UN OUIQUENDE NOIR
Le 20 juillet 2009
UN OUIQUENDE NOIR
La grande nouvelle du ouiquende, ce n’est pas la « visite privée » que le couple Rajoelina a faite à l’Île Maurice, ce sont les attentats terroristes, réussis ou ratés, de la nuit du samedi au dimanche. Le point commun entre tous ces actes, c’est qu’ils visaient les auteurs du coup d’Etat radzouëlien : Injet et Viva à Ankorondrano-Ambodivona et les sites militaires de la capitale. L’un des terroristes dans la préparation d’une opération à Ambohibao a été pris et aurait parlé. La gendarmerie dénonce déjà que les organisateurs sont connus et leur demande de se rendre. Les légalistes avec Raharinaivo refusent d’en prendre la responsabilité.
Le colonel Richard Ravalomanana en a fait le conte à des journalistes. Six endroits ont été visés, un commando d’une vingtaine d’hommes à Ambodivona, des barrages de pierres et de sacs de sable empêchant l’intervention rapide des capsates, deux morts parmi les miliciens de Rajoelina, l’affaire est énorme. Ce qui est aussi hénaurme dans ce gouvernement ubuesque, c’est que les services de renseignements de l’armée n’en aient pas eu vent et n’aient rien pu prévoir. Il faut bien en conclure que, pour une action de cette ampleur, c’est que son organisation commence à sérieusement se structurer et qu’elle n’en est plus aux vœux pieux. Ce n’est donc qu’un début qui va inciter les poseurs de bombes à se « professionnaliser » pour de meilleurs résultats. Tirons-en le principe qu’il faut éviter de s’approcher des objectifs militaires et radzouëliens.
Mais, au delà, ce qu’il faut bien comprendre, c’est, que face à l’usage de la force armée des capsates mutins, et dans l’attente toujours insatisfaite d’une sortie de crise inclusive, le recours aux techniques du terrorisme devient inévitable pour certains. Ce n’est d’ailleurs plus vraiment du terrorisme, cela devient une sorte de guerre de libération de la démocratie emprisonnée. Un front du refus de la dictature militaire, une sorte de Flm ou Front de Libération Malgache, ou simplement un mouvement de résistance de Fmi, ou Forces Malgaches de l’Intérieur, contre une armée d’occupation, quand bien même les composants de celle-ci seraient des gens du pays. Il en est qui penseraient même que cette armée d’occupation est soldée, et plus que largement soldée, par une puissance étrangère avec laquelle elle collaborerait ou pour laquelle elle travaillerait. Mais le mercenariat serait géré malgacho-malgachement.
Il est nécessaire et indispensable qu’un ordre légal et démocratique soit rapidement restauré, pour éviter que la situation n’empire.
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Vendredi soir, Onitiana Realy recevait Michèle Ratsivalaka actuellement à la tête de la Commune Urbaine d’Antananarivo, une mairesse nommée par Rajoelina que son conseil municipal veut aujourd’hui empêcher. La procédure est en cours.
Ce devait être une soirée où elle allait pouvoir expliquer ce qu’elle a fait et présenter sa défense. Dans le passé, Michèle Ratsivalaka avait fait preuve d’efficacité dans les postes qu’elle avait occupés et s’était attirée les félicitations des bailleurs de fonds dans l’opération Saccaline. Elle avait été virée par Jacques Sylla – ce qui avait fait grand tapage à l’époque. Victime ( ?) du régime précédent, elle s’est retrouvée normalement dans l’équipe de Rajoelina à la mairie. On pouvait espérer qu’elle allait répondre aux attentes des habitants de la capitale. Il n’en fut rien.
Elle nous a débité des banalités. On ne gère pas une ville de deux millions d’habitants comme une petite commune. C’est évident, il fallait s’en rendre compte avant. La mairie a d’énormes dettes et les fournisseurs ne veulent plus honorer les bons de commande. C’est d’un évidente naïveté. S’il y a des difficultés, ce sont les autres qui en sont responsables. Tout aussi évident, car à la résistance des légalistes, qui aurait dû être prévue, s’ajoutent les rivalités internes du mouvement, qui auraient pu être tout aussi prévues.
