les chroniques de Ndimby A.
> Société incivile ?
Si cette crise 2009 a eu lieu et s’éternise, c’est parce que que les acteurs nationaux de stabilisation et de médiation n’ont pas pu, su ou voulu jouer leur rôle. Depuis le début, la rédaction de Tribune.com a toujours tenté de soutenir la société civile nationale dans ses efforts de médiation, même si nous ne privons pas de critiquer vertement ses insuffisances et ses incohérences (relire si besoin est notre éditorial « Société civile de salon ». Force est cependant de constater que doucement mais sûrement, la société civile malgache prend de plus en plus le chemin du mimétisme avec la classe politique. Bien entendu, après bientôt un an de crise et de catastrophe économique (prix à payer pour donner à Andry Rajoelina le plaisir de Andry Rajoelina de se faire appeler « Monsieur le Président »), plus personne ne peut décemment prétendre être absolument neutre. Par conséquent, aucun corps n’est homogène. Mettre tout dans le même sac en utilisant des termes génériques tels que la « société civile » est tout aussi impropre que de parler de « l’Eglise » ou de « l’Armée ». Car les divisions et les lignes de fracture existent, malgré les discours qui se veulent rassurants.
Selon le Livre blanc de la gouvernance européenne, la société civile se définit comme le regroupement d’un certain nombre d’entités, « notamment les organisations syndicales et patronales (les "partenaires sociaux"), les organisations non gouvernementales (ONG), les associations professionnelles, les organisations caritatives, les organisations de base, les organisations qui impliquent les citoyens dans la vie locale et municipale, avec une contribution spécifique des Églises et communautés religieuses ». Cela fait donc un gros sac fourre-tout, dans lequel on voit le meilleur côtoie le pire, surtout à Madagascar.
Primo, la société civile malgache a toujours été le refuge de politiciens (ou d’apprentis-politiciens) sous le couvert d’associations, et cela commencé sous l’ère de Ratsiraka. Il était alors plus simple et plus sûr de ne pas s’enregistrer officiellement comme un parti politique. Cela a continué, même bien après la libéralisation dans ce domaine L’exemple le plus récent est sans doute le Tanora malagasy vonona (TGV), qui a montré qu’on pouvait mettre la charrue avant les bœufs pour arriver au pouvoir en quatre étapes. Un, monter une association. Deux, l’utiliser pour partir à l’assaut d’une élection municipale. Trois, utiliser la Mairie comme un tremplin vers un coup d’Etat. Et quatre, après le coup d’Etat, réfléchir à transformer l’association en parti politique. Avec ces politiciens qui s’insèrent dans les rouages de la société civile, quelquefois la frontière semble être si transparente qu’elle en devient troublante. Il n’y a qu’à voir la liste des délégations qui gravitent autour des chefs de mouvances.
Secundo, la société civile malgache a toujours été le refuge d’individus qui ont créé des ONGs bidon pour pouvoir bénéficier des financements des bailleurs de fonds, en particulier depuis que les thèmes à la mode sont la protection de l’environnement et la lutte contre le sida. Selon les chiffres, il y aurait environ 400 ONGs et associations répertoriées à Madagascar. Sur ce chiffre, combien peuvent se targuer d’être sérieuses, professionnelles, fiables, et présenter les caractéristiques d’une organisation régulière ? On rappellera également qu’il y a environ 150 partis politiques à Madagascar. Dans la mesure où au grand maximum une quinzaine font l’actualité (en bien ou en mal), on se demande ce que fabriquent les 135 autres. Question identique, même avec des proportions différentes, pour la société civile, composée en grande partie de coureurs de financements, comme certains courent les jupons pour les transformer en dots, et se faire admettre dans le cercle des gens qui comptent, après être parti de pas grand-chose (2).
Tertio, malgré ce qui précède, soulignons qu’il y a quand même une proportion d’organisations qui tentent depuis des années de donner ses lettres de noblesse à la société civile, dans des conditions pas toujours faciles. Sans vouloir citer nominativement les gens, mentionnons quand même le DRV-F3CM (Dinika sy rindra ho an’ny vehivavy), le CNOE (Comité national d’observation des élections), le SEFAFI (Observatoire de la vie publique), la PNOSCM (Plateforme nationale des organisations de la société civile de Madagascar), le CONECS (Conseil national économique et social), et plus récemment le Collectif des citoyens et des organisations citoyennes (CCOC). On pensait donc que tout naturellement, ces organisations prendraient (avec leurs contreparties du secteur privé) le contrôle du Conseil économique et social (CES), prévu par la Charte de Maputo. Cela ne sera pourtant pas très évident, au moins pour trois raisons.
