LA DESINFORMATION
Depuis l’interdiction en décembre de la TV Viva, le mouvement tgviste dit qu’il combat pour la liberté de l’information. Ne serait-ce pas pour la licence et la désinformation ?
C’est une question que l’on doit se poser depuis le samedi 24 janvier. Ce jour-là de bon matin, alors que le Maire Rajoelina avait convoqué ses partisans à Ambohijatovo pour inaugurer une Place de la Démocratie où chacun aurait pu dire librement et publiquement ce qu’il pensait et formuler les critiques sur les affaires publiques. Telle qu’elle était présentée, l’idée était bonne et la nouvelle institution s’ajoutait à tous les journaux de la presse papier où il était déjà évident que la liberté de l’information était déjà bien présente.
Toutefois, à écouter Radio Viva, qu’apprenait-on avant que ne commence l’inauguration ? Que le Président de la République était parti en avion à Mahajanga à la Banque Centrale. Que voulait-on dire ou plutôt suggérer à l’esprit des auditeurs et aux participants de l’inauguration imminente ? La réponse est simple. Devant la menace, Ravalomanana allait vider les caisses de la Banque Centrale avant de s’enfuir à l’étranger. La place était donc vide, il suffisait d’aller s’y installer. Les partisans de Rajoelina venus à l’inauguration étaient rassurés et dotés du rôle historique qu’ils souhaitaient. Dès lors, le scénario prévu par les penseurs et organisateurs tgvistes pouvait commencer et le coup de force se déclencher. La place de la démocratie n’était qu’un prétexte. La véritable raison de la manifestation était de se déplacer Place du 13 Mai, qui est la place des révolutions et des coups d’Etat. La foule suivit les meneurs et Rajoelina s’autoproclama le chef de Madagascar.
La fausse nouvelle ce matin-là sur Radio Viva avait été bien pensée dans le but de manipuler la population selon les pratiques de tous les régimes totalitaires, régime nazi d’Hitler, régime soviétique de Staline et consorts, régimes communistes de tout poil d’Allemagne de l’Est (la RDA) à la Chine dite populaire de Mao. L’observateur bien informé savait dès ce moment dans quelle voie Rajoelina voulait l’engager : une dictature totalitaire à son profit et à celui de ses bailleurs de fonds et chefs d’entreprise.
L’histoire quotidienne du mouvement montre que la désinformation manipulatrice et mensongère fut un des moyens solidement pensés et mis en œuvre. Il en est ainsi de la question des mercenaires que Ravalomanana aurait embauchés et employés pour se défendre de la vindicte populaire et de la question des armes et munitions que Ravalomanana aurait commandé d’urgence pour combattre le peuple.
Lors du Samedi rouge, la rumeur a été diffusée que c’était des mercenaires qui défendaient le Palais d’Ambohitsirohitra et qui auraient tiré des toits d’Antaninarenina sur la foule. Deux autres mensonges qui ont été ensuite démontés, mais qui avaient mobilisé le sentiment nationaliste de la foule contre des étrangers sudafs ou congolais. Les manifestants sont partis à l’assaut comme certains mafana fo l’avaient fait en 1947.
A l’origine aussi de ce suicide organisé, un autre mensonge. La délégation qui avait essayé de négocier avec le commandant de la garde d’Ambohitsirohitra, avait été avertie des ordres reçus. Que fit alors Komplé gris, l’un des membres de la délégation ? Ce député d’Antsohihy se tourna vers les manifestants et leur cria : « Intox ! Intox ! » et leur fit signe d’avancer. La foule se rua alors vers le Palais. L’on sait la suite.
Rajoelina et les tgvistes veulent manipuler l’opinion de leurs partisans en faisant croire que Ravalomanana importe d’urgence des armes et des munitions pour accentuer la répression sanglante. Rajoelina lui-même déclare le 19 février au 13 Mai que 11 tonnes d’armes sont arrivées à Madagascar. Et comme sa parole n’y suffit pas, il exhibe un papier qui en aurait été la preuve. Selon Rajoelina, cette cargaison d'armes, déjà débarquée à Ivato et stockée dans un camp militaire de la capitale, serait utilisée pour mater le mouvement qu'il mène.
Les intentions prêtées à Ravalomanana sont surtout révélatrices du souhait des « réservistes » présents au 13 Mai d’avoir des armes pour combattre le gouvernement et de développer la lutte armée. L’un des responsables de ces « réservistes » a fait savoir son intention. « Nous demandons aux Raiamandreny de nous aider et nous fournir des armes ». Les armes que posséderait Ravalomanana, ce sont celles que voudraient les tgvistes pour prendre le pouvoir dans le sang.
Quelques jours plus tard, le 24 février, Radio Viva annonce encore que des containers d’armes, dont des tanks !, sont arrivés à Madagascar. Il s’agit de faire peur à la population. Le comité TGV met en œuvre les techniques bien connues d’un véritable terrorisme. Comme le disait alors l’un des responsables de l’organisation de la Marche de la Liberté en août 1991 et qui est aujourd’hui dans l’entourage proche d’Andry Rajoelina, « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ». Il faut faire peur et faire en sorte que les peureux se rallient au mouvement terroriste qui, Dieu merci, reste encore un terrorisme mou.
Quand on voit, le 27 février, l’archevêque d’Antananarivo, Mgr Odon Razanakolona s’inquiéter de la possibilité d’entrée d’armes à Madagascar (RFI), on peut se demander si ce Ray amandreny am-panahy est lui aussi victime de la manipulation tgviste ou si, sachant ses préférences, il prend sa part dans la désinformation organisée par les auteurs de ce « coup d’Etat verbal ».
Nous savons maintenant – mais pour cela, il a fallu un communiqué de l’Ambassade de Chine – que le gouvernement malgache avait depuis quelques mois déjà commandé en Chine non des armes et des munitions, mais de nouveaux équipements antiémeutes, entre autres des gilets, des protège-tibias, des casques et des boucliers. Ils sont bien arrivés aujourd’hui et les troupes anti-émeutes que l’on voit à Analakely, en sont dotés, comme tout le monde peut le voir.
Notre conseil : restons à l’écoute de l’information, mais soyons vigilant.