Lettre ouverte à "Monsieur le Président de la HAT"
Juste avant son arrestation le 29 avril au soir au Carlton, Mme Ihanta Randriamandranto avait écrit une lettre à Andry Rajoelina, président de la HAT, suite à l'arrestation de son époux, Ralitera Andriandraina, directeur de la sécurité de la HCC, le 27 avril . Nous publions cette lettre que nous avons reçu.
Lettre ouverte à "Monsieur le Président de la haute Autorité de Transition"
Monsieur le Président,
Le 27 avril 2009, mon époux, RALITERA Andrianandraina, Directeur de la sécurité de la Haute Cour Constitutionnelle de la République de Madagascar, a été arrêté par des militaires du CAPSAT, dans son lieu de travail et dans des conditions humiliantes, bafouant les principes fondamentaux des droits de l'homme.
Il est aujourd'hui détenu secrètement avec trois de ses collaborateurs, accusé d'être l'auteur et le commanditaire de Coup d'État, de complots, de détention illégale d'armes de guerre, d'assassinats, et de tuerie de masse. Un journal va plus loin en l'accablant d'être le tireur d'élite dans la "tuerie d'Ambohitsorohitra".
Au regard de telles accusations, il est passible de la plus lourde peine jamais appliquée à Madagascar. Dans d'autres pays, il subira la peine capitale.
La justice sortira la vérité sur cette affaire.
Ayant pour ma part, la conviction de l'innocence de mon mari, permettez-moi en toute humilité, de vous rappeler qu'en vertu de ses responsabilités de directeur de la sécurité de la HCC, il fut celui qui a reçu à la HCC, vos émissaires, porteurs de votre lettre en date du 17 mars 2009 dont l'objet était de demander la validation des transferts des pouvoirs en votre faveur.
Permettez-moi aussi de vous rappeler qu'il fut celui qui a coordonné votre sécurité lors de votre "installation officielle" à Mahamasina. En tant que premier responsable de la sécurité pour les événements sous l'égide de la HCC, il lui revenait cette mission combien délicate de garantir votre sécurité au Stade de Mahamasina. A ce titre, il fût celui qui a vérifié que le collier du « Grand Croix », la plus haute distinction de notre République, que vous avez porté ce jour, soit sûr et que votre sécurité soit garantie dans les moindres détails.
Ceux qui connaissent mon mari savent combien il est fier d'avoir accompli, en toute loyauté envers ses supérieurs, les missions qu'on lui a confiées, et cela en dépit de ses convictions de citoyens et au prix de sa vie. "Ndrema" rappelait toujours à ses interlocuteurs que la HCC est la seule institution de la République d'où aucune balle n'a jamais été tirée depuis qu'il était le responsable de la sécurité. Il a été celui qui a ramassé la grenade lancée sur la HCC et qui n'a pas explosé dans le parking et qui constitue aujourd'hui une preuve contre lui (voir photo dans les média).
Ce premier responsable de la sécurité de la HCC, Institution qui vous a porté aux pouvoirs, est aujourd'hui sur l'hôtel du sacrifice. Il porte sur ses épaules, les contradictions de cette Transition.
« Toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée - innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées. » Art. 11 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme
Par cette lettre, je vous invite à réfléchir sur les droits de l'homme et notamment à l'Article 5 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. » et l'Article 11 et l'article 12, « Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes à son honneur et à sa réputation. » Notre vie privée est aujourd'hui touchée, notre domicile saccagé, nos biens personnels volés par les militaires qui l'ont arrêté, nos enfants terrifiés par tant de violence et de menace. Mais nous défendrons nos droits tels que la Constitution de notre pays et nos lois nous l'accordent. C'est cela, Monsieur le Président, le légalisme.
Nous nous battrons au côté des millions de Malgaches pour que les droits fondamentaux de tout un chacun soient respectés. Je me battrai pour restaurer l'honneur et la dignité de mon mari et de ma famille et pour que la vérité dans cette affaire soit connue. Monsieur le Président, La population de la Capitale dont vous étiez le premier magistrat pendant deux ans, ne se trompera pas d'ennemis. Elle a vu et connaît les véritables auteurs des massacres qu'elle endure, et les barbaries des apprentis sorciers qui sèment la terreur en votre nom. Dans votre capacité, vous pouvez encore changer le cours de l'histoire de notre pays.
En réécoutant votre prestation de serment du 21 mars 2009, je ne doute pas que vous avez ce courage. Je vous demande donc, en toute humilité, d'agir pour sa libération et celle de ses collaborateurs. Ihanta Randriamandranto