Au fil du temps

Publié le par Ny Marina

Le 15 août 2009

 

VIE QUOTIDIENNE

 

Il est maintenant difficile de vivre de la presse. Il y a quelques mois, la publication d’un journal était une bonne affaire tout comme la vente en gros des quotidiens et la vente au détail en bord de route par ceux que l’on dit encore être les crieurs de journaux, alors qu’ils proposent leurs produits dans un silence de bon aloi – nous ne sommes plus sur le Boul’ Mich il y a cinquante ans guettant l’après-midi l’arrivée du Monde. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, car les économies se sont épuisées. Même la location des journaux à la demi-journée ne trouve plus preneurs.

La situation générale est la même à un autre niveau. Pendant le mois d’août, les membres des clubs de service ne se réunissent que peu, seulement pour maintenir la flamme. Dans l’un d’entre eux qui, l’an dernier à la même époque, rassemblait avec peine une dizaine de personnes, en a regroupé environ quatre-vingts. C’était exceptionnellement un jour de grande affluence pour un mois d’août. Tous, comme ce marchand de gros de la presse, n’avaient plus les moyens d’aller en vacances ou à Madagascar ou à l’étranger. Dans les très grandes sociétés même, là où les activités ont été réduites, tout le personnel reste mobilisé sur place pour trouver les moyens de maintenir un niveau correct d’activité.

Tout le monde Hâtif, quant à lui, est en pleine effervescence. Le soir au moment où les membres du club sortaient de leur réunion à Antaninarenina, ils purent voir le Palais d’Ambohitsorohitra tout illuminé et en plein travail. Il était huit heures et demie, une heure où d’habitude il est déjà déserté selon les habitudes fonctionnariales. Travail ou agitation ? Mais la masse du vahoaka n’était pas venue pour les soutenir.

On sait, un « ministre » l’a annoncé à Mahajanga, qu’a été abandonné le projet de remplacer les maires avant les élections en en nommant de nouveau. Voilà donc des élus qui restent en place. Ils s’organisent dans leurs associations nationales. Les mairesses envisageraient de propulser Rajemison sur le devant de la scène. On se souvient que l’ancien président du Sénat est fondamentalement consensuel. Et les anciens sénateurs de l’opposition d’alors s’en souviennent aussi. C’est une affaire à suivre qui ne va pas plaire à beaucoup de Hâtifs, notamment à tous ceux qui se voient déjà Président…

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Les accords de Mapouto ont été bien accueillis par le monde de l’économie. Mais, principe de précaution s’imposant dans ces circonstances, avec beaucoup de prudence, car il redoute que ces accords ne soient pas appliqués. Les bons analystes constatent que la confiance n’est toujours pas revenue. Reviendrait-elle, que le travail des usines va traverser un trou noir d’au moins deux mois, le temps que soient retrouvés les partenaires à l’étranger et que soient obtenues de nouvelles commandes.

Le secteur se plaint aussi des demandes de « cotisations » qui se font de plus en plus pressantes. Une affaire, celle de la nouvelle brasserie installée à Ambatolampy, est développée en long et en large dans La Vérité-sic dans son édition du vendredi 14. le journal écrit : « De mauvaises langues ont accusé le régime transitoire de vouloir abuser de son autorité pour interdire cette nouvelle unité industrielle d’entamer son exploitation. D’autres y ont tout simplement évoqué des suspicions de corruption ». Les « autres » sont sans doute également des « mauvaises langues » selon La Vérité-sic. Le journal vient à la rescousse pour défendre les Hâtifs.

