Happy Birthday au blog de bonne volonté
Le blog Fijery a un an
De 2009 à 2010, tout au long de cette année de crise, ce ne seront pas les anniversaires tristes qui manqueront. 26 janvier, 7 février et 17 mars nous rappelleront ce que les hommes motivés par leur Intérêt Supérieur à celui de la Nation sont capables de faire. Et au milieu de ces commémorations plutôt tristes, une date qui elle, me fait un peu plaisir : ce 31 janvier, le blog Fijery fêtera son premier anniversaire. Mon premier post traitait des enseignements à tirer de la présente crise politique, suivi d’une revue critique des modes d’accès au pouvoir à Madagascar (2 février), puis d’un parallèle entre le 10 aout 2010 et le 7 février 2009. Ces trois premiers posts furent suivis de beaucoup d’autres. En un an, Fijery accumule au compteur 142 articles et 2.490 commentaires approuvés.
En janvier 2009, le bavard de nature que je suis avait accumulé tellement de choses à dire depuis le début de la crise, que j'avais décidé d'ouvrir un blog pour les exprimer. De cette envie de partage d'idées et d'expression de ma colère est né Fijery, qui voulait sans prétention aucune proposer des « réflexions sur la vie politique malgache ». Après des débuts plus que modestes (moins de 10 visiteurs par jour), le blog Fijery a peu à peu gagné ses lettres de noblesse, et s; est positionné auprès d'un certain public comme un des blogs politiques de référence. Grâce à un lien permanent présent sur la page d'accueil de Sobika.com, un lien (fréquent mais pas systématique, en fonction du contenu) vers son article le plus récent à partir de Topmada.com, et surtout la publication par Tribune.com de la quasi-totalité de ses articles sous forme d'éditos, les chiffres ont suivi.
- Sur la dernière semaine, les visiteurs de Fijery venaient de 51 pays
Mais ma fatigue en tant qu'auteur a également commencé à se faire sentir. En juin dernier, j'ai choisi de rendre mon tablier d'éditorialiste et arrêter d'écrire, pour un ensemble de raisons que j’ai tenté d’expliquer. Cet arrêt prévu de longue durée, ne durera finalement que quelques jours : de bonnes âmes ont réussi à me convaincre que le paysage médiatique en temps de crise avait besoin de ma plume. Le retour du Ndimby-qui-avait-annoncé-son-
Ma lassitude revient cependant périodiquement, et je vous l’ avoue, est encore plus forte aujourd’hui que jamais. Car finalement, tous mes doutes et toutes mes interrogations du mois de juin 2009 sont encore là en janvier 2010. Du point de vue d'un chroniqueur politique, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Mêmes politiciens, même contexte et mêmes problématiques produisent les mêmes chroniques. Et dans la mesure où depuis Maputo 1, rien n'a véritablement changé, il n'y a donc rien de nouveau à écrire. On a toujours un régime de putschiste, qui ne fait pas l’unanimité sur le plan nationale, et qui n’est pas accepté par la communauté internationale. Bien entendu, les pro-HAT argueraient que le projet d’élections législatives du 20 mars 2010 est un fait suffisamment important pour être cité comme nouveau. Mais pour ceux qui auraient encore des doutes, je suis un légaliste au sens pur du terme Ainsi, sans être le moins du monde pro-Ravalomanana, je suis par essence et foncièrement anti-coup d'Etat, même si certains esprits chagrins, si esprit il y a, se plaisent à considérer cette équation comme bien assise. Donc je ne puis donc être pro-HAT et considérer ces législatives unilatéral comme la panacée, du moins dans le contexte actuel. CQFD.
Quelquefois, je me dis que je pourrais écrire un nouvel édito à partir d'un patchwork copié-collé de phrases de tous mes anciens articles, et que le papier ainsi recyclé garderait encore toute son actualité. Et les questions existentielles que je me posais en juin continuent donc à me hanter. A quoi cela sert-il de veiller à consacrer des heures nocturnes à chercher, écrire et corriger des éditos qui au final, ne changeront rien. Manoratra foana fa eh eh eh : le sentiment que mes écrits sont vains perdure.