Société civile alimentaire
Tout d’abord, il ne peut y avoir uniformité de point de vue sur le mode de participation au CES. La position raisonnable du CNOE, du CCOC, du SEFAFI ou de la PNOSCM ne convient pas à tout le monde. Sur la kyrielle d’organisations de la société civile à Madagascar (OSC) à Madagascar, il y en aura toujours quelques unes qui seront prêtes à aller se défroquer devant le pouvoir politique, soit par conviction et affinités (en particulier le CONECS, proche de la HAT pour plusieurs raisons), soit pour des motifs bassement alimentaires. Rapportée au monde de la société civile, la pyramide de Maslow établira qu'il y a les ONGs et associations qui font cela pour l'épanouissement que représente l’action louable de travailler pour l'humanité, et celles dont les besoins sont encore très basiques (physiques et sécurité). Comment croire que ces dernières aient suffisamment d'espace pour l'éthique, quand ce sont surtout les indemnités et les avantages des membres du CES qui vont les motiver ?
Il ne faudra donc pas s’étonner de voir des OSC sortir de derrière les fagots pour se précipiter au nom de la société civile dans le CES et soutenir le Président de la transition (PT). Lorsque la communauté internationale a mis au ban Andry Rajoelina, ce dernier a sorti de sa manche des Saoudiens (qui n’ont rien apporté depuis, sauf plusieurs milliers d’Euros de factures d’hôtel impayées) et un obscur Président de parti chrétien français. Quand l’Emmo-Nat a commencé à s’approcher un peu trop près de son domicile à Ambatobe, il a sorti les mutins pour faire croire qu’il avait toute l’armée avec lui. Quand la grogne a commencé à se faire sentir du côté d’Ambohijatovo et Magros, il a sorti des Assises régionales folkloriques en prétextant que leurs participants représentaient tout le peuple. Et quand il a eu du mal à monter un gouvernement de consensus, il a cru pouvoir faire le malin en débauchant des girouettes, et tenter de faire croire que les trois mouvances commençaient à le rejoindre. Et quand le FFKM, à l’exception de Monseigneur Omar, a pris ses distances, il a favorisé les sectes (comme Ratsiraka à l'époque).
Dans la lignée de ce genre de stratégie foireuse, nous pouvons donc être certains que lorsque la vraie société civile fera montre d’un peu trop de volonté d’indépendance, Monsieur Rajoelina favorisera l’érection de groupuscules qui lui seront inféodés, et qui vont phagocyter le CES au nom de la société civile. Depuis quelques jours, on entend la voix d’OSC inconnues de ceux qui travaillent avec la société civile depuis des années : « l’Union des OSC pour la IVème République » (lol), la « Plateforme nationale malgache de la société civile » (expdrr), en attendant l’AMDS (Association des mous du slip) ou les TFDC (Tocards et Fêlés du cerveau). D’ailleurs, soulignons que l’appellation « Plateforme nationale malgache de la société civile » (PNMSC) n’est qu’une singerie de la très respectable « Plateforme nationale des organisations de la société civile de Madagascar », un peu comme ces inscriptions placées sur les contrefaçons chinoises vendues à Behoririka pour tromper les nigauds. Cela n’a pas empêché le PNMSC de proposer un certain Bruno Razafinimanana (Association Fandrotrarana, re-lol) comme Président du CES.
En fait, le CES est comme toutes les institutions de la Transition. Les quatre leaders politiques signataires à Maputo l’ont créé d’abord et avant tout pour servir de part de gâteau à partager, d’où les 40 sièges réservés aux mouvances. Ceux qui ne pourront être casés dans le Gouvernement, le Haut conseil de la transition ou le Congrès de la Transition, se verront offrir un poste au CES. La stratégie des OSC ayant pignon sur rue risque donc d’échouer, car le nombre risque de l’emporter sur la qualité. Et face aux groupuscules montés de toutes pièces, la société civile sérieuse risque de ne pas faire le poids si elle ne se ressaisit pas. Car malgré ses belles idées, elle pêche par manque d’efficacité, et reste confinée dans un rôle de masturbation intellectuelle. Pendant qu’elle passe du temps à cette activité jouissive, les autres ne s’embarrassent pas de scrupules. A se demander si finalement, pour arriver à se fins, il n’est pas préférable de faire le voyou.
Car de communiqué en position commune, de position commune en réunion préparatoire, de réunion préparatoire en regroupements, la société civile « sérieuse » pédale dans le vide, malgré ses efforts louables. Une réunion préparatoire en vue de la constitution du CES est prévue pour Lundi prochain. Espérons qu’elle ne soit pas de la région d’Ambatobevohoka et n’accouche d’une souris, comme le Gouvernement Mangalaza.
