Madagascar aux mains d’une junte militaire

Publié le par Ny Marina

30 avril 2009

 

 

Andry Rajoelina et ses "bras armés" à Antananarivo (17/03)

Les récents évènements le prouvent et l’attestent. Les faits sont là. Les militaires ont pris le pouvoir à Madagascar et dictent leurs propres lois.

Pour étayer nos dires prenons une définition simple du terme « junte militaire » dans wikipedia :

Une dictature militaire est un gouvernement de type dictatorial dirigé directement par l’armée.

Pour désigner une dictature militaire, on parle souvent de Junte (de l’espagnol junta) mais il s’agit plus précisément d’un type de dictature militaire plutôt classique en Amérique latine (d’où l’origine du mot) qui est géré par un groupement de chefs des armées.

La plupart des dictatures militaires ont été formées à la suite d’un coup d’État par lequel elles ont renversé le gouvernement précédent.

Dans le passé, les juntes ont justifié leurs actions et les lois qu’elles imposaient comme étant le moyen de ramener la stabilité politique de la nation, voire de la sauver des idéologies dangereuses. En Amérique latine, la peur du communisme fut généralement utilisée, alors qu’au Moyen-Orient, les dangers venant de l’intégrisme islamique furent des arguments importants. Les régimes militaires tendent à se décrire comme non-partisans, comme des partis neutres pouvant fournir un gouvernement d’intérim en période trouble, et tendent également à dépeindre les hommes politiques civils comme corrompus et inefficaces. L’une des caractéristiques presque universelle des gouvernements militaires est l’institution de la loi martiale ou d’un état d’urgence permanent.

Bien qu’il existe des exceptions, les régimes militaires sont souvent peu respectueux des droits de l’homme et utilisent tous les moyens pour réduire au silence les opposants politiques. Ils sont également rarement enclins à laisser le pouvoir et ne le font souvent que forcés par la révolte populaire.

L’Amérique latine, l’Afrique et le Moyen-Orient sont des zones qui ont fréquemment connu des dictatures militaires. L’une des raisons de ceci est que l’armée présente souvent plus de cohésion et de structure que la plupart des institutions civiles.

Coup d’Etat militaire

Rappelons-nous les circonstances de l’arrivée au pouvoir d’Andry Rajoelina. Alors que début mars celui-ci n’arrive plus qu’à rassembler une poignée de milliers de ses partisans sur la place du 13 Mai (au centre de la capitale), un camp militaire stratégique (le CAPSAT) se mutine et déclare ne plus répondre aux ordres du président de la république. Leurs motivations sont multiples : présence de mercenaires sur le territoire, répression des manifestations pro-Rajoelina. Les évènements se sont ensuite enchaînés : ces sous-officiers et colonels ont démis de force un général chef d’Etat Major, puis un vice-amiral ministre de la défense (vidéo ici), au mépris de la hiérarchie militaire. Le coup d’Etat fut définitivement accompli lorsque les mutins attaquèrent un bâtiment présidentiel vide à Antananarivo à l’aide de chars et de lances roquettes.

 

Andry Rajoelina n'a de cesse de s'afficher aux côtés de ses bras armés du Capsat, ici son cortège se dirigeant au 13 Mai

Avec le recul, les arguments motivant la mutinerie sont fallacieux : ces mêmes militaires mutins, une fois au pouvoir, n’ont ils pas violemment réprimé les manifestations pro-Ravalomanana de ces dernières semaines ? Mais surtout un mois plus, où sont les méchants mercenaires ? La vérité est que pour les mutins, les mercenaires sont comme les armes de destruction massive en Irak : un faux prétexte pour parvenir à un objectif caché… Renverser Ravalomanana et prendre le pouvoir. Les premières pièces du puzzle sont alors petit à petit mises en place.

La HAT caution politique de la junte

La Haute Autorité de Transition n’est que l’arbre qui cache la forêt. Un bel éventail secoué devant le nez de la Communauté Internationale pour l’amadouer. La caution politique d’un nouveau pouvoir dirigé par des militaires. Mais ne soyons pas dupes, qui tire vraiment les ficelles du jeu ? A l’aulne de la crise, les observateurs politiques qualifiaient Andry Rajoelina de pantin, mais de qui finalement ? Cet ancien DJ sans aucune expérience de l’arène politique avait-il la trempe d’organiser un plan aussi complexe “préparé depuis longue date” comme l’affirmait l’ancien chef d’Etat Major ? Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui la HAT n’arrive plus à maîtriser ses alliés militaires devenus encombrants. Un exemple : d’après La Lettre de L’océan indien, fin mars le ministre des affaires étrangères de la HAT, Ny Hasina Andriamanjato, a dû tirer un de ses collaborateurs des griffes du Capsat. Ce fonctionnaire qui rentrait chez lui a été retenu deux heures au camp du Capsat. Il a été libéré grâce au ministre qu’il a pu contacter. La vérité est que les militaires sont désormais omniprésents et contrôlent tout.