L’Invitée du Zomà fut d’une parfaite insignifiance. Des Tananariviens sans parti pris estiment qu’Olga Rasamimanana, ancienne secrétaire générale de ministère et membre de l’équipe de Rajoelina quand il était maire, aurait mieux fait, même si la perfection n’est pas possible dans la gestion de la ville dans les circonstances actuelles. Peut-être aurait-elle eu d’autres ambitions ou qu’elle aurait su que c’était une mission impossible.
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Que peut faire l’administration en ce moment ? Peu de choses. Il est des « ministres » de la seconde génération – on attend toujours la troisième – qui sont arrivés avec une longue expérience professionnelle et qui ont des idées. Ils sont désespérés et disent que la Hat n’est vraiment pas à la hauteur. Il est aussi des ministères qui sont comme morts. Quand on y va, pas un bruit, pas un ordinateur qui tourne, pas un centime d’ariary pour les faire fonctionner.
Il est aussi de bons fonctionnaires – eh oui ! il y en a – qui sont désespérés : on leur demande de mettre au point immédiatement des actions qui requièrent des mois ou des années de préparation pour, l’opération engagée, ne pas dilapider l’argent du contribuable et surtout obtenir des résultats. Ils manquent d’ailleurs souvent des outils statistiques sérieux dont ils auraient besoin. Les chiffres qui leur arrivent des présidents de fokontany sont habituellement surévalués. D’au moins 15 à 20%, disent-ils.
Il faudrait agir et vite. Nadine Ramaroson, qui pense que la crise n’est pas politique mais sociale, s’est lancée dans le copiage de ce qui se fait dans les capitales européennes pour soulager les îlots de pauvreté qui font mal à des pays riches. Elle copie même des appellations qui ne sont pas contrôlées. L’on a maintenant des « Resto du cœur » ! Et la nuit, elle distribue des couvertures. Cette agitation ressemble plus aux bonnes œuvres des dames patronnesses. Et pour reconnaître ses pauvres, on se demande si Nadine Ramaroson a pensé à faire fabriquer des couvertures oranges avec le sigle Tgv.
Mais Nadine Ramaroson fait erreur. Nous sommes en pleine crise politique dans un pays qui a ses pauvres. Ce n’est pas avec des bodofotsy et du vary amin’anana qu’elle résoudra le problème social. Elle n’a pas compris que c’est en donnant du travail et des salaires que l’on peut diminuer la pauvreté et le désespoir du citoyens de base – ce que la tasque force de Pointe de Sagaie ne réussira pas en dehors des effets d’annonce. Car nous ne sommes pas encore dans la crise sociale. Celle-ci va exploser à partir de septembre. C’est alors que s’arrêteront les usines qui fonctionnent encore avec des commandes reçues à la fin de 2008 et qui n’en ont pas reçues depuis. Il faudra alors encore un an avant que de nouveaux programmes, publics ou privés, réussissent à se mettre en route. Tous les programmes prévus pour 2009 sont au point mort, et l’on ne sait si les investisseurs n’auront pas trouvé un autre lieu moins sujet au coup d’Etat chronique et plus respectueux des conventions. Combien de millions de dollars, c’est-à-dire de milliards d’ariary, se seront transférés vers des cieux politiques plus cléments ?
Au chaos politique actuel risque bien de s’ajouter un véritable chaos social catastrophique. Nous ne sommes pas au creux de la vague. Celle-ci va encore se creuser et nous fait déjà penser à un tsunami social.
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La crise politique est aussi au sein même de la Transition. Entre ceux qui voudraient vraiment faire quelque chose pour le pays et tous les autres, qui ne pensent qu’à durer et à se placer pour l’avenir. Quand des proches de Rajoelina commencent à rechercher des protecteurs à l’avenir mieux assuré…
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