Si cette crise 2009 a eu lieu et s’éternise, c’est parce que que les acteurs nationaux de stabilisation et de médiation n’ont pas pu, su ou voulu jouer leur rôle. Depuis le début, la rédaction de Tribune.com a toujours tenté de soutenir la société civile nationale dans ses efforts de médiation, même si nous ne privons pas de critiquer vertement ses insuffisances et ses incohérences (relire si besoin est notre éditorial « Société civile de salon ». Force est cependant de constater que doucement mais sûrement, la société civile malgache prend de plus en plus le chemin du mimétisme avec la classe politique. Bien entendu, après bientôt un an de crise et de catastrophe économique (prix à payer pour donner à Andry Rajoelina le plaisir de Andry Rajoelina de se faire appeler « Monsieur le Président »), plus personne ne peut décemment prétendre être absolument neutre. Par conséquent, aucun corps n’est homogène. Mettre tout dans le même sac en utilisant des termes génériques tels que la « société civile » est tout aussi impropre que de parler de « l’Eglise » ou de « l’Armée ». Car les divisions et les lignes de fracture existent, malgré les discours qui se veulent rassurants.
Selon le Livre blanc de la gouvernance européenne, la société civile se définit comme le regroupement d’un certain nombre d’entités, « notamment les organisations syndicales et patronales (les "partenaires sociaux"), les organisations non gouvernementales (ONG), les associations professionnelles, les organisations caritatives, les organisations de base, les organisations qui impliquent les citoyens dans la vie locale et municipale, avec une contribution spécifique des Églises et communautés religieuses ». Cela fait donc un gros sac fourre-tout, dans lequel on voit le meilleur côtoie le pire, surtout à Madagascar.
Primo, la société civile malgache a toujours été le refuge de politiciens (ou d’apprentis-politiciens) sous le couvert d’associations, et cela commencé sous l’ère de Ratsiraka. Il était alors plus simple et plus sûr de ne pas s’enregistrer officiellement comme un parti politique. Cela a continué, même bien après la libéralisation dans ce domaine L’exemple le plus récent est sans doute le Tanora malagasy vonona (TGV), qui a montré qu’on pouvait mettre la charrue avant les bœufs pour arriver au pouvoir en quatre étapes. Un, monter une association. Deux, l’utiliser pour partir à l’assaut d’une élection municipale. Trois, utiliser la Mairie comme un tremplin vers un coup d’Etat. Et quatre, après le coup d’Etat, réfléchir à transformer l’association en parti politique. Avec ces politiciens qui s’insèrent dans les rouages de la société civile, quelquefois la frontière semble être si transparente qu’elle en devient troublante. Il n’y a qu’à voir la liste des délégations qui gravitent autour des chefs de mouvances.
Secundo, la société civile malgache a toujours été le refuge d’individus qui ont créé des ONGs bidon pour pouvoir bénéficier des financements des bailleurs de fonds, en particulier depuis que les thèmes à la mode sont la protection de l’environnement et la lutte contre le sida. Selon les chiffres, il y aurait environ 400 ONGs et associations répertoriées à Madagascar. Sur ce chiffre, combien peuvent se targuer d’être sérieuses, professionnelles, fiables, et présenter les caractéristiques d’une organisation régulière ? On rappellera également qu’il y a environ 150 partis politiques à Madagascar. Dans la mesure où au grand maximum une quinzaine font l’actualité (en bien ou en mal), on se demande ce que fabriquent les 135 autres. Question identique, même avec des proportions différentes, pour la société civile, composée en grande partie de coureurs de financements, comme certains courent les jupons pour les transformer en dots, et se faire admettre dans le cercle des gens qui comptent, après être parti de pas grand-chose (2).
Tertio, malgré ce qui précède, soulignons qu’il y a quand même une proportion d’organisations qui tentent depuis des années de donner ses lettres de noblesse à la société civile, dans des conditions pas toujours faciles. Sans vouloir citer nominativement les gens, mentionnons quand même le DRV-F3CM (Dinika sy rindra ho an’ny vehivavy), le CNOE (Comité national d’observation des élections), le SEFAFI (Observatoire de la vie publique), la PNOSCM (Plateforme nationale des organisations de la société civile de Madagascar), le CONECS (Conseil national économique et social), et plus récemment le Collectif des citoyens et des organisations citoyennes (CCOC). On pensait donc que tout naturellement, ces organisations prendraient (avec leurs contreparties du secteur privé) le contrôle du Conseil économique et social (CES), prévu par la Charte de Maputo. Cela ne sera pourtant pas très évident, au moins pour trois raisons.
