Léon dans A Vous la Parole sur TopMada.com

Publié le par Ny Marina

Comment en est-on arrivé là 24 février 2009
1. Au départ il y a un président-PDG qui commence à réussir le décollage du pays après des années de dégringolade (Ratsiraka), mais qui n’oublie pas ses affaires, et ne peut s’empêcher d’abuser de sa position dominante pour accroître sa fortune. C’est regrettable, et c’est surtout très dommage, car l’homme est indiscutablement compétent pour développer le pays.
2. En abusant de sa position, il lèse des intérêts privés (Groupe Prey, Savonnerie Tropicale, Le Quartz, Injet…) : parfois pour de bonnes raisons quand il met fin à des rentes de situation inacceptables qui dataient de l’ère ratsirakiste ou quand il capte à son profit des marchés juteux détenus par d’autres. C’est un peu le “ôtes toi de là que je m’y mette…”
3. Des intérêts privés veulent donc lui faire la peau, car si Ravalomanana réussit, si l’UA et La Francophonie viennent en 2009 et 2010, il aura un prestige garantissant sa réélection en 2011. Comme il est encore assez jeune (60 ans), il peut être là pour longtemps. Problème : aucun opposant politique existant n’a le charisme, les compétences, pour s’opposer à Ravalomanana
4. L’aubaine, c’est les démêlés d’Injet (propriété de Andry Rajoelina) avec Blue Print (propriété de Sarah Ravalomanana). Ces deux là se disputent les panneaux publicitaires de Tana, et Sarah est aidée par le maire TIM de l’époque. Rajoelina, sous peine de voir son business péricliter, est obligé de se présenter à la mairie. Un certain Ravalomanana avait fait la même chose, et pour les mêmes raisons, quelques années plus tôt, en raison de terrains que la mairie lui disputait pour ses Magro.
5. En voyant se profiler la candidature de Rajoelina, et connaissant son charisme et sa popularité potentielle, tous les ennemis de Ravalomanana (opérateurs économiques lésés, ratsirakistes, amoureux déçus de Ravalomanana) se précipitent pour lui faire la cour. X (Groupe Y) lui finance l’acquisition de Viva quelques mois avant les élections. Prudemment, il part s’installer à Maurice mi-2008 avant le lancement du complot.
6. Andry Rajoelina est élu. X va plus loin et lui fournit même son équipe municipale initiale (Radert et consorts). Ravalomanana, au lieu d’accepter sportivement sa défaite à Tana, met tous les bâtons dans les roues possibles au jeune maire. Celui-ci se radicalise. En octobre, il remplace ses techniciens compétents et apolitiques par des incompétents opposants politiques aigris de la dernière présidentielle (Elia Ravelomanantsoa, Ny Hasina Andriamanjato, moins de 8% des voix à eux deux). Le bras de fer Etat / CUA prend une tournure politique. Le complot prend forme.
7. Décembre : Viva TV diffuse la version longue d’une interview de D. Ratsiraka, déjà commentée par bribes dans la presse les jours précédents. Sur Viva TV, cela prend la forme d’une provocation adressée au pouvoir. Ravalomanana tombe dans la panneau et commet sa 2ème erreur en fermant Viva TV. Ce faisant il fait du maire un martyr des libertés.
8. Noël : Andry Rajoelina va en France rencontrer les exilés pour mettre au point les derniers détails du complot. Il revient début janvier “gonflé à bloc”.
9. Janvier : ultimatums du maire, de moins en moins acceptables (réouverture de sa chaîne, puis demande de démission de ministres) et qui restent sans effet. Le 26 juillet, pillages prémédités sur les Magro à Tana et en province, financés par les opérateurs économiques lésés qui sont soutiens du maire. Ravalomanana, en Afrique du Sud, et l’armée, prise de court, sont débordés. Ce jour-là, Andry Rajoelina pouvait peut-être prendre le pouvoir (occasion manquée ?). Dans les faits, il est possible que Andry Rajoelina n’ait pas prévu les pillages. Les opérateurs économiques lésés ne l’avaient pas prévenu.
10. Après le 26, la stratégie du maire qui consistait à faire à Ravalomanana le coup de 2002 tombe à l’eau, car la population n’accepte pas les pillages, Il s’ensuit une chute progressive de son audience (jamais plus de 20.000 personnes place du 13 mai). Dès lors, la seule stratégie possible devient la fuite en avant : ses surenchères deviennent surréalistes à partir du 31 janvier (coup d’Etat verbal), il envoie ses partisans au casse-pipe le 7 février, nomme un gouvernement peu crédible (Roindefo), qui ne rallie pas tous ses partisans (Roland Ratsiraka se démarque), tente de soudoyer l’armée de façon cavalière et n’y parvient pas (reprise des 4 ministères, ultimatum aux généraux resté sans réponse).
11. Le 20 février, devant l’absence de soutien des militaires, l’essoufflement de son mouvement et la lassitude du peuple, il est donc fatalement obligé de négocier pour, à minima, éviter l’arrestation qui lui pend au nez, au mieux tenter de justifier son mouvement par des concessions arrachées au pouvoir)

A ce stade, force est de reconnaître :
 – que le coup était bien préparé,
– que Ravalomanana est tombé dans le panneau en multipliant les erreurs (fermeture de Viva TV), – que Andry Rajoelina n’a pas manqué d’audace, mais que, à cause d’un entourage peu inspiré et manipulateur, il est maintenant sur la défensive,
– que Ravalomanana doit fatalement lâcher du lest, néanmoins, car la crise a révélé que le roi manquait de soutiens. A lui de se demander pourquoi. Nous on sait, que l’on soit opérateur économique, militaire ou magistrat. On ne gouverne pas un pays seul, et comme si c’était sa propriété.

Je vous laisse tirer vos propres conclusions en ce qui concerne ce qui doit sortir de la négociation qui commence, sachant que les bailleurs de fonds (plus de 50% du budget de l’Etat) vont s’en aller si l’ordre constitutionnel n’est pas respecté, ou si l’on fait confiance à une « autorité de transition », animal dont les politiciens raffolent pour des raisons bien connues et difficilement avouables….
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