Presse sous pression

Publié le par Ny Marina

La démocratie malgache vient encore de faire un nouveau pas, sous la conduite qui se veut éclairée de Monsieur Andry Rajoelina. Mais certainement pas un pas en avant. Outre tous les aspects déjà abordés ici lundi dernier sur l'actuelle démocratie de pacotille, on soulignera aujourd'hui cette nouvelle ordonnance qui empêche désormais tout recours en justice contre certaines décisions du Président de la Haute autorité de transition (HAT). Mais bien entendu, ses partisans vont voir dans cet acte un outil pour gouverner de manière plus stable et plus sereine, plutôt qu'une démonstration supplémentaire de déficience démocratique dans le pays.

Il est vrai que le pays est à la croisée des chemins. Andry Rajoelina et son clan ont choisi le leur, mais leur choix est loin de rencontrer l'unanimité. Pour s'imposer à la population, il n'y a que deux moyens. Soit convaincre par la force des arguments lors d'une élection, soit utiliser l'argument de la force lors d'un coup d'Etat. Pour le premier cas, il faut un cerveau. Pour le second, il faut des armes, mais aussi la possibilité de faire usage à sa guise du droit positif. Quand on ne peut avoir accès à ce que l'on aime, on finit par aimer ce à quoi on peut avoir accès. Or, sans le CAPSAT et une ministre de la Justice au dynamisme remarquable, le déroulement de la crise n'aurait certainement pas été le même depuis Mars 2009.

La HAT a donc choisi une fuite en avant : gouvernement unilatéral, et élections législatives à la sauce mauritanienne. Sauf qu'en Mauritanie, l'opposition n'avait pas boycotté le scrutin, et l'avait cautionné par sa participation, même si après elle s'est empressée après de crier à la fraude. C'est également le dilemme qui se pose pour les opposants malgaches.  Boycotter, c'est prendre le risque de pratiquer une politique de la chaise vide à une élection, qui de toutes manières, se tiendra avec ou sans elle. Participer, c'est prendre le risque de valider un processus controversé, et le transformer de fait en inclusif, à défaut d'être consensuel. Etre ou ne pas être, marcher ou crever ? Anefa androso maty raibe, hihemotra maty renibe.

Le dilemme est encore plus ardu pour le TIM, dont le potentiel à avoir une belle performance aux législatives est réel. Ses réseaux sont encore en place, la rancœur de ses partisans ulcérés par ce qui est arrivé en 2009 est vivace, et la grogne contre la HAT au sein de l'opinion publique est croissante, grâce aux grands écarts entre promesses bidon et réalisations piteuses. Car on peut aimer la musique du DJ, mais cela peut devenir lassant quand il y a trop de pipeau. Pour l'opposition, attendre plusieurs mois peut donc entraîner la perte du capital de cette situation, et laisser à la HAT et à ses membres le temps de se ressaisir et faire oublier toutes les bévues.

Dans le bras de fer qui s'annonce, il est regrettable que tous les coups semblent permis en vue de s'assurer un avantage sur le terrain. Sous couvert d'enquêtes sur les attentats à la bombe ou la mutinerie du RAS, les leaders de l'opposition sont continuellement harcelés, et on leur agite sous le nez la menace d'arrestations. Car bien entendu, croire en une justice indépendante des intérêts du pouvoir en place est un vœu pieu, et encore plus à Madagascar : même le Syndicat des magistrats n'y croit pas, et on ne va pas être plus royaliste que le roi.