Société civile alimentaire
Tout d’abord, il ne peut y avoir uniformité de point de vue sur le mode de participation au CES. La position raisonnable du CNOE, du CCOC, du SEFAFI ou de la PNOSCM ne convient pas à tout le monde. Sur la kyrielle d’organisations de la société civile à Madagascar (OSC) à Madagascar, il y en aura toujours quelques unes qui seront prêtes à aller se défroquer devant le pouvoir politique, soit par conviction et affinités (en particulier le CONECS, proche de la HAT pour plusieurs raisons), soit pour des motifs bassement alimentaires. Rapportée au monde de la société civile, la pyramide de Maslow établira qu'il y a les ONGs et associations qui font cela pour l'épanouissement que représente l’action louable de travailler pour l'humanité, et celles dont les besoins sont encore très basiques (physiques et sécurité). Comment croire que ces dernières aient suffisamment d'espace pour l'éthique, quand ce sont surtout les indemnités et les avantages des membres du CES qui vont les motiver ?
Il ne faudra donc pas s’étonner de voir des OSC sortir de derrière les fagots pour se précipiter au nom de la société civile dans le CES et soutenir le Président de la transition (PT). Lorsque la communauté internationale a mis au ban Andry Rajoelina, ce dernier a sorti de sa manche des Saoudiens (qui n’ont rien apporté depuis, sauf plusieurs milliers d’Euros de factures d’hôtel impayées) et un obscur Président de parti chrétien français. Quand l’Emmo-Nat a commencé à s’approcher un peu trop près de son domicile à Ambatobe, il a sorti les mutins pour faire croire qu’il avait toute l’armée avec lui. Quand la grogne a commencé à se faire sentir du côté d’Ambohijatovo et Magros, il a sorti des Assises régionales folkloriques en prétextant que leurs participants représentaient tout le peuple. Et quand il a eu du mal à monter un gouvernement de consensus, il a cru pouvoir faire le malin en débauchant des girouettes, et tenter de faire croire que les trois mouvances commençaient à le rejoindre. Et quand le FFKM, à l’exception de Monseigneur Omar, a pris ses distances, il a favorisé les sectes (comme Ratsiraka à l'époque).
Dans la lignée de ce genre de stratégie foireuse, nous pouvons donc être certains que lorsque la vraie société civile fera montre d’un peu trop de volonté d’indépendance, Monsieur Rajoelina favorisera l’érection de groupuscules qui lui seront inféodés, et qui vont phagocyter le CES au nom de la société civile. Depuis quelques jours, on entend la voix d’OSC inconnues de ceux qui travaillent avec la société civile depuis des années : « l’Union des OSC pour la IVème République » (lol), la « Plateforme nationale malgache de la société civile » (expdrr), en attendant l’AMDS (Association des mous du slip) ou les TFDC (Tocards et Fêlés du cerveau). D’ailleurs, soulignons que l’appellation « Plateforme nationale malgache de la société civile » (PNMSC) n’est qu’une singerie de la très respectable « Plateforme nationale des organisations de la société civile de Madagascar », un peu comme ces inscriptions placées sur les contrefaçons chinoises vendues à Behoririka pour tromper les nigauds. Cela n’a pas empêché le PNMSC de proposer un certain Bruno Razafinimanana (Association Fandrotrarana, re-lol) comme Président du CES.
En fait, le CES est comme toutes les institutions de la Transition. Les quatre leaders politiques signataires à Maputo l’ont créé d’abord et avant tout pour servir de part de gâteau à partager, d’où les 40 sièges réservés aux mouvances. Ceux qui ne pourront être casés dans le Gouvernement, le Haut conseil de la transition ou le Congrès de la Transition, se verront offrir un poste au CES. La stratégie des OSC ayant pignon sur rue risque donc d’échouer, car le nombre risque de l’emporter sur la qualité. Et face aux groupuscules montés de toutes pièces, la société civile sérieuse risque de ne pas faire le poids si elle ne se ressaisit pas. Car malgré ses belles idées, elle pêche par manque d’efficacité, et reste confinée dans un rôle de masturbation intellectuelle. Pendant qu’elle passe du temps à cette activité jouissive, les autres ne s’embarrassent pas de scrupules. A se demander si finalement, pour arriver à se fins, il n’est pas préférable de faire le voyou.
Car de communiqué en position commune, de position commune en réunion préparatoire, de réunion préparatoire en regroupements, la société civile « sérieuse » pédale dans le vide, malgré ses efforts louables. Une réunion préparatoire en vue de la constitution du CES est prévue pour Lundi prochain. Espérons qu’elle ne soit pas de la région d’Ambatobevohoka et n’accouche d’une souris, comme le Gouvernement Mangalaza.
