Terrorisme Pas nous, pas lui...
Terrorisme
mardi 21 juillet 2009, par Ben, Patrick A.
Les lecteurs de Madagascar-Tribune.com ont failli se retrouver ce mardi avec pas moins de trois articles intitulés : « à qui profite le crime », et y ont finalement échappé car ce titre a déjà été utilisé par un blog [1].
La ville d’Antananarivo a été secouée par des actes de terreurs la nuit du samedi 18 juillet au dimanche 19 juillet 2009. Une bande armée a attaqué le siège de VIVA à Ambodivona au tout petit matin du dimanche, tuant deux agents de sécurité travaillant pour une société privée. Les forces de l’ordre, d’habitude de faction à cet endroit relèvent certaines sources, n’y étaient pas. Dans cette même nuit de samedi, une voiture a explosé du côté d’Ambohibao ; une personne y a trouvé la mort et deux autres ont été blessées, d’après les informations de la gendarmerie qui a déclaré que les personnes en question avaient transporté des bombes.
En tout cas, indigné par le fait que l’on puisse encore douter de tels actes terroristes, le chef d’enquête de la gendarmerie a annoncé au cours d’une conférence de presse que tout sera fait pour éradiquer ces actes. Cinq personnes sont suspectées et le Colonel Richard Ravalomanana de déclarer qu’il ne fait pas de la politique, mais qu’à ses yeux, ces actes sont des actes politiques ou du moins liés à la situation actuelle du pays.
Personne n’en douterait au vu des cibles des tentatives d’attentat : les objectifs visés étaient la station de Andry Rajoelina, des camps militaires et de la gendarmerie.
Même si elles ne le disent pas franchement, les forces de l’ordre ont déjà leur coupable tout désigné : les « légalistes » (ceux qui réclament le retour de la « légalité », de l’ordre constitutionnel et de Marc Ravalomanana), ou au moins des « légalistes ». Dans ses déclarations, le Colonel de la gendarmerie a annoncé que l’homme blessé a déclaré qu’il assistait à la réunion au Magro (fief du rassemblement des « légalistes ») ; et il a poursuivi que les actes avaient des similitudes avec les affaires de pose de bombe des dernières semaines, au cours desquelles affaires les poseurs de bombe étaient cités en tant que « légalistes ». Et les explications reviennent fréquemment au même point, dire que ces actes ont été commis par des partisans de la « légalité ».
Lundi 20 juillet dans son journal d’information du matin, la radio Fahazavana déplore que des individus armés et en tenue militaire aient pénétré dans l’enceinte du Magro. Radio Fahazavana a rapporté les témoignages de gardiens des lieux qui auraient été menacés et qui ont raconté la scène. « Les chaises et les banderoles et posters ont été saccagées et emportées par ces individus », ont-ils raconté.
Dans la même matinée, un explosif a été découvert au pied du mur des bureaux du Fichier central à Tsimbazaza, juste à côté de la Mairie, mais aussi d’une caserne de gendarmerie. Cette bombe artisanale n’a pas explosé mais le téléphone portable qui devait la déclencher a révélé deux appels manqués.
Pourquoi ? Dans quel but ? Le Colonel Richard Ravalomanana a une réponse. Il laisse entendre, dans sa manière de dire les choses, que tout le monde sait quel est l’évènement qui va se passer cette semaine, donc…. Pour faire direct (ceci n’est pas un secret d’instruction), ce mercredi 22 juillet 2009 doit avoir lieu à Addis-Abeba en Ethiopie une rencontre organisée par le groupe de contact international avec les quatre mouvances.
La réunion en question qui se déroulera à Addis voulait démêler l’affaire politique actuelle. Une solution aurait pu y être trouvée.
Mais il faut vraisemblablement d’ores et déjà parler d’Addis-Abeba au passé, puisqu’au mieux deux mouvances seulement participeront à cette réunion. La mouvance Zafy Albert s’est désisté la première, déclarant que s’il ne s’agissait pas de négocier à nouveau ou de signer un accord, mais seulement de faire un point de situation, elle s’était déjà exprimée dans un mémorandum écrit. Et voilà que Andry Rajoelina déclare que sa mouvance n’ira pas à Addis-Abeba, car il est hors de question de discuter avec les personnes soupçonnées d’être à l’origine de ce climat de violence terroriste ayant entraîné la mort de deux agents civils de sécurité. Difficile de croire que des discussions puissent avancer en l’absence d’un des protagonistes principaux.
Si les choses devaient en rester ainsi, on peut dire que les auteurs de ces actes terroristes, quels qu’ils soient, ont atteint leur objectif principal.
On aura remarqué à plusieurs reprises au cours de cette crise qu’à chaque fois qu’une négociation s’annonçait ou semblait marquer des progrès, des radicaux durcissaient le débat. Du Hintsy à Addis-Abeba, l’année aura été dominée par les tentations des uns et des autres de rompre les négociations pour chercher à s’imposer en solitaire.
Si l’on revient sur les actes de terreurs, on peut remarquer qu’à chaque fois, ils surviennent quand de grands évènements vont avoir lieu. Des bombes ont été trouvées avant les fêtes de l’indépendance :
Coïncidence ? Hasard des choses ? Qui y croirait ? On ne peut pas écarter les thèses qui visent à démontrer que ces actes ont été mûrement préparés et ciblés. Reste à savoir par qui.
