TGV à vapeur ?

Publié le par Ny Marina

Il est plus facile de détruire que de construire. Après un coup d'Etat réalisé à la vitesse d'un TGV, la transition s'essouffle et patine comme les vulgaires locomotives à vapeur des albums de Lucky Luke. Malgré d'innombrables coups de sifflets annonçant le départ du train, le Gouvernement de consensus est encore à quai. On parle ici du vrai Gouvernement consensuel, et non celui qui a été présenté comme tel il y a quelques semaines en racolant les girouettes et retourneurs de veste professionnels du coin.

Pourquoi ? Comme nous l'avions déjà abordé dans Le canard et le navet, les centres de décisions ne cessent de se mettre des bâtons dans les roues en tentant de repousser toujours plus loin les limites du marchandage. Entre les auteurs de coup d'Etat et les victimes, envisager de prime abord une cohabitation pacifique et fructueuse relève de l'utopie. C'est donc à celui qui se montrera le plus de mauvaise foi.

Qui est responsable du blocage actuel ? Chacun aura son point de vue sur la question, en fonction de la place qu’il occupe sur l’intervalle [foza oranazanak’i dada]. Le principe est toujours le même : il faut toujours refiler la patate chaude au voisin, et en faire le bouc émissaire de tous les maux du monde. Mais au-delà de l’absence avérée d’intérêt supérieur de la nation, il y a trois paramètres essentiels à considérer aujourd’hui concernant la sortie de crise.

Le premier point est le fait que nous avons affaire à un coup d’Etat, quel que soit le nom et les tentatives de justification qu’on lui donne. La rancœur des victimes, mais aussi de ceux qui réprouvent la méthode, est donc somme toute légitime, tout comme leur mauvaise volonté à collaborer. Est-il concevable de forcer les gens à manger des excréments avec une petite cuillère, mais en plus leur demander de croire que c'est un tiramisu ? Il est donc normal que la méthode Rajoelina ne fasse pas l'unanimité. Que ce soit chez Marc Ravalomanana et ses partisans, mais aussi auprès des centaines de milliers de victimes innocentes (1). Ou tout simplement chez ceux qui n’ont rien à perdre avec un maintien de Rajoelina et rien à gagner avec un retour de Ravalomanana, mais qui considèrent tout juste que le principe même du coup d’Etat fait régresser le peu de civilisation démocratique que nous avions. Si au temps des hommes des cavernes, c’est celui qui avait le plus gourdin qui avait toujours raison, maintenant c’est donc celui qui a la kalachnikov. Mais le principe est le même : le pouvoir appartient aux gros bras et aux grandes gueules. C’est donc sur eux qu’il faut peser pour inverser la tendance, à travers les deux seules méthodes connues pour traiter avec cette race : les mettre en face de plus fort qu’eux, ou surenchérir sur les motivations qui leur ont été offertes. Partis comme cela, on est donc mal barrés, car le problème semble être insoluble : on ne peut pas tenter de modéliser une sortie de crise de façon intellectuelle, car cela ne marcherait qu’avec des intellectuels. Point barre.

Le second point se base sur le constat suivant : faire baisser la tension implique que l’auteur du coup d’Etat mette de l’eau dans son vin. Bien entendu, la solution idéale soit qu’il fasse machine arrière, se démette de ses fonctions mal acquises et se mette à la disposition de la Justice de son pays, qui, je ne m’abuse, réprime ce genre d’activités. Mais ne nous faisons pas d’illusions sur cette option dans l’immédiat. Il lui appartient donc au moins de faire le maximum de concessions pour faire passer la pilule et aboutir à une transition consensuelle plus ou moins viable, d’autant plus qu’il a acquis à Addis-Abeba le maintien de son fondement sur le fauteuil de sa libido. Car il est inadmissible que le putschiste fasse en plus le glouton au niveau de la répartition des sièges gouvernementaux, et après avoir laissé le pays partir à la dérive pendant presque un an, fasse en plus obstruction à la sortie de crise. A moins qu’il ne veuille le beurre, l’argent du beurre, le sourire de la crémière, et la peau du laitier. Bien entendu, les griots hâtifs vont nous dire que Monsieur Rajoelina a déjà suffisamment fait de concessions depuis Maputo. Certes, mais on ne va pas le féliciter pour cela : c’est lui qui s’est amusé à plonger le pays dans la situation de crise actuelle, c’est à lui de faire le plus gros des efforts pour l’en sortir. Quoique le doute soit permis, tant sur sa volonté, sa bonne foi, ses capacités que ses compétences. Et pour rajouter au piment, une versatilité causée entre autres par le pire aréopage de conseillers bidon et tordus qui ait existé dans les rouages du pouvoir depuis l’Indépendance.

Le dernier point pourrait tenir d’une démonstration à la Machiavel. Une situation qui pourrit peut avoir des conséquences sociales désastreuses, pour ne citer que les fermetures d’usines qui dépendent des marchés de l’AGOA. Imaginez un instant 200.000 personnes qui se retrouvent jetées à la rue, et qui décident de l’occuper. Comment un Gouvernement pourrait-il contrôler le mécontentement légitime de centaines de milliers de personnes dont les intérêts vitaux sont perturbés par la crise ? Les tontons macoutes tropicaux et autres Dadis Camara de l’Océan Indien auraient sans doute tendance à suggérer une solution identique à celle appliquée sur la bouquiniste d’Ambohijatovo. Mais ces pertes d’emplois vont placer la grogne à un autre niveau. Il s’agira d’autre chose que du rêve de se faire appeler « Monsieur le Président » ; du gamin qui se fait voler son sucre d’orge dans la cour de récréation ; ou du propriétaire de station TV qui voit celle-ci arbitrairement fermée. Cette crise sociale peut donc servir les intérêts des opposants de la première heure de Monsieur Rajoelina, mais aussi des charognards qui trainent hypocritement dans son ombre, et attendent leur heure pour révéler leur face d’Iznogoud. Par conséquent, le Président de la transition (PT) est celui qui aura le plus à perdre d’une sortie de crise retardée, et devrait prendre ses responsabilités, au lieu de se réfugier continuellement dans les moustaches ratsirahonaniennes ou les jupes de Tata Lantosoa, qui, contrairement à Yoyo, ne porte pas de grand chapeau. En matière de politique, le temps accroit toujours le nombre de vos ennemis. Il suffit de demander au Président Ravalomanana.
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(1)   Alors que le Ministre des finances Rajaonarimampianina propagandise un taux de croissance "qui ne sera juste que de 0,6%", tous les experts tablent sur une croissance négative qui pourrait aller jusqu’à -2%, voire au-delà.

par Ndimby A.
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