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(1) Je ne suis pas très sûr du titre, même si je sais que la série des sous-doués existe…
(2) Exemple (parmi tant d’autres…) : certains gigolos, comme Massimo Gargia...
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> Le canard et le navet
Et encore une semaine de plus sans Gouvernement depuis la signature de l'acte additionnel d'Addis-Abeba. Constater chaque lundi l'allongement de la période d'échec dans la mise en oeuvre de cet accord devient tellement naturel, que ça a cessé de faire rire. L’incapacité de notre classe politique à être digne de l'espoir et de la confiance que certains naïfs placent en elle se démontre jour après jour. Avec les uns pétés d'orgueil, les autres bouffis par l'ambition, les uns rongés par l’aigreur et les autres minés par la vengeance, le cirque de nos politiciens tient plus des oeuvres de Guignol que de celles de Platon ou de Tocqueville.
En fait, Madagascar est un pays où il devient de plus en plus facile de faire de l'analyse et de la prévision politique. En se basant sur le fait indiscutable que les motivations de nos politiciens tiennent beaucoup plus de l'ego, du prestige, des avantages, de l'esprit de revanche, il suffit juste de prévoir le pire à chaque lueur d'espoir. Cela a marché après Maputo 1 et 2, Addis-Abeba 1 et 2, toutes les rencontres à Antananarivo, et aussi avant Bruxelles et New York. A cette allure, mon compère Patrick va finir par devoir faire la cuisine et la vaisselle, suite à notre fameux pari.
La marmite diabolique ?
Comment expliquer ces retards et ces atermoiements dans la mise en place de ce Gouvernement ? Une fois encore, la très grande partie de nos politiciens n'a aucun sens de ce fameux Intérêt supérieur de la Nation (ISN), même si chacun d’eux se permet d'ânonner cette expression, comme pour tenter de se convaincre eux-mêmes qu'ils sont des individus respectables. Mais autant il est difficile de marier la carpe et le lapin, autant il sera compliqué d'obtenir un repas digeste en plaçant dans la même marmite des politiciens aux mentalités, aux tempéraments, aux CVs et aux objectifs si disparates.
En fait, Madagascar est un pays où il devient de plus en plus facile de faire de l'analyse et de la prévision politique. En se basant sur le fait indiscutable que les motivations de nos politiciens tiennent beaucoup plus de l'ego, du prestige, des avantages, de l'esprit de revanche, il suffit juste de prévoir le pire à chaque lueur d'espoir. Cela a marché après Maputo 1 et 2, Addis-Abeba 1 et 2, toutes les rencontres à Antananarivo, et aussi avant Bruxelles et New York. A cette allure, mon compère Patrick va finir par devoir faire la cuisine et la vaisselle, suite à notre fameux pari.
La marmite diabolique ?
Comment expliquer ces retards et ces atermoiements dans la mise en place de ce Gouvernement ? Une fois encore, la très grande partie de nos politiciens n'a aucun sens de ce fameux Intérêt supérieur de la Nation (ISN), même si chacun d’eux se permet d'ânonner cette expression, comme pour tenter de se convaincre eux-mêmes qu'ils sont des individus respectables. Mais autant il est difficile de marier la carpe et le lapin, autant il sera compliqué d'obtenir un repas digeste en plaçant dans la même marmite des politiciens aux mentalités, aux tempéraments, aux CVs et aux objectifs si disparates.
Monsieur Andry Rajoelina et sa clique n'ont que deux idées en tête : primo, se maintenir à la tête d'une Transition durement et surtout chèrement acquise, et secundo, se positionner pour les élections en écartant les candidats potentiellement dangereux. Le Président Ravalomanana et son équipe, mais également le Président Ratsiraka et son entourage, se nourrissent quant à eux auprès de deux mamelles : primo, la revanche contre les gens et les groupes qui ont favorisé leur éviction du pouvoir, et secundo, la préparation des élections présidentielles. Si je doute fort que l'Amiral se présente encore (quoi qu'avec lui, rien n'est jamais sûr), il sera intéressant de voir qui sera intronisé dauphin. Après les espèces de fils de..., doit-on se préparer à l'apparition de la fille de... ?
Au milieu, se trouve le Président Albert Zafy, que je soupçonne d'être le seul des quatre leaders à être sincèrement motivé par l'ISN. Mon estime pour le Professeur n'a jamais été un secret, et je continue à penser qu'il serait la personne la plus indiquée pour diriger la Transition, malgré la réalité du terrain et certaines critiques suite à cette opinion exprimée depuis Avril 2009. Il nous faut en effet quelqu'un qui ait l'envergure et le tempérament de ray aman-dReny, et qui puisse s'imposer naturellement sans avoir besoin de la persuasion des kalachnikov. En d'autres mots, quelqu'un qui soit respecté et respectable, éduqué, et qui ait la classe et la maturité pour ne pas vociférer et claquer la porte des salles de négociation, aussi ardue soit celle-ci. Le choix d'Addis-Abeba fut cependant autre, et il faudra faire avec les merles, les grives n'ayant été retenues.
