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Extrait du Le Pays
La paix a-t-elle encore une chance ?
Date de mise en ligne : jeudi 26 février 2009
RUPTURE DES NEGOCIATIONS A MADAGASCAR
Les illusions des Malgaches qui croyaient être au bout de leurs souffrances se sont envolées avec la rupture des négociations entre Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana. Connaissant l'intransigeance des deux protagonistes, il fallait être naïf pour croire que la première tentative de médiation marcherait du coup. Les affrontements survenus hier dans la capitale malgache montrent bien la duplicité des uns et des autres. Certes, avec l'implication des hommes d'Eglise, on se disait que le maire déchu et le président auraient un supplément d'âme pour transcender leur ego. Mais un homme politique reste ce qu'il est, farouchement attaché aux intérêts partisans. La foi et la crainte de Dieu, apparemment, n'ont rien à voir dans cette faune politique. Bien que se disant croyants, les deux adversaires n'ont donc pas hésité à offenser leurs Eglises, en les privant d'une médiation réussie.. Mais il faut dire que la technique de médiation utilisée a pu être en elle-même porteuse de l'échec. Le choix de mettre le maire déchu et le président au même niveau pour les discussions s'est révélé inopérant. A la limite, le président avait-il le devoir d'assister à l'ouverture des travaux, et d'attendre qu'ils aboutissent à des résultats tangibles avant de revenir sur la table ? C'est ce qui s'est fait dans la plupart des dialogues directs notamment en Afrique de l'Ouest. Non seulement la méthode malgache met sur le même pied d'égalité l'ex-maire et le président, mais en plus elle occulte la notion de durée. On sait quand commencent des négociations, mais jamais quand elles finiront. Il est donc difficile de demander à un chef d'Etat d'abandonner ses fonctions régaliennes pour participer à des tractations sans fin. Pour un rendez-vous manqué, après trois rencontres, le président est taxé par son adversaire de mauvaise volonté. Un argument qui, bien que fallacieux, n'aurait pas été à l'ordre du jour, si dès le départ, le rôle du président avait été clairement défini. Le format de la médiation a donc péché par certaines de ses dispositions, de sorte que les hommes d'Eglise ont vite été débordés. La médiation est un travail long et complexe qui requiert une expertise certaine. Si malgré l'autorité morale dont elles disposent dans un pays fortement christianisé, les Eglises ne sont pas parvenues à un compromis, il faudra sans doute revoir la technique de médiation. En faisant appel à l'ONU, les religieux reconnaissent leur échec. Malgré leur bonne foi, il semble leur manquer l'expertise nécessaire face à des requins de la politique. Des femmes et des hommes rompus à l'art de la négociation dans les conflits ne manquent pas en Afrique. Depuis quelques années, du reste, l'Afrique privilégie une solution interne à la résolution de ses crises, comme on l'a vu en RD Congo, au Kenya, au Zimbabwe, en Côte d'Ivoire ou au Togo. L'Union africaine a déjà son médiateur, en la personne de l'Ivoirien Amara Essy. L'heure est peut-être venue pour ce dernier d'entrer en scène, après avoir observé une réserve de courtoisie pour permettre aux Eglises malgaches de tenter quelque chose. L'émissaire africain a l'avantage d'avoir déjà mené la même tâche sous l'ère Ratsiraka, et donc d'avoir une bonne connaissance du pays et de ses acteurs politiques. En tout état de cause, que ce soit lui ou une autre personnalité, Madagascar a besoin d'un faiseur de paix. Après les premières escarmouches post-négociations survenues hier, l'urgence d'une nouvelle médiation se fait sentir. Car les pourparlers ont ce mérite, tant qu'elles durent, d'apporter une accalmie, même précaire. Et puis, le temps est venu de tester la bonne foi des protagonistes de la crise, en particulier l'ex-maire. Sans une plate-forme de dialogue, on ne peut savoir qui veut de la paix et qui n'en veut pas. En attendant, la journée d'hier a été une sorte de mise en jambes dans la nouvelle épreuve de force. La manifestation des partisans du maire a été dispersée sans ménagement. Le président, excédé par l'attitude de son adversaire, a-t-il décidé d'exercer ses prérogatives en matière de maintien de l'ordre et de restauration de l'autorité de l'Etat? Dans ce cas, il faut croire que le dialogue n'a plus de place dans le bras de fer malgache, ainsi que l'a d'ailleurs clamé l'ancien maire, qui a repris ses activités de défiance des institutions. Reste à savoir qui sortira vainqueur d'une nouvelle confrontation. Tant que les forces de défense et de sécurité resteront loyalistes, le mouvement de Rajoelina pourrait s'effriter au fil du temps, à cause de la répression et de la lassitude de ses partisans. Mais même assuré du soutien de son armée, le président a intérêt à résoudre au plus tôt cette crise qui n'a que trop duré. Il doit oeuvrer à un retour rapide à la normale. Son avenir politique et celui de son pays en dépendent.