Monseigneur Gilbert Aubry Evêque de La Réunion

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