La pénitence de la majorité silencieuse
En attendant, les principales prévisions faites dans ces colonnes depuis le début de la crise se réalisent jour après jour. Depuis plusieurs mois, et à plusieurs reprises, j'avançais que la solution la plus viable reposait sur un triptyque. Primo, pour sa propre sécurité, que le Président Ravalomanana reste pour un temps à l'extérieur (édito du 27 mars). Secundo, à cause de la réalité du terrain, se faire à l'idée (même peu engageante) de subir Monsieur Rajoelina à la tête de la Transition (édito du 17 août). Tertio, pousser Monja Roindefo vers la porte de sortie de Mahazoarivo pour laisser la place à un Premier ministre de consensus et équilibrer l'Exécutif (édito du 31 août). Chacune de ces propositions a été suivie d'un chapelet de critiques et d'injures. Mais, au jour d'aujourd'hui, les faits semblent avoir montré que j'avais un peu raison sur la première étape. Je ne reviens même plus sur mes prévisions de catastrophe économique (édito du 6 avril) et de non-reconnaissance diplomatique (édito du 20 mars).
Concernant l'étape suivante, l’édito La porte n'est pas la route affirmait que la signature d'un accord n'était en rien une solution à elle toute seule. Dans l’édito du 5 août, je clamais ma méfiance envers Maputo, et j’écrivais juste après Maputo 2 qu'il faudra certainement un Maputo 3 (qui a bien eu lieu, mais à Addis-Abeba). Puis après Addis-Abeba, j'avertissais encore qu’il faudra certainement d'autres réunions à l'extérieur pour sortir le Gouvernement et les autres institutions de la Transition. Le 9 Novembre, je suggérais déjà qu’il faudra certainement se préparer à un Maputo 4, « qui pourrait se dérouler à Dakar, Port-Louis, Pretoria, au Caire ou ailleurs…) ». Et surtout, je soulignais que l'ombre du Président Chissano sera à chaque fois nécessaire pour avancer du moindre petit pas.
Or, que vient-on d'apprendre ? Un communiqué du Groupe international de contact indique que Joaquim Chissano va venir la semaine prochaine. Et à la fin de la semaine dernière, la presse annonce qu’un énième déplacement des quatre leaders à l'extérieur est prévu, sans doute ce mardi. Comme des adolescents dans une cour de récréation qui ne peuvent se tenir tranquilles qu’en présence du surveillant général, et qui reprennent leurs singeries dès qu'il a le dos tourné.
Cette nouvelle implication de l'ancien Président mozambicain est une honte pour Madagascar et nos quatre leaders politiques, car elle montre que nos politiciens sont incapables de montrer un minimum de maturité à chaque fois qu'ils sont laissés en mode autonome. Le dévouement du Président Chissano est admirable, et à sa place il y a longtemps qu'on aurait déclaré forfait. En attendant, les récents signes de regrets de la chargée d’affaires de l’Union européenne, et le fait que l’ambassadeur américain ne se soit pas déplacé à Washington comme prévu pour contribuer à la défense du dossier malgache devant les instances de l’AGOA sont de mauvais signes du côté de la communauté internationale. Perche tendue sous forme d’avertissement de la dernière chance, ou bien signes prémonitoires que les sanctions vont tomber ?
Proposition de solution
Il faut se rendre à l’évidence. Faire le forcing avec la situation actuelle ne sera jamais viable à moyen ou long terme. Et même si la liste du Gouvernement sortait enfin, on peut être assurés que son fonctionnement se fera toujours cahin-caha. Outre tout ce qui a déjà été exposé, il ne faut pas pratiquer la politique de l’autruche. Tant que Andry Rajoelina restera à la tête de la Transition, celle-ci ne bénéficiera jamais de la sérénité nécessaire, et ses adversaires politiques ne manqueront pas la moindre occasion pour lui mettre des bâtons dans les roues, même si au final c’est le pays qui va en souffrir. Les mêmes causes produisent les mêmes effets, et on aura donc perpétuellement au sein de la Transition des mini-crises cycliques, pour tout et n’importe quoi : nominations aux hauts emplois de l’Etat, grandes décisions comme la loi de Finances, organisation des élections etc.
