Odon gros con !!!
LE 17 MARS A L'ARCHEVÊCHÈ
Au lendemain du 17 mars, on nous avait donné un récit mesuré et édulcoré des événements qui se sont passés à l’Episcopat. Avec quelques gardes du corps, « l’enfant gâté » Rajoelina y avait fait sa crise et l’on avait surtout parlé de l’arrestation du Pasteur Lala Rasendrahasina, président de la FJKM et vice-président du Ffkm. L’on en a aujourd’hui une vision très différente avec les images filmées qui se vendent par centaines sur CD-Rom dans toute la ville. Et l’on a surtout la preuve de la vraie vérité sur l’événement.
Avec le Président de la FJkm (parmi les chefs d’Eglises, seul Rasendrahasina se trouvant au rendez-vous de l’archevêque, d’aucuns ont vu là un traquenard), le Nonce apostolique, l’Ambassadeur des Etats-Unis, le Vice-Amiral Hippolyte Ramaroson, Andry TGV et quelques autres personnalités, cette réunion surprise, avait été programmée semble-t-il dans la précipitation en milieu de journée par l’archevêque d’Antananarivo (à la demande de l’ambassadeur des USA ?). Les événements se sont passés dans le courant de l’après-midi, près de la salle de conférences des évêques située dans l’un des bâtiments de l’Episcopat. En fait, ce n’était pas quelques gardes du corps de Rajoelina qui étaient là, mais toute une meute de soldats mutins, avec deux colonels, le chef du Cap-Sat Noël Rakotonandrasana et le CEMGAM (chef d’Etat-Major) Jean-André Ndriarijaona. Et pas seulement dans la cour de l’Episcopat, mais aussi au premier étage de l’immeuble, dans les escaliers et les couloirs. Comment le maître de maison, c’est-à-dire l’archevêque, a-t-il laissé faire, sans réagir, l’irruption de toute cette soldatesque dans l’enceinte protégée de l’Ekar ?
Les images nous montrent l’horreur de l’agitation soldatesque. Le ton monte parmi les militaires, qui vont en tous sens, menaçant de leurs armes. On voit le Commandant Lylisona armer son fusil, prêt à tirer. Sur la véranda, longeant la salle de conférences, les militaires galvanisés par les hurlements et les ordres criés par le même Lylison continuent à s’agiter avec violence, jusqu’à en venir aux mains. Brusquement, « l’enfant gâté » sort à vive allure dans la cour, l’air très en colère, dominant les militaires. Il leur ordonne de faire emprisonner les invités de la salle de conférence. Puis il part furieux et quitte l’enceinte dans sa voiture blindée, acclamé par la foule massée à l’extérieur..
Peu après survient à son tour Norbert Ratsirahonana, bien protégé par les militaires. Il a le temps de parler abondamment aux journalistes et toujours avec le plus grand sourire. On sent l’homme qui a réussi son coup. Il explique que le transfert de pouvoir à un directoire militaire, confié le matin par le président Ravalomanana aux plus hauts gradés de l’armée conduits par le Vice-Amiral Ramaroson, a été catégoriquement refusé par Rajoelina, mais aussi par les militaires. Après le départ de ce dernier, un long moment se passe dans une grande confusion parmi les soldats, qui hurlent et menacent, invectivant leurs supérieurs. L’archevêque d’Antananarivo fait alors une apparition furtive à l’étage, avec un sourire embarrassé (ou narquois ?), esquissant un geste (équivoque ?) en direction des mutins.
Surgissent alors précipitamment l’ambassadeur des Etats-Unis et un représentant de l’Union africaine qui s’engouffrent dans la voiture officielle de l’ambassade américaine, puis le Nonce apostolique et d’autres personnalités, qui ne sont nullement inquiétés par les militaires et rejoignent eux aussi leur véhicule. Survient peu après le pasteur Lala Rasendrahasina, seul, sans accompagnateur, mais poussé dehors par des militaires… Le contraste est saisissant ! Il est aussitôt attrapé par la cravate et le col droit de sa veste par le commandant Randrianasoavina, entraîné vers un 4x4 double cabine de l’armée situé à l’extérieur. Il est à nouveau attrapé par le revers gauche de sa veste, exposé devant une foule en furie qui l’invective et le frappe, puis enfourné sans ménagement dans la 4x4, avec des coups de poing. Une fois la porte fermée, par la vitre ouverte, des militaires lui donnent encore des coups de poing. Toutefois un militaire armé s’interpose pour dissuader les furieux de continuer leur forfait. Le temps mis par le 4x4 pour démarrer paraît une éternité… Les partisans de TGV sont en liesse pour acclamer cette arrestation.
L’amiral Ramaroson sort enfin, serein, protégé par un officier en civil. Il semble ciblé un moment par la vindicte, mais pas les deux généraux qui l’entourent. Un autre 4x4 du Cap-Sat les attendent à l’entrée de l’Episcopat, dans lequel ils disparaissent très vite. Ces trois hauts gradés apparaissent le soir sur les écrans de TV, entourant Ratsirahonana dans la salle des fêtes du Cap-Sat, tels quatre larrons en foire, décrétant péremptoirement que le pouvoir appartient désormais à Rajoelina. Au même moment des tanks prennent d’assaut le Palais d’Iavoloha, mettant en fuite le Président Ravalomanana et les siens. Cette nuit là, le Pasteur Lala Rasendrahasina est soumis par les mutins du Cap-Sat à des tortures humiliantes et laissé libre le lendemain, mais dans un grand état de délabrement physique et moral.
Quant à l’archevêque, on retiendra de lui son étrange sourire au balcon de la maison de l’Episcopat, comme s’il approuvait les événements. En était-il complice ? On savait quelles étaient les préférences d’Odon Razanakolona en matière de politique et d’homme. Bien avant que Ravalomanana ne soit élu, il le condamnait déjà. On se doutait bien à qui allait ses préférences dans les négociations de l’Episcopat ou du Hintsy. On redoutait qu’il ne soit pas le ray aman-dreny espéré pour réussir à concilier les deux parties. Il ne le fut pas. Avec ces images que le tout Tananarive possède maintenant, on a les preuves de ce que fut son rôle en ce jour décisif. Il n’a pas eu l’attitude impartiale qui aurait dû être celle du président d’une organisation chrétienne œcuménique. Odon Razanakolona, il ne vous reste plus qu’à démissionner du FFKM et à quitter votre archevêché. Partez… le plus vite possible !