Nous le savons bien

Publié le par Ny Marina

CHRONIQUE DE VANF

 

La signature d'une feuille de route, dans ces conditions, n'apportera aucun apaisement. Donc, il est faux de faire croire que la sortie de crise en dépend. Le pire, c'est que les politiciens le savent.

 

Deux anciens présidents de la République sont empêchés de rentrer au pays. Mais, qui peut décréter, et au nom de quoi, que ni Didier Ratsiraka ni Marc Ravalomanana ne doivent plus solliciter leur "équation personnelle", selon la formule du général de Gaulle, avec le suffrage universel ? Ceux qui sont au pouvoir, depuis mars 2009, le savent pertinemment qu'ils n'ont pas été élus et qu'ils n'ont que la légitimité d'un rapport des forces qui leur est, pour le moment, favorable. Ils le savent bien, même s'ils l'invoquent apparemment sans état d'âme, que la foule de la place du 13 mai, qu'elle ait été de 10.000, de 100.000 ou plus improbablement de 1.000.000, n'est pas la population malgache.

 

Que proposent les prosélytes d'une adhésion à la feuille de route ? "Venez, il reste des sièges à pourvoir, et nous vous ferons une place". C'est donc à cela, au partage des strapontins, que se résume la certaine idée de la politique, cet art d'inventer des solutions pour la société ?

 

Les conventionnistes d'Ivato, qu'ils aient été 1.000, 2.000, 3.000, savent qu'ils ne représentaient qu'eux-mêmes. Que les critères de leur recrutement furent presque surréalistes. Mais qu'il leur fallait être là, dans l'optique de la curée qui s'annonçait. Que la méthode même d'adoption de l'acte d'Ivato fut des plus contestables. Et, ils le savaient que l'Escopol, allait se scinder en exo-pol, infra-pol, supra-pol tant que le seul mandat dont on puisse se réclamer demeure l'autoproclamation.

 

Mais, à Madagascar, on a l'art de faire comme si. Quitte à monter de toutes pièces des institutions à seule fin de créer des sièges à partager. Et tant pis si c'est le Trésor public, donc les Malgaches, qui en supporte la charge.

 

Plutôt qu'une Constitution taillée sur mesure, proposée à une population inculte, dans un contexte de pensée unique, c'est la feuille de route qu'il eût fallu soumettre à référendum. Mais, avec des questions sans ambiguïté et sur des points bien précis. La démocratie, et nous le savons tous, ce n'est pas escroquer le consentement d'une population, dont toutes les statistiques s'accordent à déplorer le faible niveau d'instruction, avec un texte de 150 articles, ou le jumelage sur un seul jour des élections présidentielles avec les élections législatives. Tout le monde sait qu'on voudrait un dol électoral qu'on ne s'y prendrait pas autrement.

 

La seule solution pour que cessent d'exploser, ici ou là, des bombes plus ou moins artisanales ; la seule solution pour que l'actualité cesse de se focaliser sur des "attentats" entre guillemets ; la seule solution pour que la population ne vive plus dans ce climat d'incertitude et de précarité permanentes, reste le dialogue. Et qu'on l'appelle "inclusif" ou "consensuel", mais avec la participation des trois anciens présidents de la République qui, au moins, peuvent se réclamer d'une représentativité dûment comptée que je me refuse à qualifier uniquement de capacité de nuisance.

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