Pour les pros – HAT ou pros Haute Autorité de Transition, ces actes sont faits pour terroriser la population et pour déstabiliser la HAT. Le Colonel l’a dit, il s’agit d’actes de déstabilisation.
Pour les pros – « légalité », ils sont faits pour donner à la HAT des raisons de mettre fin aux rassemblements et à la mobilisation des « légalistes » (qui malgré les menaces, les répressions violentes et les arrestations ont tenu bon et ont continué).
Si les « légalistes » peuvent être soupçonnés de ces actes, une manipulation de leurs adversaires peut également être imaginée, la manipulation étant un des moyens favoris de la politique. Et l’instrumentalisation du « terrorisme » est porteuse dans le contexte tant mondial et « mondialisé » de la crise.
Spéculons un peu sur la situation : les légalistes durant les premières affaires de bombe ont été perturbés. Parce que les poseurs de bombe ont déclaré à la gendarmerie qu’ils étaient des « légalistes », le lien était clair pour les forces de l’ordre, Magro y est pour quelque chose. Des leaders « légalistes » ont été arrêtés, interrogés, déférés au parquet. Bilan : ils ont été relâchés.
Du côté des pros – HAT, aucune enquête, aucun doute, nada. Le travail des forces de l’ordre se basant d’abord sur les déclarations des personnes arrêtées, pourquoi en effet inquiéter les autres ?
Cette fois encore, les accusations se tournent vers les « légalistes ». Dimanche dans la soirée, des « militaires » ont fait une descente au Magro et après avoir « terrorisé » les agents de sécurité, ils ont ratissé les lieux pour y rechercher les fameuses bombes et armes des « légalistes ». Bilan : les « armes » ont été enlevées (des banderoles) et les « bombes » confisquées (les portraits de Ravalomanana). Les « légalistes » ont toujours soutenu que leurs armes dans cette lutte sont la Bible et leur « grande bouche ».
Spéculons encore : s’ils ont commis les actes, ce serait dans quel but ? Leur mouvement serait arrêté et les efforts effectués au niveau international paralysés. Les « légalistes » n’ont pas caché depuis quelques jours le succès de leur démarche en appréciant les réactions de la communauté internationale, et en se déclarant partisans de la reprise rapide des négociations. Dès lors qu’ils s’adonnent à des actes pouvant détourner la communauté internationale, leur mouvement n’aurait plus lieu d’exister.
Certains de leurs adversaires auraient au contraire tout à gagner. Faire tomber la foudre de la communauté internationale, et celle des Etats-Unis en premier, sur les légalistes serait un bon moyen pour justifier le maintien des actuels dirigeants du pays au pouvoir. Cela leur permettrait de gagner du temps, de se blanchir sur le plan international, et de ne pas partager des postes si chèrement acquis. Le ministre de la sécurité intérieure, moins sourcilleux vis-à-vis du Code de Procédure Pénale que ses enquêteurs, n’a d’ailleurs pas résisté à la tentation de révéler les noms de cinq proches de Marc Ravalomanana accusés d’être les instigateurs des attentats. Mais avouons avoir du mal à nous représenter, malgré sa barbiche, un Raharinaivo sous les traits d’un Ben Laden, d’autant qu’il a été prompt à condamner les attentats. Attendons donc patiemment des éléments matériels de preuve.
Ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas de partisans de Marc Ravalomanana que l’on ne puisse soupçonner de pratiquer la politique de la terre brûlée, ou qui ne veuillent rendre la HAT impopulaire en prouvant qu’elle n’arrive pas à assurer la sécurité. En fait, dans les deux camps, on peut trouver des personnes à qui la politique du pire peut profiter. La rupture des discussions éviterait aux uns et aux autres d’avoir à rendre des comptes sur un passé récent ou plus ancien, ou de cohabiter avec des ennemis jurés. Machiavel étant particulièrement prisé, on peut même soupçonner des alliances entre extrêmes, un partisan d’un camp encourageant en douce certains dans l’autre camp à passer à l’action...
Au final, quels seront les effets sur la situation politique ? Apparemment sereins, les « légalistes » ont annoncé ce lundi 20 juillet qu’ils vont poursuivre leur manifestation. Et les diplomates internationaux appellent à sauver la réunion d’Addis-Abeba, qui reste malgré tout la seule solution pour nous sortir rapidement de cette situation explosive.
Car la seule réelle certitude, c’est que les évènements du week-end ont chamboulé la vie de la population, et celle d’Antananarivo en particulier. Et que la population reste la plus grande perdante, car les effets cumulatifs de la crise sur les ménages ne peuvent que s’amplifier en ce deuxième trimestre. Un communiqué des Nations Unies sur la situation humanitaire rappelle qu’en pareilles circonstances, on avait constaté que plus de la moitié des ménages avait eu besoin de plus d’une année pour redresser leur situation, et qu’un quart avait eu besoin pour ce faire d’entre six mois et un an.
Et c’est pourquoi nous disons aux uns et aux autres : ne laissez pas la peur et les terroristes gagner. À vous de montrer que discuter calmement peut être une preuve de force.