Dans ce genre d’affaires, les démêlés des investisseurs sont évoqués dans les bureaux de doléances des chancelleries. Avec de solides arguments, l’on y parle de « pratiques maffieuses ». On se croirait dans cette autre île qu’est la Sicile. Ce qu’oublient les forcenés de la démocratie autoritaire et malgacho-malgache, c’est que certains de ces investissements ont été réalisés avec la participation financière de l’Etat français  – mais il n’est pas le seul – et que celui-ci est soucieux de défendre ses intérêts.. Les demandes de « cotisations » sont donc tout de suite répercutées vers les chefs d’Etat dans le Nord. Pour la France, le temps de la Françafrique est fini où, en fonction de sa bonne position dans les structures, chacun pouvait bénéficier d’une rente de situation.

Le secteur économique n’est pas optimiste et n’investit pas pour le moment. Seuls les projets en cours se poursuivent et si le port de Toamasina déborde d’activité, c’est parce que Dynatech avait prévu de faire venir le matériel nécessaire aux investissements d’Ambatovy. Un grand projet de Ravalomanana qui ne peut passer à la trappe. Il faut dire un mot de la réussite d’un vrai ministre de la Hat, celui d’Augustin de Madagate. Alors que le gouvernement indien jusqu’ici ne reconnaît pas la Transition et ne participe à aucune des manifestations pseudo-officielles, il a su utiliser son propre carnet d’adresses et faire fonctionner ses réseaux. Il a donc obtenu que Madagascar bénéficie d’un projet indien dans les nouvelles technologies pour la télé-médecine, le télé-enseignement et un système de vidéo-conférences qui va permettre au chef de l’Etat malgache de parler directement à d’autres chefs d’Etat. C’est la généralisation du fameux téléphone rouge du temps du monde bipolaire. Cela a dû combler l’ego de l’ancien plus jeune putschiste du monde. C’est un projet de 133 millions de dollars, mais réparti sur une vingtaine de pays, Madagascar n’en ayant qu’une petite part. Quoiqu’il en soit, on voit qu’il y a quelques « ministres » Hâtifs qui sont de vrais ministres.

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Les pipoles Hâtifs continuent à s’agiter. Hery Mampionona dans La Vérité-sic de vendredi, faisant la critique – c’est son rôle – de la place reconnue aux anciens chefs d’Etat dans les accords de Mapouto, écrit : « Pour prendre un exemple à l’extrême, au gré des mandats présidentiels, on n’est pas à l’abri du risque de se retrouver avec un éventuel "sénateur génocidaire" – et impuni à vie – sur les bras ». Il a pris ses précautions, mais l’on sent bien qu’il attend de ses lecteurs qu’ils identifient tout de suite un « sénateur génocidaire » parmi ceux qui bénéficieraient maintenant de ce statut. Richard Andriamanjato qui fut un temps en accord à 80% avec le Psd d’Itompokolahy Tsiranana, est cette fois en désaccord à 100% avec Mapouto. On s’attendait à mieux de quelqu’un qui, avec ses 79 ans et ses cheveux blancs, veut apparaître comme un ray aman-dreny. Les Forces du Changement avec Alain Ramaroson estiment que les vingt-sept partis et particules qu’elles regroupent devraient avoir la majorité dans les nouvelles structures. Et les capsates qui prétendent représenter le vahoaka et ses aspirations, élèvent la voix.

Hier soir, Andry Rajoelina à la radio et à la télévision s’est montré beaucoup plus compréhensif et inclusif. On a compris qu’il avait encore beaucoup à faire non pas avec les mouvances de l’ancienne opposition, mais avec la sienne. Nous ne sommes pas encore sortis d’affaire, mais nous sommes sans doute sur la bonne voie. Un Madoff malgache au petit pied sévit actuellement dans le Nord de Madagascar. Il a escroqué quelques dizaines de millions de francs malgaches à des compatriotes qui ont cru que, grâce à ses relations avec les kalanoro, il allait multiplier les billets de 10.000 ariary. Parmi les Hâtifs, il y en a aussi qui croient à la puissance des kalanoro politiques. Il leur faudra encore quelque temps pour comprendre et admettre qu’ils voulaient ou escroquer le peuple et la communauté internationale ou s’escroquer eux-mêmes.

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