Militaires omniprésents et paranoïaques

Les militaires sont partout dans la capitale. Ils patrouillent lourdement armés de kalachnikov et de lances roquettes, et font régner une atmosphère d’insécurité. Beaucoup leur sont reprochés : les fonctionnaires de la banque centrale les accusent d’entraver la fluidité des capitaux entre la banque centrale et les banques primaires, car les fourgons sont systématiquement contrôlés pour vérifier leur destination. D’ailleurs ces abus ont déclenché une grève paralysante de ces mêmes fonctionnaires. De mêmes les transports en commun d’Ivato (périphérie de la capitale) ont aussi fait grève pour dénoncer les abus des militaires qui d’après eux contrôlent sans cesse leurs bus en leur faisant du chantage.

A cela s’ajoute la paranoïa : les camions TIKO sont accusés de transporter des armes et non des yaourts, les temples de la FJKM de cacher des opposants et non des pasteurs, les multinationales américaines (Rio Tinto) de cacher des mercenaires et non des cadres étrangers. La vérité est que désormais le pays vit dans un Etat d’urgence permanent.

Etat d’urgence permanent

 

Tir à vue sur les manifestants le 24 avril à Antananarivo

Devant la crainte de perdre un pouvoir tout fraîchement acquis, les militaires interdisent les manifestations. Les opposants à Andry Rajoelina n’ont plus le droit de manifester sur la place de la Démocratie et tout ça “pour ramener la stabilité à la nation” selon eux. Cette même place qu’il a inaugurée en grande pompe pour “permettre aux mécontents de s’exprimer”. Un copié-collé des stratégies des juntes d’Amérique latine finalement. En plus des interdictions, la répression des manifestations est violente. Les manifestants se font pourchasser, et violenter (vidéos). En 3 jours de manifestations réprimées, on dénombre au moins 5 morts et une soixantaine de blessés dont la plupart par balles. En effet ce bilan est officieux car l’information en provenance des hôpitaux est parfois censurée, car peu après les rixes, les militaires ont pris l’habitude de foncer droit vers l’hôpital le plus proche pour empêcher tout accès.

Les leaders d’opposition sont arrêtés ou intimidés

Comme l’affirme l’ambassadeur des Etats-Unis, les anciens politiciens proches de Marc Ravalomanana lui ont fait part de constantes menaces et d’intimidations. Apparemment ces menaces ont été mises à exécution car le fraîchement nommé Premier Ministre de Marc Ravalomanana ainsi que d’autres politiciens ont été arrêtés manu militari (vidéo). Comme d’habitude l’arrestation a été violente et radicale. Les militaires font leur propre justice et l’ont bien fait comprendre en prenant d’assaut la Haute Cour Constitutionnelle et en arrêtant son chef de la sécurité.

Réduire au silence l’opposition et contrôler l’information

 

Le Premier ministre Manandafy Rakotonirina arrêté par le Colonnel Charles Andrianatsoavina (29/04)

Ultime stratégie d’une junte militaire : réduire au silence l’opposition. Pour ce faire, les militaires ont décidé de pratiquer la censure. Les antennes des radios Mada et Fahazavana ainsi que de la télé Mada ont été tout bonnement été enlevées à la mi avril. Ces médias sont les seuls médias d’opposition dans le pays. Enfin pour accompagner le tout, comme l’affirme Reporters Sans Frontières sur la base de témoignages, les journalistes des radios et télévisions nationales sont invités de ne pas couvrir les manifestations d’opposition à Andry Rajoelina sur la place de la Démocratie. Les militaires quant à eux avancent une autre version de la réalité évoquant des partisans de Ravalomanana qui se tireraient dessus entre eux pour discréditer la HAT.

La HAT et la junte ont les pleins pouvoirs : exécutif, législatif (ils ont dissous le parlement) et judiciaire (la HCC est sous le regard “bienveillant” des gentils du Capsat). Les contre pouvoir ont été muselés : opposants, manifestants, médias. Qui osera encore prendre la parole ? Qui osera se dresser devant des militaires qui ne connaissent que le langage des armes ? Le dialogue tant préconisé n’est plus de mise pour eux. Et même si élections il y a, qui nous assurera de son bon déroulement face à des militaires voyous ? Qui nous dit qu’ils vont accepter le résultat qui sortira des urnes ? Seule la Communauté Internationale peut assurer un climat serein pour des potentielles élections via l’envoi des forces de paix. Mais hélas comme dans beaucoup de crises, elle attend que la situation s’aggrave un peu plus pour réagir. Triste réalité….

M.M.
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