La seule solution qui nous paraît possible au nom du fameux ISN est un retrait volontaire de Andry Rajoelina de la gestion de la Transition. Cela permettrait de faire sauter un grand nombre de verrous psychologiques, tout comme la décision de Marc Ravalomanana de s’abstenir d’y participer. Cela contribuerait à s’élever au-dessus des lignes de fractures au sein de la classe politique, de la société civile, de l’Armée, tout en rassurant la communauté internationale qui n’arrête pas de montrer des signes d’impatience, et qui finira bien par s’impatienter définitivement un jour.
Nous remettons donc sur notre table notre proposition de sortie de crise d’il y a quelques semaines : revenir à l’Amiral Hyppolite Ramaroson comme chef d’Etat, mais en maintenant le reste du casting d’Addis-Abeba, y compris les co-présidents. Cela devrait plus ou moins satisfaire Ravalomanana (qui l’a nommé), Ratsiraka (entre marins, on s’estime toujours) et l’armée. Car le temps montre que le schéma Rajoelina n’est pas viable, ni pour sa compétence (cf. la situation économique), ni pour son envergure et sa maturité (cf. Addis-Abeba), et persister à le maintenir envers et contre tout sera le choix de perpétuer les problèmes pendant toute la durée de la Transition. En remettant les pouvoirs à celui qui les lui a donné, Andry Rajoelina pourra préparer les élections, et éventuellement se reposer un peu au pays des bwana, qui le gratifieront sans doute de la Légion d’honneur pour avoir rendu le service d’écarter le supposé francophobe Ravalomanana. Mais je ne me fais pas d’illusion : cette solution ne passera pas, faute d’ISN suffisant.
Face aux extrémistes de tous bords, plus que jamais notre édito qui clamait le 12 mai qu’il nous faut des sages au milieu des faucons (si faux il y a) est d’actualité. Avec les têtes d'affiche issues du casting d'Addis-Abeba 2, le vrai film tarde à commencer, même si jusqu'à présent c'est bien à du cinéma que nous avons affaire. Nous devons donc nous contenter de la série des « Prochainement », mais ce que nos politicards nous servent en avant-première est bel et bien un navet, pour lequel le peuple sert de canard.
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Au milieu, se trouve le Président Albert Zafy, que je soupçonne d'être le seul des quatre leaders à être sincèrement motivé par l'ISN. Mon estime pour le Professeur n'a jamais été un secret, et je continue à penser qu'il serait la personne la plus indiquée pour diriger la Transition, malgré la réalité du terrain et certaines critiques suite à cette opinion exprimée depuis Avril 2009. Il nous faut en effet quelqu'un qui ait l'envergure et le tempérament de ray aman-dReny, et qui puisse s'imposer naturellement sans avoir besoin de la persuasion des kalachnikov. En d'autres mots, quelqu'un qui soit respecté et respectable, éduqué, et qui ait la classe et la maturité pour ne pas vociférer et claquer la porte des salles de négociation, aussi ardue soit celle-ci. Le choix d'Addis-Abeba fut cependant autre, et il faudra faire avec les merles, les grives n'ayant été retenues.
La pénitence de la majorité silencieuse
En attendant, les principales prévisions faites dans ces colonnes depuis le début de la crise se réalisent jour après jour. Depuis plusieurs mois, et à plusieurs reprises, j'avançais que la solution la plus viable reposait sur un triptyque. Primo, pour sa propre sécurité, que le Président Ravalomanana reste pour un temps à l'extérieur (édito du 27 mars). Secundo, à cause de la réalité du terrain, se faire à l'idée (même peu engageante) de subir Monsieur Rajoelina à la tête de la Transition (édito du 17 août). Tertio, pousser Monja Roindefo vers la porte de sortie de Mahazoarivo pour laisser la place à un Premier ministre de consensus et équilibrer l'Exécutif (édito du 31 août). Chacune de ces propositions a été suivie d'un chapelet de critiques et d'injures. Mais, au jour d'aujourd'hui, les faits semblent avoir montré que j'avais un peu raison sur la première étape. Je ne reviens même plus sur mes prévisions de catastrophe économique (édito du 6 avril) et de non-reconnaissance diplomatique (édito du 20 mars).
Concernant l'étape suivante, l’édito La porte n'est pas la route affirmait que la signature d'un accord n'était en rien une solution à elle toute seule. Dans l’édito du 5 août, je clamais ma méfiance envers Maputo, et j’écrivais juste après Maputo 2 qu'il faudra certainement un Maputo 3 (qui a bien eu lieu, mais à Addis-Abeba). Puis après Addis-Abeba, j'avertissais encore qu’il faudra certainement d'autres réunions à l'extérieur pour sortir le Gouvernement et les autres institutions de la Transition. Le 9 Novembre, je suggérais déjà qu’il faudra certainement se préparer à un Maputo 4, « qui pourrait se dérouler à Dakar, Port-Louis, Pretoria, au Caire ou ailleurs…) ». Et surtout, je soulignais que l'ombre du Président Chissano sera à chaque fois nécessaire pour avancer du moindre petit pas.