La presse au pas de l’oie

Mais de plus, la presse qui refuse de marcher au pas de l'oie dans les rangs des griots commence à sentir l'inconfort de cette position du non-missionnaire du pouvoir hâtif.  Un avantage toutefois : Reporters sans Frontières (RSF) ne manquera pas de répertorier ces abus, et quand on sait qu'en matière de gouvernance démocratique, ses rapports sont utilisés comme documents base par les grandes institutions internationales, chaque faux-pas de la HAT sera finalement capitalisé quelque part. Y compris le harcèlement et les intimidations dont est victime la Radio-Fahazavana, qui paye de fréquentes perquisitions et arrestations de ses journalistes une proximité affichée avec Marc Ravalomanana. Cette radio de l'Eglise protestante est en effet la seule voix qui sert encore de bastion aux idées de l'opposition, les autres ayant depuis longtemps rejoint le fan-club, ou pire, ayant animé celui-ci de leurs imprécations et autres intox. Quant au reste des radios, elle se tait prudemment, de peur de recevoir la visite des bidasses, ou de voir son personnel faire le va-et-vient entre Anosy et Antanimora.

Qui ne se souvient de ces violentes diatribes contre l'Armée sur les ondes de la radio des 12 collines, le dimanche 26 janvier, veille du fameux Lundi noir : « officiers de l'Emmo-Nat, ministres du Gouvernement Rabemananjara, on sait où vous habitez, faites attention à ce que vous faites », créant dans l'opinion de la foule pro-TGV suffisamment de haine pour faire hésiter les forces de sécurité à sortir pour s’opposer aux pillages ? On connait la suite. Qui n'a lu cette semaine en page une d'un quotidien pro-TGV, l'appellation de « Ku Klux Klan » sous une photo du mouvement de religieux critiquant la HAT ? Dans des pays civilisés ayant une justice indépendante, ce dernier article aurait valu à l'auteur et au journal un procès en règle. Mais chez les putschistes de Madagascar, les tourments judiciaires sont réservés aux journalistes du mauvais côté de la barrière. Ceux qui osent ne pas soutenir la cause. Imaginons qu'un journal fasse paraitre un de ces montages-photo qui fleurissent sur Internet, et représentant le Président de la HAT habillée d'une chemise brune, d'un brassard, d'un képi avec une petite moustache. Je vous parie mes poils de nez qu'un juge va sous sortir illico presto un article du code pénal. Comme disait Ampy Portos du temps de ma jeunesse, « tany misy lalàna 'ty tany ity ».

Le décor est donc placé. Rien ne doit perturber le processus vers les législatives. Au nom de la démocratie et de la liberté d'expression, les opposants qui dérangent sont intimidés, et les journalistes qui déstabilisent la HAT monocolore, sont « encouragés » à y réfléchir à deux fois. Car les éléments perturbateurs troublent la quiétude qui doit faire croire à la communauté internationale un ensemble de fadaises. Primo, c'est le peuple malgache en entier qui soutient le coup d'Etat. Secundo les législatives seront propres et leurs résultats fiables. Donc avis aux vazaha : après le 20 mars, reconnaissez cette élection, et ouvrez les robinets. L'espoir fait vivre ... la HAT.

Mais aussi sûr que 1+1=2, il est certain que toute élection organisée en solo ne recevra pas l'assentiment de la communauté internationale, sauf celui des dignes compatriotes de Galliéni, menés par le non moins digne successeur du Gouverneur général. Dans ce cadre, la partie ne sera pas aisée pour Jean Ping, qui devra, d’ une part, convaincre l'opposition de participer à ces élections, mais d’ autre part, arracher en contrepartie des concessions de la part d’Andry Rajoelina, qui est prisonnier de ses alliances avec les faucons, sans oublier les vrais. Revenir à un consensus minimum est donc la seule clé vers une sortie de crise et des élections plus ou moins acceptées, qu'elles soient législatives ou présidentielles.

Mais la HAT a goûté à l'ivresse d'une toute-puissance éphémère et illusoire, alors il n'est pas sûr qu'elle puisse voir au-delà du court-terme. Car comme le sait sans doute par expérience le scientifique attitré du forum (1), le problème des gens qui aiment trop les plaisirs solitaires, c'est qu'ils ont du mal à admettre qu'un partenaire est toujours préférable.
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(1)   Eminent scientifique dont la science semble tellement confinée au niveau du bassin, que ses sujets de prédilection ne peuvent tourner qu’autour du zizi (et donc de sa libido effrenée), et du caca.

Ndimby A.
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