Car finalement, qu'est ce qui a changé depuis ce 31 janvier, date de naissance du blog Fijery ? Rien ou pas grand chose. Le processus de coup d'Etat, né en janvier, a juste réussi à mettre au pouvoir son géniteur. Qui lui, a réussi à mettre le pays dans la merde. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir prévenu des écueils sur lesquels risquaient de nous mener ce chemin tortueux. Coup d'Etat, débâcle économique, Berezina diplomatique, fractures profondes au sein des Malgaches : même si ça ne console en rien, au moins j’avais prévu.
Devant l'expression de ma lassitude et de mes interrogations, beaucoup d'amis, de lecteurs et autres connaissances m'ont fait savoir cependant que les articles du blog Fijery ont contribué à l'éveil de leur conscience citoyenne. Deux exemples qui montrent que l’humble petit blog qu’est Fijery peut éveiller des vocations. Lalatiana (Madagoravox) s'est lancé dans la mise en place d'une initiative extraordinaire, une fédération destinée à rassembler des énergies au sein de la diaspora malgache, mais aussi des gasy de Dago, dans l’objectif de bientôt mettre en place des projets de développement à Madagascar. Inspirée par Fijery, Citoyenne malgache s'est mise à écrire des textes et ouvrir un blog qui est devenu un des meilleurs de la Gasy Blaogosfera, tant dans le fond que dans la forme. Deux exemples parmi tant d’autres de ces relations virtuelles, dont certaines sont devenues des amitiés formidables avec des anti-coup d'Etat, des pro-ra8 convaincus, des ni l'un-ni l'autre, et même des pro-HAT par conviction ou par défaut. Car on peut ne pas être du même avis, et se respecter, ou du moins en débattre de façon courtoise.
Mais au-delà du nombrilisme vaniteux dans lequel j'espère ne jamais me complaire, le premier anniversaire de Fijery appelle à une réflexion sur le premier anniversaire de la crise, et sur le rôle de la Gasy Blaogosifera durant ces 12 mois. Si la crise perdure dans le sens ou la HAT n’arrive pas à imposer complètement son diktat, c'est sans doute parce que Internet est devenu un des rares champs de résistance qui s'est affirmé face au pouvoir hâtif. Et la circulation d'idées, d'informations, de preuves (photos et vidéos), mais aussi les forums ont contribué à faire naitre la conscience des aspects pervers de ce coup d'Etat, quelles que puissent être ses pseudo-justifications. La formidable initiative Best of Malagasy Blogs (Bombs) permet de rendre hommage aux meilleurs blogs malgaches. Même si les internautes qui ont voté n’ont pas jugé Fijery digne d’en faire partie, nous nous réjouissons sincèrement de retrouver parmi les finalistes deux amis qui méritent absolument d’y être : Reflexiums de notre ami Achille 52, et le blog de Mialy, celle qui s’en fout haut et fort en mangeant son tiramisu. Au-delà de cela, Internet est devenu un espace où la communauté internationale puise ses informations, pour affiner l'image de cette transition et court-circuiter la propagande de la HAT. Car comme vous le savez, de nombreux diplomates consultent journalistes et blogueurs, et quand cela leur arrive, ils sont loin de garder leur langue dans leur poche. Cette liberté de ton et cette indépendance d’esprit des blogueurs malgaches énerve les autorités hâtives, qui se verraient bien prendre modèle à Pékin.
Certes, la blogosphère anti-coup d'Etat n'est pas exempte de dérapages, d'intox, de rumeurs et de manipulations. Mais il existe aussi beaucoup de sites d'informations et de blogs politiques qui pratiquent un journalisme digne, même critique et sans complaisance. J'ose espérer que vous partagerez l'opinion des 73% qui pensent d'après le sondage permanent placé sur la page Demandez le menu que Fijery est tout à fait « objectif, informatif, pondéré et analytique ». Et qu'à l'heure du vrai bilan, un jour, on acceptera le fait que ce blog, avec d'autres, aura contribué à planter les germes de la démocratie à Madagascar. Même si on doute que les fruits soient pour bientôt. Mais ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que l'on n'ose pas, c'est parce que l'on n'ose pas qu'elles sont difficiles.
Ndimby A.