Or, que vient-on d'apprendre ? Un communiqué du Groupe international de contact indique que Joaquim Chissano va venir la semaine prochaine. Et à la fin de la semaine dernière, la presse annonce qu’un énième déplacement des quatre leaders à l'extérieur est prévu, sans doute ce mardi. Comme des adolescents dans une cour de récréation qui ne peuvent se tenir tranquilles qu’en présence du surveillant général, et qui reprennent leurs singeries dès qu'il a le dos tourné.
Cette nouvelle implication de l'ancien Président mozambicain est une honte pour Madagascar et nos quatre leaders politiques, car elle montre que nos politiciens sont incapables de montrer un minimum de maturité à chaque fois qu'ils sont laissés en mode autonome. Le dévouement du Président Chissano est admirable, et à sa place il y a longtemps qu'on aurait déclaré forfait. En attendant, les récents signes de regrets de la chargée d’affaires de l’Union européenne, et le fait que l’ambassadeur américain ne se soit pas déplacé à Washington comme prévu pour contribuer à la défense du dossier malgache devant les instances de l’AGOA sont de mauvais signes du côté de la communauté internationale. Perche tendue sous forme d’avertissement de la dernière chance, ou bien signes prémonitoires que les sanctions vont tomber ?
Proposition de solution
Il faut se rendre à l’évidence. Faire le forcing avec la situation actuelle ne sera jamais viable à moyen ou long terme. Et même si la liste du Gouvernement sortait enfin, on peut être assurés que son fonctionnement se fera toujours cahin-caha. Outre tout ce qui a déjà été exposé, il ne faut pas pratiquer la politique de l’autruche. Tant que Andry Rajoelina restera à la tête de la Transition, celle-ci ne bénéficiera jamais de la sérénité nécessaire, et ses adversaires politiques ne manqueront pas la moindre occasion pour lui mettre des bâtons dans les roues, même si au final c’est le pays qui va en souffrir. Les mêmes causes produisent les mêmes effets, et on aura donc perpétuellement au sein de la Transition des mini-crises cycliques, pour tout et n’importe quoi : nominations aux hauts emplois de l’Etat, grandes décisions comme la loi de Finances, organisation des élections etc.
La seule solution qui nous paraît possible au nom du fameux ISN est un retrait volontaire de Andry Rajoelina de la gestion de la Transition. Cela permettrait de faire sauter un grand nombre de verrous psychologiques, tout comme la décision de Marc Ravalomanana de s’abstenir d’y participer. Cela contribuerait à s’élever au-dessus des lignes de fractures au sein de la classe politique, de la société civile, de l’Armée, tout en rassurant la communauté internationale qui n’arrête pas de montrer des signes d’impatience, et qui finira bien par s’impatienter définitivement un jour.
Nous remettons donc sur notre table notre proposition de sortie de crise d’il y a quelques semaines : revenir à l’Amiral Hyppolite Ramaroson comme chef d’Etat, mais en maintenant le reste du casting d’Addis-Abeba, y compris les co-présidents. Cela devrait plus ou moins satisfaire Ravalomanana (qui l’a nommé), Ratsiraka (entre marins, on s’estime toujours) et l’armée. Car le temps montre que le schéma Rajoelina n’est pas viable, ni pour sa compétence (cf. la situation économique), ni pour son envergure et sa maturité (cf. Addis-Abeba), et persister à le maintenir envers et contre tout sera le choix de perpétuer les problèmes pendant toute la durée de la Transition. En remettant les pouvoirs à celui qui les lui a donné, Andry Rajoelina pourra préparer les élections, et éventuellement se reposer un peu au pays des bwana, qui le gratifieront sans doute de la Légion d’honneur pour avoir rendu le service d’écarter le supposé francophobe Ravalomanana. Mais je ne me fais pas d’illusion : cette solution ne passera pas, faute d’ISN suffisant.
Face aux extrémistes de tous bords, plus que jamais notre édito qui clamait le 12 mai qu’il nous faut des sages au milieu des faucons (si faux il y a) est d’actualité. Avec les têtes d'affiche issues du casting d'Addis-Abeba 2, le vrai film tarde à commencer, même si jusqu'à présent c'est bien à du cinéma que nous avons affaire. Nous devons donc nous contenter de la série des « Prochainement », mais ce que nos politicards nous servent en avant-première est bel et bien un navet, pour lequel le peuple sert de canard.
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